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Jeudi 31 mai 2012, 12:38


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 50 - Onerine, la cité des splendeurs.

Bonjour à vous

Notre histoire continue, l'Aurore Boréale a fait escale à Conuda. Zeïna a pu arriver avant les navires du Comte Dé Varousis Aras, ainsi la précieuse encore est sienne.
Maintenant elle doit repartir pour revendre son trésor au nez et à la barbe de son concurrent. Mais celui ci ne se laissera pas faire, comment va réagir le Comte ?

Bonne lecture ^^


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CHAPITRE 50
Onerine, la cité des splendeurs


Les cales de l’Aurore Boréale étaient enfin pleines, les tonneaux de borsa se trouvaient maintenant bien rangés au fond du navire. Le reste de la cargaison avait été embarqué avec rapidité par le personnel du port aidé des marins. Il y avait des poteries, des ballots de tissus, des poissons séchés, des bijoux, tout ce que pouvait compter l’île en bien commerciale.
La population de la cité et des alentours avaient fait le déplacement pour assister au départ du navire qui permettait à tout le monde de profiter du commerce. L’Aurore Boréale et son équipage étaient devenus des héros aux yeux de tous. Le maire était venu également, pour remercier la capitaine et lui souhaiter bon voyage.
Le capitaine du port rayonnait en saluant Zeïna d’une courte révérence.
- Capitaine Dé Feryo, se fut un plaisir de vous avoir parmi nous.
- Un plaisir partagé, répondit la jeune fille.
Elle avait profité de l’hospitalité du maire lors d’un diner en compagnie de la plupart des personnes importantes de l’île. Ces heures furent particulièrement agréables pour Zeïna, elle put oublier un peu la guerre commerciale menée contre le Comte.
Le maire s’approcha à son tour.
- Je vous remercie pour ce que vous venez de faire, votre intervention est téméraire mais elle va peut être pouvoir freiner l’appétit féroce du Comte.
- Ne vous en faites pas, je compte bien ne pas en rester là.
Heno Gohin hocha la tête.
- Faites attention à ne pas brûler vos ailes sous un soleil bien trop dangereux pour votre jeune âge.
La jeune fille comprit le sous entendu, elle savait très bien contre qui elle se battait.
- J’aurais juste encore une petite chose à vous demander.
- Bien sûr, que puis-je pour vous ?
Zeïna sortit une lettre de son veston et la tendit au maire.
- Pourriez-vous confier cela au capitaine du navire de la flotte du Comte qui arrivera dans quelques jours ?
Heno Gohin sourit.
- Il n’y a pas de soucis, je suppose qu’il est à remettre au Comte Dé Varousis Aras en votre nom.
- N’oubliez surtout pas de le préciser surtout, j’y tiens énormément.
- Je transmettrais votre lettre, en vous en faites pas.
La jeune fille salua le maire, échangeant une poignée de main cordiale. Elle grimpa sur le pont pour regagner son navire, la passerelle fut presque aussitôt retirée, elle était la dernière à être encore sur le quai.
- Mr Odell, nous partons.
- A vos ordres Capitaine, lança le second de sa voix puissante.
Les ordres furent relayer à travers tout le bateau, les marins se mirent au manœuvre avec application. Ils étaient reposés et souriant après la journée de relâche sur l’île de Conuda, ils avaient repris encore plus de courage et d’entrain.
Zeïna s’appuya sur la rambarde et elle regarda les gens sur les quais, elle les salua en souriant. Acoya sautillait sur l’arrière du pont en faisant des grands gestes en direction des Dopara, elle avait beaucoup profité de l’escale avec les récolteurs d’encre. Lantis s’approcha à son tour de la jeune fille en se posant à coté d’elle.
- Alors, le combat vient de commencer ?
- Il a débuté dés que nous avons fait escale ici.
- Et nous partons pour quel endroit où tu vas encore le garder pour toi ?
Zeïna sourit.
- Pour une telle quantité, il n’y a qu’un endroit dans cette partie de l’Archipel pour le vendre, nous allons à Onerine, la cité des splendeurs.
- Je m’en doutais un peu, répondit le maître d’arme.
Il regarda l’elfe toujours aussi exubérante.
- J’ai entendu des rumeurs sur les folies de notre pilote en compagnie des seiches nageant nue à leur coté, elle a bien failli rester ici d’après ce que j’ai compris.
La capitaine le fixa.
- Je connais un mousse qui a eu la langue bien pendue.
- C’est un petit monde le navire, il n’y a pas beaucoup de secret ici.
- Elle reste avec nous, je n’aurais pas laissé mon pilote ici.
Acoya bondit alors sur un cordage pour se pendre dans le vide avec juste une main. Elle salua de manière encore plus exubérante, manquant presque de tomber à l’eau alors que le bateau quittait la baie du port. Archord, le kadji, la rattrapa pour éviter qu’elle ne chute dans l’océan, l’elfe continuait pourtant de saluer les gens sur le quai.
- Je commence à me demander si nous n’aurions pas du la laisser là tout compte fait, fit Zeïna d’une voix lasse.
Lantis pouffa de rire, n’essayant même pas de se cacher. La jeune fille sourit malgré tout, elle était satisfaite de cette première estocade, elle aurait adoré voir la tête du comte quand il apprendrait la nouvelle, et son petit billet.


Quelques jours plus tard, une nouvelle voile fut en vue du port de l’île de Conuda. Le capitaine du port changea de couleur en apercevant le pavillon, il savait bien que ce jour allait arriver, mais il ne se sentait pas prêt à l’affronter. L’homme fit appeler le maire pour qu’il le rejoigne rapidement, avec sa présence le responsable du port se sentirait plus à l’aise.
Heno Gohin arriva avec empressement, avec l’approche du navire, le port s’était vidé avec la nouvelle, la population avait peur de la réaction du Comte. Pourtant, le maire avait demandé aux personnes de la milice de défense de se réunir. Il n’y avait qu’une vingtaine d’hommes mal entrainés, mais il préférait être prudent.
- Bonjour Elian, quelle la situation pour le moment ?
- Bonjour Mr Gohin, un seul navire en approche, il sera là dans quelques instants.
- La milice est prête à intervenir au cas où.
Le capitaine du port hocha la tête.
- J’ai remarqué, j’ai dit au docker présent de garder un bâton à porter de main.
- Il n’y a plus qu’à patienter.
Le bateau de la flotte du Comte fit relâche au port quelques temps après, les dockers accrochèrent les amarres du navire. La passerelle du bateau fût jeter sur le quai en faisant un bruit terrifiant, le claquement retentit dans le silence gêné. Un homme à la forte corpulence descendit avec des foulées lourdes et fermes, il salua de la tête les deux personnes qui l’attendaient.
- Bonjour à vous, Capitaine Horm, je viens chercher l’encre.
- Bonjour Capitaine, bienvenu à Conuda, répondit Heno Gohin avec diligence.
Le maire gardait son calme, il devait éviter tout affrontement.
- Avez-vous fait voyage ? Demanda le maire.
- Fort agréable je dois dire, répondit le capitaine, j’avais grand hâte de quitter ce lieu perdu pour retrouver enfin la civilisation.
Le ton de l’homme était particulièrement irritant, Heno Gohin sentait le plaisir monter en lui. Faire descendre de son piédestal ce pédant personnage n’était pas pour lui déplaire.
- Bon, reprit le Capitaine Horm, faite charger rapidement les tonneaux d’encre dans le navire, je suis pressé.
Elian Farwel regarda le maire, légèrement paniqué, mais celui-ci se contentait de sourire à son interlocuteur.
- Je crains que se ne soit pas possible.
Le capitaine cligna des yeux quelques instants, sans vraiment comprendre. Il secoua alors la tête en retrouvant ses esprits, son visage se durcit.
- Et pourquoi ne pouvez-vous pas me fournir votre encre ? Elle n’est pas encore récoltée peut être, la date de la dernière récolte était pourtant bien celle-ci.
- Vous ne vous êtes pas trompé, répondit le maire, mais je crains que le trésor de notre île soit déjà parti sur un autre navire.
L’homme se figea.
- Je n’ai pas eu vent d’un autre bateau appartenant au Comte se trouve dans les parages, je suis le seul à être dans ses eaux.
- Je n’ai pas dit que le navire qui avait embarqué l’encre était la propriété du Comte.
Le Capitaine Horm écarquilla les yeux de surprise, il fit un pas en avant pour se rapprocher du maire. L’atmosphère changea soudainement, la colère se lisait dans le regard du capitaine, mais Heno Gohin ne cilla pas. Il fit un geste dans son dos pour empêcher les hommes armés d’intervenir, ne voulant pas provoquer un désastre.
- Comment avez-vous pu vendre votre encre à quelqu’un d’autre que le Comte ? J’attends des explications.
Le maire se redressa, il était plus grand que son interlocuteur, opposant à la colère un visage impassible.
- Nous avons eu une proposition forte appréciable que nous ne pouvions pas refuser.
- Le Comte achète votre encre depuis de nombreuses années, vous n’aviez pas le droit de la laisser partir à quelqu’un d’autre, vous allez avoir de gros ennuis.
- Je ne vois pas ce qui m’interdit de choisir un autre interlocuteur que le Comte, lança Heno Gohin en mettant tout son courage dans sa réponse, l’encre peut très bien se vendre à bien meilleur prix que ce que m’offre le Comte, j’en ai fait l’expérience et nous avons ainsi pu ressortir une marge qui bénéficiera à toute la population de l’île.
Le capitaine Horm était sidéré, le ne penser pas que quelqu’un puisse s’opposer aux plans du Comte.
- Nous allons faire en sorte que votre île soit rayée des cartes commerciales, nous allons faire mourir votre petit paradis !
- L’encre attirera toujours les acheteurs, et je me ferais un plaisir d’envoyer des messages dans tout l’Archipel pour leur offrir de commercer avec nous. J’ai été bien bête de me laisser piétiner par vous, grâce à cette vente et à ce capitaine, nous comprenons que nous pouvons nous passer de l’influence néfaste du Comte.
- Vous ne vous en sortirez pas ainsi ! Hurla Horm. Qui a osé acheter votre encre ? Parlez avant que je ne fasse bruler ce village de bouseux !
La menace était claire, Heno Gohin savait très bien qu’il avait en face de lui un homme sans foi ni loi.
- Je ne cacherais pas son nom, répondit le maire, c’est lui-même qui m’a demandé de le dire auprès du capitaine qui ferait relâche ici.
Il afficha un grand sourire avant de continuer d’une voix ferme.
- Il s’agit du Capitaine Zeïna Dé Feryo sur l’Aurore Boréale.
Horm fit un pas en arrière, les yeux agrandis de surprise.
- Elle ! Mais comment a-t-elle pu arriver jusque là aussi rapidement ?
La panique se lisait dans le ton de la voix, au grand amusement du maire, même Elian Farwel qui était resté silencieux se laissa aller en esquissant un sourire.
- Le Capitaine Dé Feryo m’a d’ailleurs laissé un message à transmettre au comte, reprit Heno Gohin.
Il tendit un billet à l’homme.
- Elle voulait qu’il le lise en personne, je pense que vous allez pouvoir le faire.
Le capitaine Horm ouvrait la bouche sans qu’aucun son ne sorte de sa gorge. Il saisit la lettre entre ses doigts tremblant, presque par automatisme sans vraiment savoir ce qu’il devait faire maintenant.
- J’imagine que je ne vous retiens pas plus longtemps ici, lança le maire, nous n’avons plus grand-chose à vendre je le crains.
L’homme hocha la tête, et remonta rapidement sur le pont, presque en courant. La passerelle fut retirée presque à l’instant et les amarres détachées, le navire commercial ne tarda pas à quitter le port de Conuda.
Sur le quai, le maire et le capitaine du port furent rejoint par les hommes de la milice et les dockers. Les sourires ornaient toutes les bouches, l’ambiance était à la fête.
- Je n’aurais jamais cru que cela se passe aussi bien, lança Elian Farwel.
- Nous avons eu de la chance, répondit Heno Gohin, maintenant j’espère que le comte ne se vengera pas.
Le capitaine du port le fixa.
- Vous pensez qu’il pourrait le faire.
- C’est un homme dangereux et imprévisible, mais il est trop cupide pour risquer de perdre une ressource en encre aussi importante que la notre.
- Alors nous continuerons à commercer avec lui malgré tout ?
Le maire sourit.
- Ai-je dit quelque chose comme cela ? Maintenant la concurrence risque d’être plus rude, nous avons réussi une fois, alors pourquoi pas d’autres ?
Heno Gohin avait reprit le courage de ces jeunes années, le comte n’imposerait plus sa loi sur Conuda.


Onerine était un très grand centre commercial, l’une des villes les plus peuplée que comptait l’Archipel. Un jour ou l’autre, tous les navires faisaient escales dans ce port, le commerce était florissant attirant toutes les populations qui naviguaient sur l’océan. Elle était située sur l’Ile Mandalor, la plus grande terre sur l’Archipel, de nombreux villages s’étaient créés sur les côtes et à l’intérieur.
La cité des splendeurs devait son surnom à sa prodigieuse richesse, elle contrôlait une bonne partie de l’océan. Un roi était à la tête de cet état, il régnait depuis son palais de marbre rose situé sur les hauteurs de la ville. Sa puissance permettait de tenir les pirates éloignés de l’île, seul « le Démon » se permettait encore d’affronter les navires de guerre de ce royaume.
Toutes les marchandises imaginables se trouvaient dans les entrepôts et sur les quais, en partance pour les quatre coins de l’Archipel. L’administration imposait une organisation presque militaire pour éviter tous les problèmes de vols ou de contrebandes. Mais cela n’empêchait bien évidemment pas les trafics en tout genre.
Le port était d’une taille impressionnante, pouvant contenir une armada de navires marchands sans aucun souci. Une digue en pierre protégeait la baie des tempêtes et des pirates, munie de fortifications défensives et de balistes. Chaque soir, une chaîne aux maillons en acier était installée en travers de l’entrée, empêchant toutes sorties et toutes entrées dans le port.
Onerine comptait des centaines de négociants et marchands qui ouvraient des comptoirs dans toutes les plus grandes villes de l’Archipel et des continents. L’abondance de l’or attirait chaque jour de nombreux immigrants en quête de fortune. Les maisons des riches nobles et propriétaires terriens étaient décorées avec un soin particulier, rivalisant de beauté et d’ingéniosité pour se détacher des autres.

L’Aurore Boréale arrivait en vue de l’imposante cité, bien avant qu’ils soient entrés dans le port, l’équipage se sentait écrasé par la grandeur de la ville.
- Je ne m’attendais pas à pareil vu, fit Zeïna d’une petite voix.
- Onerine est assez impressionnante, c’est vrai, répondit Lantis.
Il avait déjà eu l’occasion de s’y rendre durant sa carrière de mercenaires, les marchands étant partout à la recherche des meilleurs hommes pour les défendre.
- Beaucoup de poudre aux yeux je trouve, commenta Portyd, je me souviens qu’il y a quelques années il n’y avait pas tout cet étalage de faste et d’or.
- C’est la mode des nobles, lança Cryanne prés de lui, les riches aiment montrer leur puissance ainsi.
- Leur mauvais goût aussi, j’ai l’impression, répondit le second.
La métis fit un geste en l’air.
- Tu auras beau dire mon chou, ce que nous avons dans nos cales vas affoler toute cette bonne société et nous rapporter une véritable fortune.
- Sauf si le Comte s’en mêle, fit Portyd.
La jeune fille savait ce que voulait dire le marin, le Comte dé Varousis Aras possédait un important comptoir commercial ici. Elle n’avait aucun contact sérieux dans ce port, son père n’allait pas souvent faire relâche ici, et encore moins du commerce. La présence de son rival un peu trop imposante rendait les échanges difficiles.
- Que tu es défaitiste, reprit Cryanne, nous allons trouver un intermédiaire.
- Encore parmi la pègre locale ? Questionna Portyd.
Zeïna ne put s’empêcher de sourire.
- Non pas cette fois, nous allons faire ça dans les règles, et faire savoir que nous avons devancé le Comte Dé Varousis Aras.
- Il ne va pas apprécier, lança Acoya en se penchant vers la capitaine.
Elle adorait se mêler des discutions des autres, et elle ne manquait jamais une occasion de le faire.
- Mais je trouve que s’est une bonne idée, répondit Cryanne, en faisant ainsi nous verrons tout de suite qui aimerait combattre le Comte et limiter ses pouvoirs grandissants.
- C’est le but, fit Zeïna, allez, tout le monde à son poste, nous allons entrer dans la rade.
L’Aurore Boréale s’engagea dans l’ouverture gardée par deux imposantes balistes. La vue se dégagea pour dévoiler une forêt de mât, il y avait là tous les types de bateaux imaginables, de la simple barque de pécheur en passant par le bateau de commerce gigantesque. Des voiliers rapides mouillaient un peu partout, ces petits navires permettaient de faire la route rapidement entre les îles, les navires préféraient des contrebandiers.
N’ayant aucune place pour décharger sa marchandise sur le quai, l’Aurore Boréale jeta l’ancre dans un espace libre de la baie, à l’abri de la digue. Zeïna vit plusieurs mâts de navire portant les couleurs du Comte Dé Varousis Aras. Ils étaient regroupés contre un quai devant des entrepôts qui devaient lui appartenir.
Un cotre quitta le quai pour se diriger vers le navire qui venait d’arriver. Alors que les marins terminaient à peine de replier les voiles, un responsable du port d’Onerine se présenta à bord. Zeïna l’accueillit en tenue de capitaine, le saluant en retirant son chapeau.
- Bienvenu à bord de l’Aurore Boréale, Capitaine Zeïna Dé Feryo.
- Merci Capitaine, Jack Kera, de la capitainerie du port, je viens me renseigner sur votre marchandise.
- Bien sûr, si vous voulez bien me suivre jusqu’à ma cabine.
Elle entraîna l’homme jusqu’à son bureau, Hina apporta une bouteille de vin avant de s’éclipser rapidement. Une fois assis l’un en face de l’autre, la jeune fille sortit les documents du navire et lui présenta après lui avoir servit un verre.
- Je vous remercie pour votre accueil.
L’homme était grand et athlétique, il avait des cheveux longs et brun qu’il gardait en queue de cheval. Sa peau était burinée comme celle d’un marin, ses yeux noisette se promenaient sur la feuille de route du navire. Il portait un uniforme simple avec des boutons de cuivre, les armoiries du roi était bien visible, un lion couronné se tenant sur les pattes arrières entouré par des rosiers en fleur.
- Vous êtes basé à Calasta, c’est votre première visite chez nous.
- Depuis que j’ai repris le commandement du navire en tout cas, mon père a déjà fait quelques fois escale ici.
- Tôt ou tard, tous les bateaux passent par chez nous, votre père n’était il pas Rodéric Dé Feryo.
- Oui en effet, même si je préfère ne pas me présenter ainsi, je tiens à me faire mon propre nom.
Jack Kera sourit.
- C’est louable je dois dire, donc qu’avez-vous à proposer comme marchandise ? Nous avons beaucoup de navires et je crains que vous ayez un peu d’attente pour être déchargé.
Zeïna se contenta d’afficher un visage serein, elle lui tendit un parchemin décrivant le contenu du navire. Le représentant du port commença sa lecture, il se figea soudainement en voyant l’un des articles présent dans les cales. L’homme releva brusquement la tête en la fixant, les yeux écarquillés.
- Vous avez de l’encre borsa ?
- Oui en effet.
- Mais comment ?
- Je me suis approvisionnée à Conuda, c’est d’ailleurs la dernière récolte avant l’année prochaine, une encre d’une très grande qualité selon les producteurs.
Jack Kera se mit à réfléchir.
- L’encre borsa est un produit exclusif à un marchand, le Comte Dé Varousis Aras il me semble.
- Habituellement oui, mais cette fois, je suis arrivée avant lui et j’ai pris la marchandise. Il n’avait aucun contrat avec les personnes de l’île et j’en ai profité pour prendre l’encre.
L’homme était sous le choc, il n’aurait jamais pensé que quelqu’un cherche à tenir tête à ce noble. Pourtant, cette jeune demoiselle venait de lui prouver le contraire.
- Et bien, si vous avez une telle marchandise, ne vous en faites pas que vous allez avoir une place de choix sur les quais de la cité. Je vais immédiatement transmettre la nouvelle à la capitainerie, je viendrais à votre bord quand j’aurais la confirmation.
- Je suis à votre disposition, Mr Kera.
Ils échangèrent une poignée de main rapide, l’envoyé du port descendit dans sa chaloupe promptement en quelques instants. La chaloupe repartit à grande vitesse en direction du quai, les hommes à bord ramant avec hâte.
- Et bien, tu lui as fait peur, minauda Cryanne.
- Je l’ai surpris, répondit Zeïna, et je peux t’assurer quand dans moins d’une heure nous serons accostés à l’un des quais du port.
- La force des mots, plaisanta le second.
- Dites aux marins de ne pas se relâcher, ils pourront se reposer dans peu de temps, mais pour le moment j’ai encore besoin d’eux.
Portyd hocha la tête.
- Je vais m’entretenir avec Nefrita, nous allons avoir besoin d’une bonne préparation pour affronter une pluie de requête et de demande.


Comme l’avait prédit la capitaine, moins d’une heure plus tard, le représentant de la capitainerie du port revint à bord de l’Aurore Boréale pour le guider vers une place sur l’un des quais. L’équipage monta dans plusieurs barques pour tracter à la force des rames le navire jusqu’à l’emplacement. Le personnel du port les aida à faire avancer l’Aurore qui était particulièrement lourd avec ses cales pleines.
Arrivé près du quai, les dockers se saisirent avec adresse des amarres, le navire fut rapidement callé. Le nombre de personnes se pressant au niveau du bateau devenait impressionnant, il y avait là des marchands, des négociants, des commanditaires et des curieux. La garde du port avait même fait le déplacement pour éviter les débordements.
- Il y a bien du monde pour nous accueillir, nota Zeïna.
- L’encre borsa, répondit Jack Kera, c’est la dernière cargaison, tous les nobles en veulent.
- En clair, les prix vont monter rapidement, et je suppose que je dois tous ces bons visiteurs par quelques indiscrétions.
Le représentant de la capitainerie sourit.
- Avec la borsa, les nouvelles vont vite.
Zeïna fit descendre sa passerelle, mais elle resta sur le bateau, elle ne devait pas céder au plus offrant dés maintenant. Elle en avait discuté avec Nefrita, et sa commis lui avait conseillé de laisser les marchés spéculer. La capitaine se pencha vers la rambarde de son navire pour s’adresser à la foule.
- Messieurs, je dois vous prévenir que je ne compte pas vendre ma marchandise pour le moment, je tiens à vous laisser tous exprimer vos demandes.
Des murmures de déception parcoururent la foule, les marchands avaient espéré tirer un profit de cette manne.
- J’organiserais une vente par lot dans une salle de réunion de l’Organisation des marchands de la cité, lança Zeïna, je ferais savoir la date exacte dés que j’aurais la salle.
Les personnes venues pour tenter leur chance se dispersèrent peu à peu, chacun allait se préparer à se battre pour obtenir un peu de cette encre miraculeuse.
- Vous vous êtes vraiment bien débrouillée, fit Jack Kera, voilà une vente qui va entrer dans les mémoires.
- Je l’espère aussi, merci de votre aide.
- Je n’ai fait que mon travail, bonne journée et bon courage.
L’homme quitta le navire où l’activité battait son plein, les marins préparaient le navire pour l’escale dans ce port qui durerait quelques jours. Non loin de là, dans l’ombre d’une rue, deux hommes regardaient le navire, ils portaient des capes longues qui les couvraient entièrement.
- Le message disait vrai, lança le premier, c’est bien l’Aurore Boréale qui est arrivé et en plus avec l’encre.
- Je n’en croyais pas mes yeux quand j’ai lu le message venu du pigeon.
Le capitaine Horm avait lancé un pigeon en direction de la cité d’Onerine pour prévenir de l’arrivée de l’Aurore. Il savait que son message arriverait bien plus rapidement que son navire tributaire du vent.
- Il va falloir prévenir le comte reprit, l’un des hommes, et je ne voudrais pas être cette personne je t’assure.
- Mon non plus, dépêchons nous et rentrons au comptoir.
Les deux silhouettes disparurent de la rue pour plonger au cœur des passants. Ils marchèrent rapidement, fendant la foule avec habileté, ne se faisant remarquer de personne comme il savait si bien le faire. Les hommes regardèrent autour d’eux avant de prendre une sombre ruelle, là ils frappèrent quelques coups sur un mur. Il révéla un passage camouflé que les espions empruntèrent sans attendre et dans le plus grand silence.
Peu après, ils furent dans un bureau avec des meubles luxueux, des tapis épais et des sculptures de prix. La lumière du soleil inondait la pièce par une verrière en fer forgé constitué de vitres colorées. Un homme au profil d’oiseau de proie fixa les nouveaux venus avec un regard plein acéré.
- Alors ?
- C’est bien l’Aurore Boréale avec la fille capitaine à son bord, lança l’un des espions.
- Et son chargement ?
- L’encre borsa de Conuda qu’elle a acheté avant le comte.
L’homme frappa d’un poing la table en poussant une exclamation de rage.
- Ce n’est pas vrai, cette gamine vient de me mettre dans une très mauvaise situation.
Il se mit à réfléchir sans se préoccuper des deux hommes.
- Qu’est ce que vous faites encore là vous deux, partez d’ici !
Les espions se redressèrent brusquement.
- Désolé Monsieur Mehon, lança l’un d’eux en se reculant à grands pas, imité par son compagnon resté silencieux.
Une fois seul, Angol Mehon se couvrit la bouche d’une main en caressant sa petite barbe parfaitement bien taillé. L’homme était le responsable du comptoir commercial du Comte Dé Varousis Aras dans la grande cité d’Onerine. Un poste particulièrement important, le noble possédait ici l’un de ses établissements légaux le plus importants.
Angol était de grande taille, avec un maintien parfait, son profil atypique le faisait remarquer rapidement. Il était un commerçant acharné qui aimait par-dessus tout le luxe et le profit, l’homme était devenu le faire valoir du Comte pour amasser encore plus de fortune et de pouvoir. Il s’habillait à la dernière mode avec des soies fines et des velours de la plus belle qualité, il possédait des cheveux brun coupé à la dernière mode et un regard noir qui faisait trembler ses ennemis.
Le négociant finit par se lever de son bureau, il n’avait pas le choix sur sa conduite à prendre maintenant. Il se rendit dans un cabinet latéral et il referma aussitôt soigneusement la porte à clef. Une fois assuré qu’il était bien seul dans la petite pièce sombre, il ouvrit un placard pour dévoiler un miroir. L’objet était extrêmement rare, il provenait d’une lointaine contrée presque inconnue de tout l’Archipel des Milles Iles.
Angol Mehon ne savait pas d’où venait le miroir, mais il connaissait son utilisation et surtout son utilité. La paume posé sur un cristal enchâssé sur le coté, la glace brilla soudainement éblouissant la pièce sombre. Un visage apparut alors dans l’encadrement doré, le Comte Dé Varousis Aras lui faisait face, l’air particulièrement ennuyé.
- Mehon, pourquoi me déranges tu à cette heure là ?
Il travaillait avec lui depuis une vingtaine d’années, et les deux hommes avaient convenu des heures précises pour le contacter. Malgré son autorité naturelle, le marchand avait toujours peur du noble qui était une personne encore plus malveillante que lui.
- Alors j’attends, que me veux-tu ?
- Je viens vous porter des nouvelles de la dernière récolte d’encre borsa.
- Ah oui, le chargement, il est déjà arrivé à Onerine.
Angol Mehon hésita quelques instants.
- En quelques sortes.
Le visage du Comte se crispa, il s’approcha de la glace jusqu’à envahir toute la surface du miroir.
- Des explications claires, immédiatement.
- Ce n’est pas l’un de nos navires qui vient de l’amener, c’est un marchand indépendant qui a acheté l’encre.
- Qui a osé bafouer mon autorité ?
La voix du Comte était grondante, rempli d’une colère froide et dévastatrice.
- Je ne sais pas si …
- Son nom !
L’ordre avait claqué dans l’air comme un coup de tonnerre.
- L’Aurore Boréale commandé par Zeïna Dé Feryo.
Angol Mehon écarquilla en voyant la surprise se marquer sur le visage du Comte, il aurait cru assister à sa fureur, mais pas à ce qu’il voyait. Le noble se laissa tomber en arrière dans son fauteuil en se tenant le menton, il se mit à parler tout seul.
- Alors là, petit Dé Feryo, tu viens de m’avoir, je t’ai sous-estimé et j’en paie le prix.
Le négociant d’Onerine se permit d’intervenir.
- Il y avait un billet pour vous à Conuda laissé par la jeune fille, nous avons sa transcription faite par le Capitaine Horm qui a débarqué sur place.
- Et que dit-il ? Demanda le Comte d’une voix posée.
L’homme saisit un parchemin et le lut à haute voix.
- « Bonjour cher Comte, nous voilà à égalité maintenant, la bataille ne fait que commencer »
Le noble poussa une exclamation amusée.
- Tu m’as eu pour cette fois, mais je compte bien me rattraper, je te laisse cette manche même si cela me désole.
Le Comte Dé Varousis Aras porta alors son attention à son interlocuteur.
- Surveillez tous ses faits et gestes, je veux un compte rendu de ses activités à midi et le soir, c’est bien compris.
- Ou … Oui monsieur le Comte.
- Je vais faire en sorte que d’autres navires vous rejoignent, le combat ne fait que commencer comme tu l’as si bien dit ma petite demoiselle, et tu es bien seule ici alors que je suis sur mon territoire.
Le miroir redevint normal sans prévenir, Angol Mehon se retrouva seul dans la pénombre. L’homme au profil d’oiseau de proie poussa un soupir de soulagement, il s’en était sorti sans blâme alors qu’il avait cru sa dernière heure venue. Maintenant il devait surveiller cette Dé Feryo avec beaucoup d’attention s’il voulait garder son poste. Le marchand quitta le cabinet privé caché dans un placard pour organiser la surveillance du navire.

A suivre
 
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