Bonjour lecteur ^^
Je vous présente la suite d'Océan, l'équipage est arrivé à Onerine, la vente du trésor qui se trouve dans leurs cales va permettre à Zeïna de faire grandir sa popularité et de trouver un nouveau chargement.
Mais le comte ne risque t'il pas de répondre à la première attaque ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 51
Invitation intrigante
La vente aux enchères orchestrée par l’arrivée de l’Aurore fut un véritable triomphe, tous les négociants et marchands que comptaient la ville et au-delà s’y rendirent pour profiter des derniers barils d’encre borsa disponible. Les prix grimpèrent à des hauteurs que peu aurait pu imaginer, chaque lot donnait lieu à de véritables batailles entre les acheteurs. Les marins de l’Aurore durent intervenir plusieurs fois pour éviter les empoignades, la capitaine avait préféré prévenir les débordements.
La totalité des gains remboursa largement les pertes subies lors de la première escale, mais elle permit même de doubler la mise largement. La jeune fille avait fait un choix dangereux, mais elle venait de démontrer qu’elle pouvait très bien répondre aux attaques. Les agents du Comte étaient présents dans la salle, ils tentèrent de prendre quelques lots, mais la concurrence était rude.
Zeïna regardait le bilan de la vente qui venait de se terminer, les carnets de compte de Nefrita Hagus étaient parfaitement bien tenus. La commis était particulièrement rigoureuse, la femme remontait ses lunettes sur son nez pour les rajuster.
- Pour les ventes, nous avons dépassé de loin les objectifs.
- J’ai remarqué, le dernier lot a été particulièrement disputé.
La commis hocha la tête.
- D’après ce que j’ai compris, l’acheteur est le commanditaire de l’une des nobles les plus riches de l’île, elle ferait partie de la famille royale de la cité. Elle a d’ailleurs remporté pas mal de lots sur l’ensemble de cargaison.
- J’aime les clients aussi généreux, lança la jeune fille.
Elle souriait avec une assurance nouvelle, elle regarda la salle qui se vidait lentement, un homme dans le fond la fixait avec insistance. Son apparence faisait penser à un rapace qui fixait sa prochaine proie qui allait lui tomber entre ses serres.
Zeïna le fixa à son tour, au lieu de se dérober l’homme affronta le regard en se redressant. Une bataille commença, silencieuse et sans merci, seul l’esprit le plus fort sortirait vainqueur. Les secondes défilèrent sans qu’aucun ne montre une faille, une goutte de sueur passa sur la tempe de la jeune fille.
- Capitaine, nous retournons à bord ? Demanda Lantis apparaissant à côté d’elle.
Le maître d’arme interrompit la concentration de la jeune fille qui se tourna vers son officier.
- Que dis-tu ?
- Et bien, je voulais savoir si nous retournions au navire tout de suite où si vous aviez encore des choses à faire à terre.
Zeïna dut attendre quelques instants pour récupérer le fil de ses pensées, elle était un peu perdue mais elle se reprit assez rapidement.
- Je …Je ne sais pas encore.
La capitaine se retourna pour chercher des yeux l’inconnu qui la fixait avec intensité, mais elle ne le revit pas. Il avait disparut dans la foule comme un fantôme sans laisser de trace, elle le chercha encore un peu des yeux mais elle dut se rendre à l’évidence que s’était inutile.
- Un problème peut être ? Demanda Lantis inquiet.
Il regarda à son tour dans la même direction que la jeune fille.
- Rien, enfin … Il y avait un homme étrange qui me fixait, mais je ne le vois plus, il a du sortir le temps que je regarde ailleurs.
Zeïna chassa l’inconnu de ses pensées pour se concentrer sur le plus important.
- Pour le moment, nous devons nous mettre en quête d’une nouvelle cargaison, nous allons rester à terre tout compte fait.
- Je resterais avec vous alors, fit Lantis, je vais dire aux autres marins de repartir à bord.
- Nefrita, viens avec nous aussi.
La commis hocha la tête.
- Je m’en doutais, nous avons vu plusieurs pistes avant d’arriver, nous devrions …
Un homme en livrée apparut à la hauteur du trio, il se tenait avec beaucoup de maintien. Une perruque blanche bien poudrée sur la tête, il se courba en deux avec rigidité, coupant la parole à Nefrita.
- Je vous salue Capitaine Dé Feryo, permettez moi de m’excuser pour cette intrusion un peu cavalière dans votre discussion. Je me nomme Leroto, Majordome de Madame Esmerelde De Saint Nassau Duchesse d’Onerine.
La jeune fille comprit que la personne était de très haute noblesse, Nefrita se pencha vers la capitaine pour lui glisser à l’oreille.
- C’est la personne qui nous a acheté le dernier lot et plusieurs autres, murmura t’elle.
Zeïna hocha la tête et répondit au nouveau venu.
- Vous êtes tout excusé, que puis-je pour vous aider ?
Le majordome se redressa en affichant un visage amical.
- Je ne demande pas d’aides, je viens vous porter une invitation à un bal donné par Madame la Duchesse, pour fêter l’arrivée de l’encre borsa qu’elle apprécie énormément.
- Je vous remercie, c’est un honneur, fit Zeïna.
Elle souriait en cachant ses véritables sentiments, elle exécrait les mots « invitation » et « bal » dans la même phrase.
- Le bal aura lieu dans sa propriété de la ville haute, une calèche viendra vous prendre à votre navire ce soir.
- Vous remercierez la Duchesse pour son invitation.
- Je n’y manquerais pas.
Le majordome salua avec déférence la capitaine avant de se retirer silencieusement. Lantis et Nefrita la regardèrent en même temps, ils n’osaient pas parler tout de suite, attendant la réaction de la jeune fille. Elle ne tarda pas à arriver sous la forme d’un gémissement venu du plus profond de son cœur.
- Pas encore une fois …
- J’ai bien peur que si, se risqua le maître d’arme, tu devais bien savoir qu’à traiter avec de tels produits, nos riches clients te fassent ce genre de proposition.
La capitaine le fixa.
- Je ne pensais pas que cela arriverait aussi rapidement, mais au moins cette fois, je n’aurais pas le piège d’une troupe d’habilleuses sans scrupule.
Nefrita Hagus ne répondit pas à l’attaque verbale, se contentant de sourire légèrement.
- Alors que faisons-nous alors ? Demanda Lantis.
- Cette histoire de bal me contrarie un peu, mais avec une personne aussi importante je ne peux pas dire non, nous allons faire quelques recherches mais je dois tout de même me préparer.
Ils quittèrent la salle des enchères, la commis en profita pour glisser un mot à l’un des marins qui retournait à bord. Elle rejoignit rapidement la capitaine et le maître d’arme pour partir en quête d’un chargement pour l’Aurore Boréale.
Quelques heures plus tard, ils revinrent au navire, Zeïna était pensive, ils n’avaient pas vraiment trouvé de nouvelles cargaisons. L’ombre du Comte planait énormément sur les négociants, il avait apparemment la main mise sur une bonne partie du commerce de la cité.
- Je savais que cela serait difficile, mais delà à une telle situation, comment un homme peut il influencer tant le trafic commercial ?
- Il a eu des années pour creuser son trou, répondit Lantis, et je pense qu’il veut maintenant reprendre l’avantage dans votre affrontement.
- Nous avons eu de la chance jusqu’à présent, et je sens qu’elle va continuer, demain nous trouverons un marchand qui veut lutter contre notre ennemi.
La jeune fille afficha un regard plein d’assurance, elle y croyait et elle voulait le montrer à tout son équipage. Justement, elle remarqua alors que les marins faisaient mine de travailler, mais qu’ils observaient tous dans sa direction.
La capitaine regarda le pont du navire, elle sentait que quelque chose manquait. Elle se tourna vers Portyd qui se tenait sur le pont supérieur.
- Mr Odell, vous savez où se trouve Acoya ?
- Je crois qu’elle est dans votre cabine, elle m’a dit qu’elle travaillait sur les cartes des courants des environs.
Zeïna fronça les yeux, elle ne connaissait pas une telle ardeur au travail de la part de son pilote. Il valait mieux qu’elle se rende rapidement dans sa cabine pour voir si tout se passait bien. La jeune fille entra dans les entrailles du navire, Lantis vit l’étrange sourire qu’affichait le second mais aussi une bonne partie des marins présents sur le pont.
- Olans, qu’est ce qui se passe ?
Le marin s’approcha du maître d’arme.
- Vous allez bientôt savoir pourquoi, répondit Olans Ménalas.
Lantis le regarda en écarquillant les yeux.
- Mais que fais tu Cryanne ? Lâchez-moi ! Mais lâchez-moi ! Pas encore, non !
La voix de la capitaine était pleine de colère, elle provenait de la porte qui menait à sa cabine. Alors que le maître d’arme allait se précipiter, Portyd l’apostropha en souriant.
- Calme-toi Lantis, elles nous refont le coup de la robe.
Le maître d’arme poussa un soupir.
- Comment Cryanne a-t-elle pu être mise au courant aussi rapidement ?
- Nefrita l’a prévenu par le biais d’un des marins revenus de la vente.
- J’imagine que je dois aller me préparer aussi.
Le second sourit.
- Tu vas encore t’amuser toute une soirée, arrête donc de te plaindre, ton costume t’attend.
- Encore une surprise de Cryanne je suppose.
Portyd s’esclaffa de plus belle, les marins derrière plaisantaient entre eux.
- Tu te rends compte que mon autorité vient d’en prendre un sacré coup, fit remarquer Lantis.
- A peine, lança le second.
Le maître d’arme se rendit à son tour à sa cabine, les cris de Zeïna n’étaient plus que des murmures. La jeune fille s’était apparemment résignée à son sort bien plus rapidement que la première fois.
La nuit venait de prendre possession du port d’Onerine, les tavernes et les bars résonnaient des chants des marins qui y faisaient la fête. L’équipage de l’Aurore Boréale n’avait encore pas eu l’autorisation de descendre à terre, mais plus d’un ne rêvait que d’en profiter.
Mais parmi les hommes à bord, l’un d’eux attirait l’attention de tout le monde, à son grand désespoir. Lantis avait revêtu le costume qui se trouvait sur son lit dans sa cabine, le même que celui qu’il portait lors du bal du Gouverneur de Calasta. Les marins le regardaient en plaisantant, surtout en voyant les chaussures qu’il avait au pied.
- Je vais devoir travailler de longues journées pour retrouver un peu de légitimité, se plaignit le maître d’arme.
- Mais arrête, lança Portyd à coté de lui, moi je te trouve pas mal.
Le second tentait de contrôler le fou rire qui s’emparait de lui.
- Je te sens tellement sincère dans tes paroles.
Lantis se tourna vers le quai, la calèche était arrivée depuis quelques temps au pied du navire. Le cocher attendait patiemment sur son siège, tandis qu’un serviteur se tenait au pied de la passerelle.
- J’ai l’impression que Zeïna commence à prendre des manières de jeune fille, fit le second.
- Comment ça ?
Portyd sourit en regardant son camarade.
- Une femme doit toujours être en retard.
Ils se mirent à rire de la plaisanterie, ces paroles ne seraient pas à répéter devant la capitaine. La porte menant aux cabines du navire s’ouvrit enfin, Nefrita Hagus et Cryanne apparurent sur le pont. Juste après les deux femmes, Zeïna fit son entrée accompagnée par Hina qui tenait un vêtement dans ses mains, Acoya derrière ses talons.
Plusieurs marins sur le pont ne purent s’empêcher de s’exclamer en voyant l’apparition de leur capitaine. Oublié l’uniforme ou les habits de travail du quotidien, la jeune fille portait une robe bleu pâle de soie et de dentelle. Sans bretelle, ses épaules menues étaient mises en avant, dévoilant en même temps la beauté fragile que cachait son uniforme. Un corset de dentelle enserrait sa taille pour mettre en avant sa poitrine dans un décolleté vertigineux. Une jupe légèrement bouffante complétait sa tenue dont l’arrière finissait en une légère traine couverte de dentelle et de rubans mêlés.
Le visage maquillé avec douceur, ses yeux étaient mis en valeur par des traits de crayons fins et précis. La coiffure de la jeune fille était très élaborée, une partie relevée avec quelques pinces alors que des mèches plus grandes étaient laissées libres dans sa nuque, formant des boucles dorés sur sa peau diaphane.
Malgré sa gêne, Zeïna garda sa contenance devant son équipage, évitant de rougir. Elle n’était toujours pas très à l’aise dans pareille tenue, mais elle commençait à s’y faire. La capitaine marcha avec habileté sur le pont en bois, ses escarpins de danse au pied. Elle vint à la rencontre de Lantis et de Portyd qui attendait près de la passerelle.
- Mr Alaster, je suis désolée pour l’attente, mes tortionnaires n’avaient pas fini de me préparer.
- Et bien, nous ne t’avons pas fait tant de mal au vu du résultat, lança Cryanne.
- Pourtant je trouve que nous avons fait merveille en si peu de temps, remarqua Nefrita.
Zeïna se renfrogna.
- Je suppose que cette robe n’est pas la seule que vous avez fait embarquer à mon insu.
Elles gardèrent le silence en arborant des sourires qui en disait long sur la réponse.
- Après tout, je ne préfère pas savoir.
La capitaine se tourna vers le second.
- Mr Odell, étant donné les bons résultats de la vente, laissez l’équipage en profiter pour ce soir.
Les paroles de la jeune fille furent entendues par les marins qui poussèrent des cris de joie. Ils avaient attendu toute l’après midi pour pouvoir enfin avoir du temps libre à terre.
- Je voudrais quand même prendre quelques précautions, reprit Zeïna.
- Je m’y attendais, lança le second, je vous écoute.
- Dites aux marins d’essayer de se tenir le mieux possible, je ne veux pas de bagarres, et je suis persuadé que les hommes à la solde du Comte en profiteront pour nous discréditer.
- Cela ne va pas être facile.
- Je sais Mr Odell, mais c’est très important, dites leur d’éviter de se déplacer seul dans les rues également.
- Les ordres seront transmis.
- Une chose encore, ajouta Zeïna, laissez sur le navire une dizaine de marin pour le garder, c’est plus qu’habituellement mais je ne veux prendre aucun risque. Il y aura des quarts pour que tout le monde en profite.
Elle se tourna vers Cryanne.
- Evidemment, Mme Tolado sera volontaire pour être l’officier qui restera à bord, je vous remercie pour votre participation.
La maître d’équipage secoua la tête.
- La réplique ne se fait pas attendre à ce que je vois, se sera avec plaisir Capitaine bien sûr.
- Bien, je vous laisse organiser cela Mr Odell, profitez bien de votre soirée.
- Merci Capitaine, et amusez vous bien également.
La jeune fille grimaça.
- Je ne sais pas si je dois prendre cela pour un amusement.
Hina lui confia son châle et ses gants.
- Je vous le mets sur les épaules ?
- Non merci Hina, je peux te demander quelque chose, murmura Zeïna.
La jeune fille rousse hocha la tête un peu surprise.
- Garde un œil sur Acoya, je ne voudrais pas qu’elle s’attire des ennuis.
- Ne vous en faites pas, répondit Hina, je ne la quitterais pas des yeux.
- Je te remercie.
Escorter par Lantis, le couple descendit à terre après un dernier signe de tête aux officiers et au reste de l’équipage. Les marins saluèrent leur capitaine avec de grand geste, ils appréciaient le temps libre qui leur était accordé à terre.
- Tu as vu comme elle est belle, fit Riya Dé Endefield, c’est aussi pour ça que je l’admire.
Milie Erna hocha la tête vivement tandis que Larra Jenfa regardait la scène les bras croisés.
- Franchement, vous ne pensez pas qu’il y a autre chose à admirer chez elle que sa robe de bal, je la trouve mieux en uniforme de capitaine.
Les deux jeunes filles la regardèrent surprises.
- Et bien quoi ? Lança Larra en se redressant.
- Elle a des problèmes de vue, demanda la mousse.
- Je ne crois pas, répondit Milie Erna.
La troisième femme se contenta de soupirer en laissant retomber sa tête sur sa poitrine.
Sur le quai, le couple fit face au serviteur qui attendait près de la passerelle bien droit. Il les salua avec une déférence, en touchant presque le sol avec sa tête.
- Mes hommages Capitaine Dé Feryo, je suis à votre service pour vous conduire à la propriété de la Duchesse d’Onerine.
- Nous sommes prêts, nous pouvons partir.
- A vos ordres mademoiselle.
Le serviteur saisit la porte et l’ouvrit, Lantis aida la jeune fille à prendre place à l’intérieur avant de monter à son tour. Le serviteur grimpa aussitôt à l’arrière et donna l’ordre au cocher de se mettre en route. Le carrosse se mit en route sous l’impulsion donné par le conducteur, les chevaux partirent au trot, faisant claquer leurs fers sur les pavés de la route.
- Ce carrosse est magnifique, fit Zeïna émerveillée, bien plus beau que celui que nous avions lors du bal du Gouverneur.
- La Duchesse semble une personne très riche, elle doit avoir d’énormes moyens pour faire décorer une calèche de cette manière.
Le velours pourpre des fauteuils étaient en harmonie avec les tapisseries rouges cousues de fil d’or sur les cotés. Le plafond était également capitonné de velours avec des médaillons peints qui représentaient des sirènes surgissant de l’eau.
- Voilà une occasion de mettre un pied dans la bonne société de l’île, remarqua Lantis.
- Oui, mais je pense que nous aurons aussi à nous méfier des espions et des alliés du Comte, ils doivent être nombreux après ce que nous avons vu cette après midi.
- Je ferais attention à ce que personne ne te nuise, je te le promets.
La réponse du maître d’arme fit rougir la jeune fille qui ne cacha pas son embarras. Elle changea de sujet pour essayer de reprendre la contenance dont elle faisait preuve jusqu’alors.
- J’espère seulement qu’Hina fera bien ce que je lui ai demandé.
- Je me demandais justement ce que tu lui avais demandé, observa Lantis.
- C’est simple, répondit la capitaine, je veux qu’elle garde un œil sur Acoya, cette elfe est tellement naïve que j’ai peur qu’elle ne tombe dans un piège.
L’homme se mit à rire.
- Allons, Acoya est tout de même plus une enfant, elle sera se tenir.
- Tu en es vraiment sûr, après tout ce qu’elle nous a déjà fait ?
Le maître d’arme se prit à douter en voyant l’assurance dans les yeux de la jeune fille.
- Tout compte fait, reprit-il, je commence à m’inquiéter moi aussi.
Le couple resta silencieux durant tout le trajet, préférant conserver leur force pour ce qui allait suivre. Ils allaient tomber au milieu d’une foule de personnes qu’ils n’auront jamais rencontrées, ces rencontres pouvaient autant être bonnes que très mal venue.
Le carrosse s’arrêta enfin, la route avait été bien plus rapide que ce à quoi s’était attendu les deux voyageurs. Le domestique apparut à nouveau en ouvrant la porte d’un geste parfaitement maîtrisé. Il s’inclina légèrement devant les invités avec grâce.
- Nous sommes arrivés à la résidence de Madame la Duchesse, si vous voulez bien descendre.
Le marche pied était baissé, Lantis quitta la calèche avec élégance, il savait très bien se tenir à terre comme sur le pont d’un navire. Le maître d’arme tendit la main pour saisir celle de Zeïna, il l’aida à descendre de la calèche, leurs regards se croisèrent et la jeune fille rougit légèrement. Elle sentait de nouveau la chaleur envahir sa poitrine, et elle avait presque envi de se laisser emporter par ce sentiment enivrant.
- Si vous voulez bien me suivre, reprit le domestique, je vais vous conduire jusqu’au lieu des festivités.
Guidé par l’homme en livrée, le couple emprunta un chemin borné d’arbres aux branches longues et élancées. Le sentier était éclairé de torchère qui illuminait le jardin comme en plein jour. Le manoir de la noble apparut aux yeux des deux membres de l’équipage de l’Aurore Boréale. Elle était grande, des courbes harmonieuses tranchaient avec les angles bien droits des constructions habituelles.
Une cour en arc de cercle formée de colonnes désignait l’entrée de la bâtisse, deux bâtiments de forme cylindrique l’encadraient. Derrière, un couloir poursuivait le portique pour mener à une petite cour intérieure entourée d’un patio ombragé. Les bâtiments étaient tous décorés avec goûts, des sculptures saisissantes de vérité.
Zeïna poussa une exclamation de surprise.
- Les murs brillent comme en plein jour, c’est magnifiques !
Des animaux semblaient se mouvoir sur la façade, des arbres, des fleurs, des personnages, tout paraissait vivant.
- C’est grâce à vous Capitaine, répondit le domestique, c’est à l’aide de l’encre borsa que nous pouvons faire de telle chef d’œuvre.
Ils continuèrent leur route, passant par la grande entrée faite de colonnes. Les deux marins furent immédiatement plongés au milieu d’une foule qu’ils n’auraient jamais cru voir possible de rassembler en un seul lieu.
Un nouveau personnage apparut devant le couple, ils reconnurent le majordome qu’ils avaient rencontré lors de la vente aux enchères du matin.
- Mademoiselle Dé Feryo, je vous souhaite la bienvenue dans la demeure de a Duchesse d’Onerine.
Il se courba avec beaucoup de déférence.
- Venez avec moi, je vous pris, je vais vous présenter à Madame.
- Bien évidemment, répondit la jeune fille.
Fendant la foule, le couple fut salué par des convives qu’ils n’avaient jamais vus, un peu perdu, ils faisaient tout pour ne pas perdre leur guide. Après quelques minutes, ils arrivèrent devant un attroupement encore plus important, des invités entourés une personne bien particulière.
Les gens s’écartèrent soudainement pour laisser passer la maitresse des lieux. La duchesse était de taille moyenne, elle avait une cinquantaine d’année mais son corps était resté aussi svelte que lors de sa jeunesse. Sa beauté presque éternelle était connue de tout, veuve depuis une dizaine d’année la femme en profitait pour attirer dans son lit de jeune éphèbe.
Elle possédait des courbes aux charmes qui ne laissaient pas indifférents la gente masculine. Sa peau était très pâle grâce aux nombreux cosmétiques dont elle connaissait tous les secrets et même biens autres que personne n’osait imaginer. Elle portait une robe parme qui rehaussait ses yeux bleu foncés, avec des perles incrustées dans le tissu. Ses cheveux blond vénitien étaient structurés autour de fleurs lys.
- Mademoiselle Zeïna Dé Feryo, Capitaine de l’Aurore Boréale, comme je suis heureuse de vous voir enfin parmi nous !
L’extravagante femme se déplaçait en faisant de grands gestes dans l’air, exagérant chacun de ses mouvements.
- Madame de Saint Nassau, je vous remercie pour cette invitation.
La jeune fille s’inclina avec grâce devant la duchesse comme lui avait montré Cryanne quelques heures avant. Le maître d’arme à ses côtés en fit autant, gardant une main contre sa poitrine.
- Quelle élégance, je suis vraiment surprise, lança la duchesse, et qui est donc votre cavalier.
Zeïna se redressa avant de lui répondre.
- Lantis Alaster, le maître d’arme de mon navire, il a bien voulu m’accompagner.
- Un garde du corps en somme, gloussa Madame de Saint Nassau.
La capitaine baissa la tête, des rougeurs apparaissant sur ses joues, Lantis avala sa salive en restant bien droit. La duchesse se pencha alors vers la jeune fille et ajouta sur un murmure que seul le couple pouvait comprendre.
- Un homme de valeur dont la réputation avait été terni à tort.
La surprise s’afficha sur le visage des deux marins, la noble esquissa un visage sérieux avant de l’effacer aussi rapidement qu’il était apparu. Elle se releva brusquement en éclatant d’un rire cristallin, cachant sa bouche derrière sa main manucurée.
- Je suis vraiment comblée de votre venue et surtout de votre cargaison de borsa, nos fêtes n’étaient plus les mêmes.
La noble fit un nouveau geste de la main.
- Profitez de la fête Mademoiselle la capitaine, lança t’elle.
Elle repartit au milieu de ses invités avec une cohorte de personnes qui ne la quittait d’une semelle. Le couple était encore sous le coup de la rencontre, et surtout des paroles de la duchesse.
- Tu es déjà venu par ici, demanda Zeïna à voix basse.
- Quelques fois, mais pas après l’incident, répondit Lantis.
L’homme avait pali en entendant ce rappel à ce passé qu’il faisait tout pour laisser derrière lui. La noble cachait quelque chose et ils ne savaient pas comment ils devaient réagir à cette découverte.
Un couple d’invité se présenta à leur hauteur, l’homme avait une trentaine d’années. D’une belle apparence, il arborait un sourire séducteur d’une blancheur immaculée. La jeune femme pendue à son bras portait une robe argentée avec des bijoux hors de prix autour du cou et sur les doigts.
- N’êtes vous pas le Capitaine Dé Feryo ?
- C’est moi-même, à qui ai-je l’honneur ?
- Maroun Fidel, négociant en vin et spiritueux, ma femme Keitel, je voulais absolument vous rencontrer, vous avez fait une forte impression pour votre première fois à Onerine.
Zeïna fit un sourire en inclinant légèrement la tête.
- Merci pour ces compliments, mais je n’ai fait que mon travail.
- Justement, je voulais m’entretenir avec vous, pour vous connaitre un peu mieux et peut être voir une collaboration commune.
Le couple fut entrainé par le marchand auprès d’autres invités, la capitaine put ainsi nouer des contacts avec énormément de personne. Des négociants bien sûr, mais elle rencontra également des capitaines de navires commerçant, des producteurs et des nobles, tous des clients potentiels. La jeune fille souhaitait profiter de ce bal pour engranger le plus de contact possible.
La musique commença et des danseurs prirent possession de la piste de dance, Zeïna et Lantis se tenait légèrement en retrait, la jeune fille notait sur un carnet les derniers noms qu’elle avait entendu. Le maître d’arme récupéra le tout pour le remettre au revers de son veston, il tendit ensuite la main vers elle.
- Si nous profitions un peu de ce bal nous aussi, il n’y a pas que le travail dans la vie.
Zeïna baissa un peu la tête, elle posa sa main sur celle de son cavalier.
- J’espère que je ne vais pas m’emmêler dans mes pas.
- Je suis là pour t’aider.
Lantis entraîna la jeune fille vers la piste de danse, les regards se tournèrent vers eux. Ils étaient encore inconnus et ils seraient certainement jugés par les nobles de l’assistance, tout comme la maitresse de maison. Voyant la nervosité palpable de la capitaine, l’homme se pencha vers elle pour lui murmurer dans l’oreille.
- N’ais crainte, tu vas les éblouir par ta beauté et ton courage.
La jeune fille le regarda surprise, elle sentit son cœur battre plus fort, leur visage était si proche qu’elle ne voyait plus que ses yeux. Le maître d’arme la saisit par la taille et l’entraîna sur la piste en prenant le rythme de la musique. Zeïna ne quittait pas son cavalier des yeux, ils dansaient dans une harmonie parfaite, leurs pas se suivant dans une chorégraphie parfaite.
Les yeux s’agrandirent en les voyant évoluer, les capitaines de navire n’étaient pas connus pour leur grâce sur la piste. Mais cette nouvelle venue montrait à tous qu’il y avait des exceptions, la duchesse admirait ce couple qui évinçait tous les autres.
Les longues boucles de la chevelure dorée de Zeïna se mouvaient dans l’air avec légèreté, accompagnant les mouvements de tête de la jeune fille. Le corps complètement relâché, elle se laissait aller dans les bras de son cavalier qui faisait preuve d’une grande maîtrise.
Zeïna sentait le contact du corps de Lantis contre le sien, mais au lieu d’une gêne, elle sentait un sentiment de bonheur sans fin. Elle aurait voulu que ce moment dure une éternité, la main de l’homme dans la sienne, l’autre au creux de son dos.
Le maître d’arme se laissait envahir par un sentiment troublant également, il aurait du le repousser de toute ses forces mais il n’en avait pas vraiment le désir. Il se laissait porter par la musique, le parfum enivrant de sa cavalière, la douceur de sa peau et la beauté de ses yeux.
Quand les musiciens achevèrent leur morceau, les couples s’arrêtèrent lentement. Les deux marins se tenaient toujours l’un contre l’autre, se regardant sans pouvoir détacher leur regard. Pendant quelques secondes, ils ne bougèrent pas se fichant bien des spectateurs autour d’eux.
Mais le devoir de Lantis le rappela à l’ordre, il se détacha de sa cavalière non sans éprouver un pincement dans le cœur. Zeïna aurait aimé que ce moment ce prolonge encore, son cœur était perdu dans une vague de sentiment contradictoire. La capitaine reprit lentement la maitrise de son esprit, baissant la tête en gardant les yeux fermés pour se remettre de ses émotions. Elle les rouvrit en souriant à son cavalier avec douceur.
- Merci Lantis.
- De … De rien Zeïna.
La musique reprit alors, ils préfèrent se retirer pour éviter de gêner les autres danseurs. L’un comme l’autre avait besoin de se remettre de ce moment qui les avait chamboulés au plus profond d’eux même.
Un invité en profité pour les approcher, il était resté dans l’ombre pour les observer, attendant le moment propice pour les aborder. Il avait compris que cette danse avait diminué leur défense, il devait en profiter. Tel un requin sur un naufragé, l’homme se jeta sur sa proie en arborant un sourire carnassier.
- Bonsoir à vous Mademoiselle Dé Feryo, lança Angol Mehon.
La jeune fille se redressa pour lui faire face, elle reconnut l’homme au profil d’oiseau de proie aperçu lors de la vente aux enchères.
- Monsieur, lança t’elle en inclinant la tête avec politesse.
- Angol Mehon, je suis négociant, je possède un comptoir sur le port.
- Je vous ai entrevu lors de la vente de ce matin.
L’homme esquissa un sourire qui ne comportait aucune chaleur humaine.
- En effet j’étais présent, je ne voulais pas manquer un tel moment, j’ai trouvé la vente très stimulante. Vous avez réalisé là une très belle opération, c’est grâce à cette victoire que vous êtes entré dans les hautes sphères d’Onerine.
Lantis observait leur interlocuteur en silence, il avait un drôle de pressentiment en sa présence, un malaise qu’il n’arrivait pas à s’ôter de la tête. Il gardait le silence, cherchant du regard pourquoi son instinct lui hurlait de se méfier de cet homme.
- Après une telle victoire, poursuivit Angol, vous allez être approché par de nombreux marchands, j’imagine que je ne suis pas le premier, mais j’ai une excellente affaire à vous proposer, pourquoi ne pourrions nous pas …
- Excusez moi de vous interrompre, intervint soudainement Leroto.
Le majordome était apparu aussi brusquement que ce marchand, il affichait un regard impassible.
- Je suis désolé de m’immiscer dans la conversation d’une manière aussi cavalière, reprit le domestique, mais Madame la Duchesse souhaiterait vous rencontrer en privé.
Zeïna était un peu mal à l’aise, mais elle se reprit.
- Evidemment, je vous suis, veuillez m’excuser Mr Mehon, nous pourrons reprendre cette conversation un peu plus tard si vous le voulez bien.
Le marchand masquait sa colère derrière un visage neutre et commercial, il s’inclina légèrement devant la jeune fille.
- Mais bien sûr Mademoiselle Dé Feryo, se sera avec plaisir.
La capitaine le salua de la tête, imité par Lantis qui ne quittait pas des yeux le marchand. Ils suivirent le majordome qui les entraîna à travers la foule des invités, Zeïna interpela le domestique en même temps qu’ils avançaient.
- Mr Leroto, excusez moi mais pourquoi cette entrevue est elle aussi pressée ?
- Madame vous répondra directement, fit le majordome sans se retourner.
Ils passèrent une porte qui menait à un petit couloir, après quelques minutes de silence, Leroto donna quelques coups à une autre entrée. Les deux marins trouvèrent particulièrement la manière dont l’homme les donnait, un coup bref suivi d’une série de trois coups, puis une autre série de deux.
- Fais les rentrer Leroto, lança la voix de la duchesse derrière la porte.
Le majordome regarda derrière eux rapidement, puis il ouvrit la porte pour leur laisser le passage. La pièce était un petit salon très confortable, avec des fauteuils et un canapé capitonné et recouvert un velours pourpre. Les murs étaient recouverts d’une tapisserie rouge et or avec des motifs d’oiseaux de toute sorte, des tableaux complétaient la décoration.
La noble s’était levé à l’arrivée de ses invitées, elle arborait toujours son visage souriant. Elle attendit qu’ils soient tous les deux rentrés, pour interpeler le majordome resté à l’extérieur.
- Leroto, garde le couloir est surveille que personne n’approche, tu veux bien.
- Oui Madame.
Le domestique s’inclina respectueusement avec de fermer la porte. Zeïna et Lantis gardèrent le silence ne sachant pas ce qui allait suivre. La duchesse les regarda avec curiosité, ils restaient debout au milieu de la pièce sans bouger.
- Et bien, qu’attendez vous pour prendre place dans un fauteuil, vous n’allez pas rester ainsi pendant toute notre entrevue.
Voyant les deux marins hésiter, elle ajouta en souriant.
- Vous n’avez rien à craindre ici, vous êtes dans l’un des rares endroits parfaitement sûr pour vous, à par votre navire bien évidemment.
Zeïna finit par prendre place dans un siège, gênée par sa robe elle n’arrivait pas à trouver une position confortable. Lantis resta derrière elle, surveillant la porte du coin de l’œil et gardant bien en vue les deux fenêtres qui donnaient sur l’arrière de la propriété.
- Vous ne démentez pas à votre réputation Mr Alaster, toujours sur le qui vive.
La remarque de la noble dame fit de nouveau ciller le maître d’arme et la capitaine, cette fois elle prit la parole.
- Pardonnez-moi cette question quelque peu abrupte, mais connaissez-vous le passé de mon maître d’arme ? Il n’avait pourtant pas fait escale ici depuis des années.
La question amusa énormément la duchesse qui se mit à rire en cachant sa bouche à l’aide de son éventail. Elle se reprit pour répondre à la jeune fille.
- Je vais donc être directe avec vous Capitaine Dé Feryo, d’ailleurs je n’en attendais pas moins de vous.
La Duchesse d’Onerine vint s’assoir en face de la capitaine, un grand sérieux était apparu sur le visage de celle-ci, le même visage que lors de leur première rencontre au début du bal.
- Vous combattez le Comte Dé Varousis Aras de Calasta il me semble, et bien vous avez devant vous votre allié dans cette bataille commerciale.
Elle ponctua sa déclaration d’un claquement bref de son éventail quand elle replia d’un coup, les dés étaient jetés.
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