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Jeudi 31 mai 2012, 12:38


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 52 - Un allié inattendu.

Bonjour lecteur

Le bal vient de débuter, et alors que Zeïna et Lantis se rapproche de plus en plus, voilà que l'étrange maitresse des lieux vient à les convoquer dans une pièce particulière.
Nos deux héros sont incrédules devant l'annonce, aurait il trouvé un allié contre le Comte ou est ce encore un piège tendu sous leur pied ?
Et le sentiment naissant entre la capitaine et le maitre d'arme pourra il exister malgré leur différence ?

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire sur le texte ^^


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CHAPITRE 52
Un allié inattendu

La surprise s’afficha sur les visages de Zeïna et de Lantis, ils ne s’attendaient pas à une telle déclaration. Pourtant à voir l’air sérieux de la duchesse, ils devaient se rendre à l’évidence que sa proposition était des plus sérieuse.
La jeune fille reprit sa contenance, elle se redressa en faisant disparaitre la surprise de ses traits.
- Je ne vois pas que quelle bataille commerciale vous parlez, je suis juste un Capitaine Marchand venu faire des affaires.
La noble gloussa.
- Vous êtes prudente, quelque chose de très important pour les opérations que vous menez contre le comte.
Elle se redressa à son tour dans son siège avant de reprendre la parole.
- Il faut savoir faire preuve de prudence au bon moment jeune fille, pour vous prouvez que je ne suis pas votre ennemi, je vais seulement vous posez une question, savez vous qui était l’homme dont je vous ai arraché des griffes ?
Zeïna fixa son interlocutrice, elle était parfaitement sérieuse, affichant un petit sourire en coin. La capitaine leva la tête vers Lantis, qui fait un signe négatif de la tête, le maître d’arme ne savait pas non plus où elle voulait en venir. La jeune fille se décida à répondre en toute franchise, elle n’était pas en position de se permettre de tergiverser.
- Je n’en ai pas la moindre idée pour être franche, je l’avais déjà aperçu lors de la vente aux enchères de ce matin.
- C’est bien ce qu’il me semblait, alors je vais vous éclaircir.
La duchesse posa la main sur ses genoux.
- Cet homme s’appelle Angol Mehon, un négociant et responsable d’un comptoir marchand de grande importance sur le port. Et connaissez-vous le propriétaire de cet établissement ?
Zeïna regarda la femme, interloquée.
- Le Comte ?
- Lui-même, le Conte Dé Varousis Aras est le propriétaire de ce comptoir, le plus important de tout Onerine.
La jeune fille se retourna en direction de Lantis, l’homme était tout aussi surpris que sa capitaine. Il comprenait maintenant pourquoi il avait ressenti un malaise en sa présence, son instinct ne l’avait pas trompé une fois de plus.
- Si j’étais un ennemi, je vous aurez laissé tomber dans son piège, est-ce une preuve évidente de ma qualité d’allié ?
La capitaine devait bien l’admettre, elle se serait facilement fait prendre dans les filets de cet homme. Elle refit face à la noble, ses suspicions en partie apaisée mais pas tout à fait éclaircie. Elle reprit alors la parole avec une voix posée et plus amicale.
- Veuillez m’excuser pour mon manque de tact, mais je dois prendre beaucoup de précautions, et apparemment ce n’est pas suffisant avec un adversaire comme le Comte. Je tiens à vous remercier pour m’avoir sortie de ce traquenard.
- Ce n’est rien, ne vous en faite pas, je tiens à faire de vous une alliée très importante, je ne voulais pas vous voir prise au piège aussi facilement.
Zeïna hocha la tête.
- Je ne voudrais pas paraitre malpolie, mais puis-je avoir quelques explications concernant votre personne et cette alliance possible ?
- Evidement, vos questions sont tout à fait louables, je crains que vous ne soyez pas familière de cette ville ainsi que de ce royaume.
- Non, ce n’est pas une zone où mon père venait souvent faire du commerce.
- A part mon nom et mon titre, vous ne connaissez donc pas qui je suis.
- J’ai compris que vous étiez apparenté à la famille royale qui dirige le pays.
La noble sourit en hochant la tête.
- Je suis la sœur ainée du roi Lodas III de Saint Nassau, la Duchesse d’Onerine est un titre beaucoup plus honorifique que politique évidemment. En façade, je suis une femme mondaine qui aime le luxe, la fête, et profiter de la vie, ce qui n’est pas faux en même temps.
Esmerelde de Saint Nassau se mit à rire avant de continuer.
- Mais ma véritable fonction est d’être le chef du réseau d’information du Royaume, c’est moi qui dirige la diplomatie sombre d’Onerine.
Zeïna comprit qu’elle avait en face d’elle d’une espionne de très haut rang.
- Je suis surprise je dois dire, je ne vous aurais pas imaginé ayant une telle fonction.
- Peu de gens le savent en effet, je suis le chef du protocole du Royaume, ce qui me permet d’effectuer tous les voyages diplomatiques que j’ai besoin.
- Mais pourquoi vous me dites cela ? Je ne pense pas que cette déclaration est due seulement à cette encre que j’ai ramenée au port.
La duchesse gloussa.
- Je ne peux rien vous cacher, si je vous ai mis dans la confidence de ma véritable fonction, c’est pour faire de vous une alliée au Royaume.
- En quoi un capitaine marchand pourrait être un allié pour vous ? Je pense que vous devez avoir une flotte de guerre confortable, et vos sujets sont surement tous prêts à aider leur terre.
- J’ai besoin de quelqu’un qui n’est aucun lien avec l’ensemble des protagonistes en place, répondit la noble.
Esmerelde de Saint Nassau soupira.
- Nous connaissons de graves problèmes qui pourraient entraîner la chute du Royaume tout entier. Nous sommes aux aboies à cause d’un seul homme, le Comte Dé Varousis Aras.
Zeïna fronça les sourcils.
- Je sais que le Comte est un marchand extrêmement riche et puissant, mais comment peut il menacer tout un Royaume ? J’ai déjà entendu qu’il asphyxiait les négociants en les forçant à utiliser ses propres navires mais pas à faire chuter un pays.
- Je vais vous expliquer, reprit la duchesse, le Comte est venu ouvrir un comptoir dans le port, au départ je n’ai rien observé de particulièrement dangereux. Il a connu une ascension fulgurante, plusieurs de ses concurrents ont mis la clé sous la porte à peine quelques mois après son arrivée. J’ai compris qu’une telle rapidité était anormale, j’ai fait mener une enquête sur les actes de ce Comte, sur les quatre hommes que j’ai envoyé, un seul est revenu en vie.
- Les méthodes du Comte Dé Varousis Aras sont brutales, mon père en a fait les frais.
- Pas seulement, fit Esmerelde de Saint Nassau, j’ai appris qu’il avait infiltré toutes les strates du pouvoir en corrompant les fonctionnaires, jusqu’aux plus hautes fonctions du Royaume. Mon frère est lui-même prit dans la tourmente au point que son trône pourrait vaciller si le Comte le désirait.
La jeune fille n’en revenait pas, elle savait que son adversaire était dangereux et puissant, mais il avait réussi à prendre le contrôle d’un pays.
- Le Comte tient une bonne partie du port dans sa main, expliqua la duchesse, peu de marchands sont encore libres de leur mouvement. Il est passé maitre dans la corruption et dans la contrebande, notamment d’articles elfiques particulièrement rares sur notre marché.
- Alors il m’attaque en personne, fit remarquer Zeïna.
- Une fois encore, il sait très bien où frapper pour vous faire chuter. Cette situation ne peut plus durer, le Royaume pourrait sombrer d’un jour ou l’autre si je n’agis pas maintenant pour le stopper. Et c’est là que vous intervenez Mademoiselle De Feryo !
Elle désigna la capitaine de son éventail.
- En quoi je peux vous aider ? Je ne suis qu’un marchand.
- Vous n’êtes pas qu’un commerçant, je sais ce que vous avez fait au Royaume des Elfes des mers. Votre équipage sait se battre, il est soudé et prêt à intervenir à tout moment, j’ai même entendu parler par l’un de mes agents d’une certaine escarmouche à Komedo.
Zeïna se tourna de nouveau vers Lantis, l’homme était sur ses gardes. Il comprenait que la Duchesse était prise à la gorge par leur ennemi, il se pencha vers l’oreille de la jeune fille.
- Demande lui ce qu’elle attend de nous, murmura le maître d’arme.
Avant même que Zeïna puisse poser la question, Esmerelde de Saint Nassau prit la parole.
- J’ai besoin de notre navire et de votre équipage pour sauver le trône.
Les deux marins étaient surpris.
- Vous vous demandez comment j’ai pu entendre ce murmure Monsieur Alaster, j’ai une ouïe particulièrement développée, c’est ce qui m’a en partie permise de devenir une espionne.
La capitaine fit face à la duchesse.
- J’affronte actuellement le Comte, je souhaite lui nuire le plus possible en réponse à son agression. En quoi le fait de vous aider pourrait servir mon dessin ?
- Le Comte Dé Varousis Aras a engagé beaucoup de fond dans son projet pour Onerine, si vous parvenez à le déchoir de son piédestal il essuiera un cuisant échec commercial et un revers à son prestige.
- Mais que voulez vous faire avec l’Aurore Boréale ? Lança Lantis qui se permit d’intervenir dans la conversation.
- J’ai un plan qui menait à long terme va détruire son commerce et sa manne commerciale. Je ne peux pas vous en parler ce soir, le moment ne s’y prête guère. Je ne voudrais pas que notre entrevue soit remarquée par les invités, que diriez-vous que nous nous rencontrerions de nouveau dans ma maison.
La jeune fille réfléchit, elle n’avait pas d’autres options pour le moment. Le maître d’arme posa une main sur son épaule, le contact chaud sur sa peau la fit frissonner. Elle leva la tête vers lui pour le consulter, Lantis hocha la tête, montrant qu’il trouvait la proposition acceptable. Elle le remercia d’un regard puis elle refit face à son interlocutrice.
- C’est d’accord, je veux bien voir ce que vous avez à me proposer.
Esmerelde de Saint Nassau afficha un grand sourire plein de satisfaction.
- Je suis fort aise de votre choix, mieux vaut nous voir le plus tôt possible, venez déjeuner demain, nous parlerons de ce projet directement.
- Très bien, je serais présente.
La Duchesse se leva alors de son fauteuil, imitée par la jeune fille, Lantis se rangea au coté de la capitaine en restant bien droit. La noble s’approcha d’eux en quelques pas, elle observa un sa nouvelle allié en souriant.
- Je sens que notre alliance va surement porter ses fruits.
- Je l’espère également.
- Ne parlez de ce rendez vous qu’à des personnes de confiance, le Comte peut avoir des espions partout, même sur votre navire.
Zeïna hocha la tête.
- Je sais être prudente.
- J’en suis persuadée, restez encore un peu pour profiter de la fête, quelques petites réjouissances ne vous feront pas de mal jeune demoiselle. D’ailleurs je trouve que vous portez aussi bien le costume de capitaine que celui d’une dame du monde, vous devriez penser à mettre plus en valeur votre poitrine, elle est un atout indéniable à votre charme, n’est ce pas Monsieur Alaster ?
Le maître d’arme agrandit les yeux de surprise en tentant d’éviter de regarder sa cavalière. La capitaine rougissait en baissant la tête, sa robe laissant ses épaules nues laissait un large décolleté que sa poitrine.
- Je me souviendrais de votre conseil, finit par dire la jeune fille avec une petite voix.
- Vous pouvez sortir, pour éviter que cet entretien soit remarqué, j’ai demandé à mon majordome de convoquer plusieurs autres personnes, dont ce cher Angol Mehon. Je suis sûre qu’il se demande bien pourquoi je le convoque.
La femme gloussa en mettant une main devant sa bouche. Les deux marins comprirent que l’espionnage et l’intrigue étaient devenus un jeu pour la duchesse.
- Je vous dis à demain pour déjeuner donc, venez à pied jusqu’à l’Auberge « Le Silena », demandez à voir Mme Anna auprès du patron, c’est un membre de mon réseau. Il vous conduira à une calèche discrète qui se rendra directement chez moi.
- Vous craignez les espions ? Demanda Zeïna.
- Je sais que votre navire est déjà sous surveillance, mieux vaut être prudent.
- A demain Mme la Duchesse.
- A demain Capitaine Dé Feryo.

Les deux marins sortirent de la pièce, en remontant le couloir pour retourner à la salle de balle, Lantis se pencha vers la jeune fille.
- Nous voilà de nouveau embarqué dans un conflit qui n’est pas le notre.
- Je sais, répondit la jeune fille, mais je pense que nos intérêts se croisent, nous verrons bien ce qu’elle nous proposera.
- Très bien, pour le moment, il faut faire en sorte de ne pas dévoiler ce qui s’est passé, et profiter de la fête comme nous l’a indiqué la duchesse.
Leroto, le majordome de la maison, ouvrit la porte qui donnait accès à la cour du bal, il s’inclina avec rigueur devant eux. Ils replongèrent dans la musique et les fastes de la soirée, Lantis affichait un grand sourire, Zeïna tentant de faire de son mieux.
Le couple aperçut rapidement la silhouette d’Angol Mehon, apparemment il était toujours à leur recherche pour tenter de leur parler.
- Que faisons-nous ? Lança la capitaine. Nous ne pouvons pas partir, cela serait voyant.
Lantis lui prit doucement la main pour l’attirer vers lui.
- Pour passer inaperçu dans un bal, il n’y a qu’une chose à faire.
Le maître d’arme entraîna la jeune fille au milieu des danseurs, et ils se mirent à valser au rythme de la musique. Zeïna avait sentit son cœur explosé quand son partenaire l’avait attiré vers lui pour mieux l’emmener dans la lumière. Elle avait depuis arrêté de penser, se laissant prendre dans le tourbillon des instruments de l’orchestre.
Les deux danseurs ne se quittaient presque pas des yeux, leur corps se mouvant dans une harmonie parfaite. La jeune fille avait oublié les hésitations sur ses pas, se laissant guider par son cavalier qui avait une parfaite maîtrise. Sans vraiment sans rendre compte, Lantis serrait un peu plus fort contre lui la jeune fille. Loin d’en être choqué, Zeïna voulait au contraire sentir toujours plus contre elle le corps de son cavalier.
Le temps n’eut plus de prise pendant les quelques danses qu’ils effectuèrent ensemble. Le maître d’arme tenait la taille de la jeune fille d’une main ferme, il avait oublié ses réticences et ses interdits. Tout comme Zeïna, elle laissait libre court à ses sentiments, cherchant encore plus le souffle de son cavalier contre son cou.
Après ce qui sembla une éternité, la musique s’arrêta sur un dernier accord. Les couples de danseurs s’arrêtèrent pour applaudir les musiciens qui s’inclinaient devant leur publique. Au milieu de la piste, deux danseurs s’étaient arrêtés aussi, mais figé sur place. Lantis était penché sur Zeïna et il l’embrassait avec douceur, la jeune fille s’abandonnant aux lèvres de son cavalier.
La musique recommença alors, sur un autre morceau, remettant au présent les deux membres de l’équipage de l’Aurore. Ils se rendirent compte alors de ce qu’ils faisaient, ils se séparèrent vivement en cherchant à éviter le regard de l’autre. Voyant qu’ils gênaient les danseurs, le couple quitta la piste, silencieux, n’osant pas se regarder.
Après quelques instants, Zeïna se tourna vers le maître d’arme.
- Je …
Aucun son ne sortit de sa bouche, elle était perdue.
- Etes-vous la Capitaine de l’Aurore Boréale ? Demanda soudain une jeune dame venant à leur rencontre.
Sauvée par l’intervention de cette invitée, la jeune fille se tourna vers la nouvelle venue en affichant un grand sourire. Dans sa poitrine son cœur battait encore la chamade tant elle était toutes retournée.
- Oui, c’est moi, Capitaine Zeïna Dé Feryo, à qui ai-je l’honneur ?
- Dame Nathie Herguelen, mon père est le propriétaire d’une plantation à proximité d’Onerine. J’ai tellement entendu parler de vous et de vos exploits, vous êtes si jeune pour commander un navire.
Zeïna discuta avec la jeune dame de son statut de capitaine, permettant à son cœur et à sa tête de se remettre. Lantis de son coté restait silencieux, il écoutait la conversation sans vraiment agir, il était tout aussi chamboulé que la jeune fille. Il y a quelques temps qu’il avait compris son attirance pour sa capitaine, mais il avait toujours refoulé ses sentiments, mais ce soir, il n’avait pas pu se contrôler.
Le bal toucha à sa fin, le couple n’osa pas retourner sur la piste. La jeune fille discuta avec plusieurs autres invités, elle put ainsi nouer quelques relations, Dame Nathie Herguelen l’invita même dans la propriété de son père. Angol Mehon n’essaya pas de les approcher à nouveau, Lantis avait surveillé l’homme de loin durant les conversations. Le maître d’arme aimait garder un œil sur ses ennemis pour ne pas être surpris.
A la sortie du palais, ils furent salués par la duchesse d’Onerine qui tenait tout particulièrement à remercier tous les invités.
- Se fut une joie de vous recevoir Capitaine Dé Feryo, merci encore pour l’encre borsa qui nous permet de rendre nos fêtes si belles et si réussies.
- Je suis honorée de vos compliments, j’espère que nous pourrons à nouveau vous satisfaire, répondit Zeïna.
- J’en suis persuadée, lança Esmerelde De Saint Nassau en faisant un sourire appuyé.
La calèche qui les avait emmenés les attendait dans la cour, le domestique ouvrit la porte. Lantis aida la jeune fille à monter en lui tenant la main, elle n’osa pas le regarder. Une fois à l’intérieur, leur voiture se mit en route en direction du port, le bruit des sabots des chevaux tranchait le silence qui régnait à l’intérieur.
- Zeïna, je pense que nous devons parler ?
La capitaine regarda son cavalier.
- De demain ? Fit-elle innocemment.
- Tu sais bien de quoi, répondit Lantis en la fixant.
Elle hocha la tête.
- Oui, le baiser …
La jeune fille laissa sa phrase en suspend, sa voix était à la fois hésitante et rêveuse. Lantis eut un frisson en repensant à ce baiser, il avait rarement embrassé des lèvres aussi douces.
- Je voudrais m’excuser, finit par dire le maître d’arme, je n’aurais pas du me laisser aller.
- Pourquoi tu dois t’excuser ?
- Tu es ma capitaine, et je suis sous tes ordres, ce genre de … D’acte ne devrait pas arriver.
La jeune fille le savait également.
- Tu n’es pas le seul à t’en blâmer, j’aurais du aussi éviter, mais je sentais mon cœur s’emballer, je …
Elle fixa Lantis de ses yeux bleu azur, le maître d’arme ne put s’empêcher de la regarder à son tour. Il sentit de nouveau la chaleur l’envahir, l’homme voyait ses lèvres douces s’entrouvrir, son cou gracile, ses épaules menues. La poitrine de Zeïna se soulevait à un rythme de plus en plus rapide.
Leurs lèvres se rencontrèrent, le baiser dura plus longtemps, ils n’avaient pas pu résister, et ils se laissèrent porter peur leur cœur. La main de Lantis se posa sur celle de Zeïna, tandis que le baiser s’éternisait.
Un chaos soudain de la route les sépara, ils agrandirent les yeux de surprise. Les deux marins se redressèrent sur leur siège en regardant droit devant eux.
- Je suis désolé, fit Lantis, le visage plein de confusion, vraiment désolé.
- Moi aussi, excuse-moi.
La jeune fille sentait son cœur battre à tout rompre, elle n’avait pas pu résister. Elle avait chaud, des frissons la parcouraient de la tête au pied sans que cela ne cesse. Elle sentait encore la bouche du maître d’arme sur la sienne, son souffle, sa chaleur, sa tendresse.
- Nous devrions rester bien sagement là, et attendre d’arriver sur le navire, proposa Lantis.
- Une bonne idée, renchérit Zeïna qui lança un rire gêné.
Le silence se fit dans la cabine, les deux marins regardaient chacun de leur coté le paysage qui défilait. Mais entre eux, leurs mains étaient toujours jointes, les doigts entremêlés. Lantis n’arrivait pas à ôter de sa tête les pensées qui la traversaient, il tentait de reprendre le contrôle de lui-même comme tout marin qui devait se respecter.
De son côté, Zeïna luttait aussi contre des sentiments contradictoires, une partie d’elle-même lui disait qu’elle était la capitaine et qu’elle devait faire attention à son rang. De l’autre, une vague de sentiment chaud et réconfortant tentait de faire taire sa raison pour la laisser emporter par ce ras de marée.
Pourtant, la jeune fille sentait encore le contact des lèvres de Lantis sur les siennes. Distraitement, elle les effleura de sa main libre, en cherchant à toucher de sa main celle de l’homme qui venait de lui donner son tout premier baiser.


Les mouettes poussaient des cris dans le ciel, elles se laissaient glisser sur les courants aériens. Le port était en pleine activité, des bateaux venant décharger leur marchandise tandis que d’autres prenaient leur nouvelle cargaison. Les dockers s’activaient sur les quais pour permettre les échanges le plus rapidement possible.
Sur l’Aurore, l’activité était tout aussi grande, Zeïna avait décidé de cette escaler prolongée pour réaliser des réparations sur le navire. Elle voulait ainsi bénéficier d’un bateau propre et parfaitement tenu pour la prochaine course en perspective.
Les marins avaient fait la fête une bonne partie de la nuit, l’ambiance était plutôt silencieuse pour les moins habitués. Les vétérans tançaient les nouveaux en faisant le plus de bruit possible, les officiers du bord laissaient faire, il fallait bien s’amuser de temps en temps.
Zeïna se trouvait dans sa cabine, la matinée était bien avancée et l’heure de son rendez-vous allait bientôt arriver. Elle donnait un dernier coup de brosse sur sa veste retira la trace de poussière qu’il y avait encore. Hina tendit le chapeau à la jeune fille, la capitaine remarqua les yeux fatigués de sa servante.
- Hina, tu as l’air bien exténué, ça ne te ressemble pas ?
La jeune fille rousse sourit en se tapotant les joues.
- Je suis désolée, la nuit a été difficile.
- Acoya ?
Elle hocha la tête.
- Qu’a-t-elle fait ?
La capitaine fut soudain paniquée.
- Elle est en prison ?
- Non, ne vous inquiétez pas capitaine, elle est à bord, mais elle n’a pas aimé qu’un marin dans un bar veuille l’amener à sa table. Le coup de pied qu’elle lui a donné entre les jambes a déclenché une bagarre générale. Il n’y avait heureusement personne de l’Aurore dans l’établissement et nous avons pu nous enfuir.
- Et c’est ça qui t’a mis dans cet état ?
- Et bien, pas vraiment, c'est-à-dire que l’homme qu’elle avait frappé a voulu nous poursuivre, nous avons été pourchassées longtemps avant de trouver un groupe de marins de l’Aurore qui nous a protégés.
- Je suis désolée Hina, je ferais en sorte qu’elle reste à bord la prochaine fois.
La jeune fille sourit en soupirant.
- Ce n’est pas grave, Acoya reste elle-même.
- Va te reposer, je ne rentrerais à bord qu’en fin de journée.
Zeïna quitta sa cabine, elle coiffa son tricorne juste avant de sortir à l’air libre. Le bateau était plein d’activité, elle aimait entendre son équipage au travail avec autant d’énergie et d’entrain. Elle voyait les équipes travailler, les coups de marteau provenaient d’un peu partout du navire dans un concert de notes discordantes.
La jeune fille avança vers le mât, elle leva la tête pour voir les marins inspecter les cordages dans les mats et les vergues. Le travail était périlleux par grand vent, mais dans un port avec peu de mouvement, la sécurité était mieux assurée.
- Capitaine, lança Portyd en arrivant prêt d’elle.
- Mr Odell, je vois que vous m’attendiez.
Le second avait revêtu un costume beaucoup plus distingué qu’à son habitude, son chapeau brossé avec grand soin.
- Je vous le redemande capitaine, ai-je vraiment besoin d’être présent ?
- Je veux que notre intermédiaire rencontre tous mes officiers, c’est important.
Cryanne et Gouran Dé Hydalis les rejoignit, tous les deux avait revêtu leur costume d’officier. Le médecin était particulièrement avec des vêtements de prix et une perruque neuve poudrée avec attention.
- Tout le monde est prêt, nous allons pouvoir nous mettre en route.
- Tu es vraiment très élégant Portyd, lança la métis avec une pointe d’amusement.
- S’il te plait, tu veux bien arrêter, je ne suis pas d’humeur.
Lantis apparut à son tour, il avait conservé ses habits de travail, le maître d’arme resterait à bord pour s’occuper du navire. La Duchesse le connaissait déjà, et il devait y avoir au moins un officier à bord. L’homme n’osa pas regarder Zeïna dans les yeux et se contenta d’un regard furtif, un manège qui n’échappa pas à Cryanne.
- Je vous laisse l’Aurore Mr Alaster, lança la capitaine avec beaucoup d’empressement, faites bien attention à garder des gardes toujours en faction, y compris des guetteurs dans les vergues.
- A vos ordres, répondit Lantis.
La jeune fille se tourna alors sans attendre vers la passerelle pour quitter le bord, il n’avait pas vraiment encore parlé de ce qui s’était passé. Elle sentait encore son cœur battre en le voyant, elle préféra battre en retraite, les autres officiers la suivant de prêt. Cryanne se pencha alors vers le docteur à ses côtés.
- Je suis persuadée qu’il y a eu quelque chose entre ses deux là pendant la nuit.
- Il n’y a pas besoin de chercher bien loin.

Ils se rendirent sur le quai pour ensuite se diriger vers l’adresse indiquée, Cryanne mourrait pourtant d’envi d’en savoir plus sur la nuit. A leur arrivée, la taverne « Le Silena » était pleine de clients, l’établissement bénéficiait d’une excellente réputation, les personnes ivres n’étaient pas tolérés. Zeïna se dirigea vers le comptoir, le propriétaire était un homme d’une trentaine d’année, de grande taille avec des cheveux noirs et une grande moustache.
- Bonjour Patron, je viens voir Mme Anna.
L’homme se pencha en avant, l’observant pendant quelques instants, il finit par esquisser un sourire.
- Si vous voulez bien me suivre.
L’aubergiste quitta son comptoir, pour les emmener par une porte sur le coté, il attendit que tous passe avant de la refermer consciencieusement. Il se tourna vers eux et leur indiqua de les suivre, ils prirent un couloir étroit entre des cloisons en bois. Les quatre membres de l’équipage débouchèrent dans une arrière-cour, un carrosse peint en noir les attendait.
- Il vous emmènera à destination, ne montrez pas votre visage surtout, lança l’aubergiste.
Le second regarda l’homme avec suspicion.
- Ce n’est pas un traquenard ?
- Vous pouvez avoir confiance, je vous assure.
- Nous pouvons monter Portyd, fit Zeïna, il n‘y a rien à craindre.
- Très bien, si tu le dis.
Ils s’installèrent dans le carrosse qui se mit immédiatement en route. Suivant les recommandations, ils n’essayèrent pas de regarder par les fenêtres pour éviter d’être reconnu. Le trajet fut plus rapide que ce à quoi ils s’attendaient, la calèche s’arrêta sur un crissement de sabot sur des graviers. Le conducteur ouvrit la fenêtre qui lui permettait de communiquer avec les passagers à l’intérieur.
- Vous êtes arrivés.
La porte s’ouvrit sur le visage du majordome plein de rigueur.
- Capitaine Dé Feryo, bienvenue au manoir.
- Merci Leroto.
Le domestique conduisit le petit groupe dans la demeure jusqu’à l’une des salles de réception que comptait le manoir. Ouvert de trois cotés, une douce brise entrait dans la pièce, porteuse des doux parfums des fleurs du jardin proche.
La Duchesse les accueillit en souriant, elle portait une robe élégante, ses cheveux parfaitement bien coiffés. Son maquillage était soigné, masquant efficacement les quelques rides qui pouvaient apparaitre sur son visage. Elle ne semblait pas être fatiguée par la fête de hier soir, une santé surprenante pour cette femme du monde.
- Capitaine Dé Feryo, je suis si heureuse de vous revoir.
Esmerelde De Saint Nassau prit les mains de la jeune fille dans les siennes.
- Merci pour cet accueil, madame.
- Je vois que vous n’êtes pas venue seule, le reste de vos officiers je suppose.
- En effet, je voulais vous les présenter.
Les uns après les autres, ils saluèrent la duchesse à l’annonce de leur nom.
- Dé Hydalis, votre père ne serait pas le Comte de la Morange, le propriétaire de la banque centrale de Calasta.
Le docteur fut surpris par les connaissances de la noble.
- Il s’agit de mon père, je ne pensais pas qu’il était aussi connu même ici.
- Savoir tout sur tout le monde est mon travail, Docteur, répondit Esmerelde de Saint Nassau.
Elle se tourna vers la capitaine, toujours en souriant.
- J’ai moi-même quelques personnes à vous présenter.
Un homme et une femme s’approchèrent du petit groupe, ils étaient restés en arrière sans intervenir. Le premier était assez quelconque, d’une taille moyenne, il portait un costume taillé sur mesure, les cheveux mi-longs noirs attachés avec un ruban noir. Sa peau était blanche et bien entretenue, ses yeux bleus étaient tout le temps en mouvement.
La femme était jeune, mais elle affichait un visage plein de sérieux et de retenu. Plutôt petite, elle portait une robe simple tenue par une ceinture large à boucle d’argent. Ses cheveux châtain étaient laissés détachés sur ses épaules tombant dans son dos, elle avait un visage ovale avec des yeux noirs en amande.
La Duchesse d’Onerine désigna l’homme puis la jeune femme en les nommant.
- Voici Odal Gahena, mon maître espion, un homme de grandes ressources, et Elaine Etyra, la maire de Junia un petit village côtier qui va nous aider.
L’homme fit une courbette élégante.
- Je rencontre donc la demoiselle capitaine, votre nom est prononcé avec colère et une pointe de crainte dans certain milieu.
Sa voix était posée et douce, une voix très séductrice qui mettait immédiatement en confiance. La jeune femme se contenta d’un simple hochement de tête, son visage était dure, elle regardait les nouveaux venus avec de la suspicion.
- Passons à table, fit la duchesse en bonne maîtresse de maison, nous aurons tout notre temps pour parler de notre affaire à la fin du repas. Capitaine Dé Feryo, j’ai hâte de vous poser quelques questions sur votre vie et vos aventures.
Esmerelde de Saint Nassau saisit son invité par le bras et l’entraîna par le bras tout en parlant, les autres convives les suivirent en silence. Le déjeuner fut particulièrement bon, les membres de l’Aurore Boréale n’avaient pas pour habitudes de manger des mets aussi fin. La duchesse déploya des trésors de sourire pour détendre l’atmosphère, elle savait charmer ses hôtes par ses questions et ses petites anecdotes. Même Portyd, pourtant peu amateur de ses mondanités, commença à se détendre.
Le majordome apporta des digestifs à la fin du repas, les autres domestiques terminant de desservir la table. Une fois nettoyée et les verres servit, la Duchesse se redressa sur son siège et fit face à ses invités.
- Je pense qu’il est temps de voir l’affaire qui nous réunie ici, n’ayez crainte, aucune oreille indiscrète n’entendra les propos échangés entre ses murs.
- Vous êtes si sûre de l’ensemble de votre personnel, remarqua Cryanne.
- Parfaitement Mme Tolado, mes domestiques sont choisis avec soin.
Elle prit une profonde inspiration avant de reprendre la parole.
- Depuis quelques temps, j’ai mis au point une stratégie pour affaiblir et chasser le Comte Dé Varousis Aras de notre île. Il faut frapper sur deux fronts en même temps pour toucher autant son commerce visible qu’invisible.
- Si je comprends, intervint Zeïna, vous voulez l’affronter sur un front commerciale, mais aussi contre ses opérations de contrebande.
- Tout à fait, je vois que vous me comprenez, grâce à Odal, nous connaissons une bonne partie de ses transports secrets, et mes informateurs me font part des échanges commerciaux qu’il réalise depuis des années.
- L’attaquer sur deux fronts demande beaucoup de moyen, remarqua la capitaine.
La Duchesse acquiesça.
- Je ne peux pas faire intervenir les bateaux de la garde contre les transports clandestins, le Comte comprendrait trop vite que c’est la couronne qui est derrière tout ça.
- Donc vous préférez que se soit un navire sans attache ici qui fasse le sale boulot, lança Portyd les bras croisés sur la poitrine.
Le second n’était pas du genre à garder sa langue dans sa poche, Zeïna, Cryanne et Gouran Dé Hydalis le regardèrent avec stupeur. La noble se mit à rire aux propos du marin au soulagement des autres invités.
- Mr Odell, vous me plaisez, je dois bien avouer que la présence de l’Aurore me permettra d’agir sans que le Comte sache qui est vraiment celui qui l’attaque.
- Nous avons déjà travaillé pour une famille royale, fit Zeïna, là n’est pas le problème, je voudrais connaitre exactement ce que vous voulez faire. Je ne compte pas embarquer mon équipage dans une opération qui risquerait de leur nuire.
Esmerelde de Saint Nassau hocha la tête.
- Je comprends, voilà ce que je vous propose, je dispose d’un voilier rapide dans le port de Junia, Mlle Etyra a bien voulu le cacher là bas. Une partie de votre équipage avec quelques renforts pourraient attaquer les bateaux de contrebande du Comte avant qu’ils n’arrivent à destination. En même temps, avec l’Aurore Boréale, vous pourrez damer le pion à ses navires en prenant ses cargaisons plus rapidement grâce à mes indications.
Elle se pencha alors vers Zeïna.
- Alors qu’en pensez-vous ?
La jeune fille se mit à réfléchir, avec les informations du réseau de la Duchesse, elle pouvait espérer des transports sûrs et lucratifs. Mais en contrepartie, une partie de son équipage serait amené à combattre les contrebandiers, les risques de perdre des hommes seraient multipliés et même sa crédibilité si ses opérations étaient révélées au grand jour.
Elle se tourna alors vers ses officiers.
- Qu’en dites-vous ?
- Risqué, répondit sans attendre Portyd, mais faisable avec notre équipage.
- Nous avons des marins capables de se battre comme des soldats, fit Cryanne, avec Lantis à leur tête et un peu de renfort, je pense que s’est possible.
Gouran Dé Hydalis hocha la tête.
- Les contrebandiers ne sont pas des guerriers, une force supérieure en nombre les fera plier rapidement. Nous aurons en plus la chance avec l’Aurore de bénéficier de cargaison assuré à chacun de nos voyages, ce qui n’est pas négligeable.
La réponse de ses officiers la confortait dans son propre choix, elle reprit la parole d’une voix plus ferme.
- Ce plan me convient, j’ai déjà une idée de l’organisation que je vais mettre en place.
La noble femme sourit.
- Très bien, je pensais bien que j’aurais votre accord.
- Par contre, reprit Zeïna, je désirerais un document qui nous lie, je suis un marchand et je préfère assurer mes arrières.
- Je comprends, j’avais justement préparé une lettre en ce sens.
Elle fit sonner une cloche, et le majordome arriva portant un coffret dans les bras. Il l’ouvrit en arrivant à la hauteur de la table et en sortie deux feuilles.
- Voici le document, c’est une sorte de contrat qui vous lie à moi dans cette affaire. Quand nous en auront terminés, il vous permettra de prouver votre aide auprès de mon frère, je vous promets une récompense de choix.
Zeïna lut avec attention le parchemin, elle le fit passer aux autres officiers présents pour qu’ils en prennent connaissance. Une fois le tour des personnes faites, la jeune fille apposa sa signature et son cachet en bas du document. La Duchesse fit de même sous les yeux de la capitaine, puis elle tendit l’un des exemplaires, gardant le deuxième.
- Nous voilà lié, lança Esmerelde de Saint Nassau, dés demain, Odal montra à votre bord pour préparer le début de nos opérations.
- Je l’accueillerais en personne dans ma cabine.
La Duchesse d’Onerine prit son verre et le leva dans elle en souriant.
- A la réussite de notre plan et à la chute prochaine du Comte.
Les invités autour de la table l’imitèrent, la bataille de l’ombre pouvait commencer.
 
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