Bonjour à vous ^^
La suite de la fic est avancée ! Reprenons les aventures de l'Aurore et de son équipage. Ils ont maintenant des alliés sur l'île pour combattre le Comte, et ils doivent se rendre dans un petit port sur la côte.
Là, Zeïna va mettre en place le plan qui leur permettra de battre leur ennemi commun. Le combat ne fait que commencer ^^
Bonne lecture, laissez un commentaire si vous le désirez ^^
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CHAPITRE 53
Réunion à Junia
Le déjeuner se déroulant dans la propriété de la Duchesse d’Onerine se terminait, la réunion avait été profitable autant à la noble dame qu’à Zeïna et son équipage. Grâce à leur échange, les deux parties avaient pu trouver un terrain d’entente, leurs opérations allaient pouvoir débuter avec un seul but, faire chuter le Comte Dé Varousis Aras.
Esmerelde de Saint Nassau raccompagna en personne ses invités, les deux autres personnes présentes se tenaient à ses cotés.
- Capitaine Dé Feryo, je suis ravie que nous ayons pu trouver une entente pour nos actions respectives.
- Je suis aussi satisfaite de cette rencontre, pour être honnête je ne savais pas encore comment j’allais poursuivre ma route.
- Ne vous en faites pas alors, avec notre collaboration, vous n’avez plus besoin de chercher.
La jeune fille sourit.
- Cette nuit, monsieur Gahena viendra à votre bord dés ce soir, il vous guidera jusqu’au port de Junia.
- Ne serais se pas un peu précipité ?
Le maître espion intervint de lui-même.
- Je me permets de prendre la parole, vous êtes sous une étroite surveillance par des hommes à la solde du comte, en partant rapidement, nous les prendrons de court.*
- Nous sommes sous surveillance, lança Cryanne, je ne l’ai pas remarqué pourtant.
- Et bien, ton niveau à baisser, plaisanta Portyd.
- J’ai appris que vous connaissiez bien le monde de l’ombre de par votre ancienne carrière, fit Odal Gahena, mais les hommes du comte sont capable de passer inaperçu, un pécheur, un docker, un passant, n’importe qui.
- Je ne me laisserais pas prendre une autre fois, grommela Cryanne.
Zeïna n’arrivait pas à se détendre malgré la déconvenue de son maître d’équipage.
- Je vous sens nerveuse, ne vous en faites pas, vous pouvez avoir confiance en moi, reprit la duchesse.
- Avec le Comte et ses manigances, j’ai appris à rester méfiante.
- C’est une bonne chose, répondit Esmerelde de Saint Nassau, je vous retrouverais à Junia pour vous accueillir. Je vous présenterais le voilier que vous utiliserez, bon retour sur votre navire capitaine Dé Feryo.
- Merci Madame de Saint Nassau.
La jeune fille grimpa dans la calèche, imitée par les autres membres de son équipage. Le cocher fit démarrer l’attelage juste après le claquement de la porte, ils étaient ramenés à la taverne d’où ils étaient arrivés pour éviter de savoir d’où ils venaient.
A l’intérieur, les marins étaient silencieux, ils préféraient pouvoir parler à bord de l’Aurore Boréale, un endroit beaucoup plus sûr. La carriole reprit la même petite rue et se rangea non loin de la porte arrière de l’Auberge. Le patron apparut, comme si celui-ci connaissait exactement l’heure d’arrivée de la voiture.
Une fois la porte fermée, l’homme se tourna vers la jeune fille, il affichait un visage grave et il prit la parole d’une voix basse.
- J’ai remarqué dans la salle qu’un de vos « admirateurs » vous attends depuis que vous êtes partis.
- Un espion du Comte à n’en pas douter, lança Portyd.
- Il y en a surement un autre à l’extérieur, enchaina Cryanne, une précaution que je mettrais en place si j’étais lui.
La métis était contrariée de ne pas avoir pu voir les espions du comte autour de l’Aurore, elle ne comptait pas être de nouveau mise sur la touche aussi facilement que la première fois.
- Maintenant que vous me le dites, lança l’aubergiste, il y a un mendiant que je ne connais pas dans la rue, il n’a pas l’air bien dangereux mais il est nouveau par ici.
- Comment allons-nous nous débarrasser de ces deux gêneurs ? Se demanda Gouran Dé Hydalis.
Zeïna était en pleine réflexion, que ses hommes soient là n’étaient pas un danger en lui-même. Ils ne connaissaient pas ce qu’ils avaient fait pendant le déjeuner et qui ils avaient rencontré pendant ce laps de temps. Mais une idée se mit à germer dans sa tête, elle afficha alors un grand sourire, les trois membres de l’Aurore et l’Aubergiste la fixèrent sans comprendre.
- Cette situation pourrait tourner à notre avantage, fit elle en hochant la tête.
- Aurais-tu eu une idée ? Demanda Cryanne.
- Oui, nous allons sortir par la grande porte, pour qu’ils nous voient bien sortir pour leur donner envi de nous suivre.
- Si nous rentrons au navire directement, ils vont comprendre que quelque chose se trame, observa Gouran Dé Hydalis.
- Mais qui a dit que nous sortirons tous en même temps, reprit la capitaine, moi et Cryanne quitteront la taverne en premier, je suis persuadée que nous serons leur objectif principal. Mais vous deux, une fois les deux espions partis, vous en profiterez pour rejoindre le navire et préparer le départ pour ce soir.
- Voilà une excellente idée, lança le second, quand vous regagnerez le navire tout sera prêt pour le départ.
- Sois discret surtout, recommanda Zeïna, n’allons pas donner la puce à l’oreille à nos observateurs.
- Justement la dessus, intervint Cryanne, demande à la Belette de se promener sur les quais, il trouvera rapidement les observateurs qui ne devraient pas s’y trouver.
- Je ne veux pas qu’il prenne des risques, lança le jeune fille.
La métis la rassura d’un sourire.
- Ne t’en fais pas, il sait se faire extrêmement discret.
La jeune fille n’aimait pas vraiment le procédé mais elle savait très bien que son maître d’équipage n’en ferait qu’à sa tête.
- Portyd, recommande-lui de faire très attention.
- Je ne vais pas laisser le gamin prendre des risques sans lui en toucher quelques mots avant.
Rassurée, la jeune fille se tourna vers l’aubergiste.
- Faites nous entrer dans la salle principale, une fois qu’ils seront sur nos pas, faites signe au deuxième groupe de sortir à leur tour.
- Je ferais ça.
L’homme s’exécuta, Zeïna et Cryanne apparurent dans la salle en faisant mine de discuter ensemble. Grâce aux indications du patron, elles aperçurent du coin de l’œil l’homme qui les suivait, il buvait un verre par petite gorgée.
Sans attendre, elles quittèrent la taverne d’un pas vif, quelques instants après l’espion se leva de sa chaise, laissant de l’argent sur la table. Il sortit discrètement dehors, son complice lui fit un signe de la tête pour lui montrer la direction prise par les deux femmes. L’homme se mit alors à les suivre à distance sans les perdre de vu, le deuxième espion lui emboita le pas en se confondant dans les ombres.
Quand plus aucun danger ne menaçait leur sorti, le second et le médecin du bord se montrèrent dans la rue. Portyd souriait largement.
- Elle devient vraiment maligne.
- J’ai l’impression qu’elle l’était déjà avant de monter à bord.
- Arf ! J’en ai bien peur, allons nous devons retourner au navire.
Les deux hommes se dirigèrent vers le port en silence, allongeant le pas pour parvenir le plus rapidement possible à l’Aurore.
Le soleil était bas sur l’horizon, la surface de l’océan rougissait pour offrir une plaine de feu aux regards des marins de l’Aurore. Dés l’arrivée du second après le déjeuner, l’équipage s’était affairé avec le plus de précautions possibles pour préparer le départ. Le navire n’avait pas besoin de faire le plein de vivre, ils trouveraient tout ce qu’ils auront besoin au prochain port.
La Belette avait quitté le bord avec discrétion après les recommandations faites par Portyd. Le second lui avait fait la leçon pour qu’il fasse particulièrement attention à ne pas se faire prendre. Le mousse se débrouilla si bien que personne sur l’Aurore ne s’aperçut de son départ.
Le capitaine et la maître d’équipage regagnèrent le bord, elles avaient marché longuement dans toute la ville. Bien que fatiguée, elles affichaient l’une comme l’autre un grand sourire qui en disait long sur ce qui s’était passé durant une bonne partie de l’après midi.
- Bon retour, lança le second en les accueillant, une bonne promenade.
- Il faut surtout demander cela à nos « admirateurs », je crois qu’ils ont du trouver des trésors d’ingéniosité pour nous suivre sans se faire voir.
Cryanne était particulièrement rayonnante, elle reprit à nouveau la parole pour ajouter d’un ton badin.
- Quand nous sommes entrées dans des bains réservés aux femmes, il y en a un qui a bien failli se faire arrêter pour atteinte à la pudeur.
- Je dois dire que nous nous sommes bien amusé malgré tout, confirma Zeïna, j’ai même pu découvrir quelques marchands qui ont des produits forts intéressants.
La jeune fille regarda autour d’elle.
- Le bateau est prêt au départ ?
- Parfaitement Capitaine, j’ai même pris la précaution de mettre une chaloupe à la mer pour hâter notre départ.
- Une bonne initiative, il n’y a pas assez de vent pour pouvoir partir rapidement, vous mettrez le meilleur équipage de marin pour la magner, je ne veux pas d’accident.
- J’ai déjà l’homme qu’il nous faut, Jokali est prêt à descendre avec son équipe.
- Bon choix, notre invité sera bientôt à bord.
- J’ai mis des gardes en plus pour surveiller les allers et venus.
La jeune fille hocha la tête, la Belette apparut alors au coté de Cryanne.
- Chef, j’ai trouvé les espions.
- Bonne nouvelle, s’écria la métis, où sont-ils ?
Le mousse sourit.
- Il était bien caché, nous ne pouvions pas le voir, il y en a un sur le toit sur le bâtiment face à notre mouillage, un autre dans la rue transversale et enfin le dernier dans la taverne dans une des chambres au deuxième étage.
Cryanne jeta des coups d’œil rapide dans les directions indiquées, elle poussa une série de juron qui fit rougir Zeïna et surpris Portyd.
- Comment n’ai-je pas pu les voir alors qu’ils étaient si nombreux !?
- Je te l’ai dit Cryanne, tu te laisses un peu trop aller à la facilité.
La métis fixa le second avec colère.
- Il y a des moments où il faut se taire mon cher.
Portyd se contenta de rire en toute réponse. Laissant ses deux officiers, Zeïna se rendit à sa cabine pour se préparer, dans quelques heures, le plan de la Duchesse allait se mettre en marche. L’Aurore partait pour une nouvelle destination, mais elle se demandait bien si la direction était la meilleure pour le bien de l’équipage.
Le soleil se coucha enfin, les quais se vidèrent de leur foule habituelle. Les derniers navires quittaient le port profitant de la marée qui se terminait. La jeune fille était sur le pont, elle voyait le temps qui passait avec une grande anxiété, tout comme le reste des membres de l’équipage. Bientôt, leur départ ne serait plus possible, ils devraient alors utiliser plusieurs chaloupes pour parvenir à quitter le mouillage.
Une silhouette se détache d’une rue, mis courant, elle gagna la passerelle de l’Aurore en quelques foulées. Les gardes voulurent l’arrêter, mais il se faufila avec une dextérité impressionnante, évitant les bâtons des marins qui tentaient de le stopper.
Zeïna vint à sa rencontre avant qu’une bagarre est lieu au milieu du pont. Elle reconnut le visage du maître espion de la Duchesse.
- Mr Gahena, vous avez bien failli nous faire manquer la marée.
- Je voulais arriver au dernier moment pour ralentir un peu plus nos poursuivants, et puis je comptais sur la qualité de votre équipage.
L’homme se permit un sourire enjôleur.
- Serais se un test ?
- Qui sait.
La capitaine sourit à son tour, elle avait bien deviné, la noble comptait voir si son allié était telle que la réputation en parlait.
- Alors observez bien la réaction de mon équipage.
Elle se retourna et lança d’une voix forte, les mains sur les hanches.
- Tout le monde à son poste ! Nous quittons le port immédiatement !
Les marins réagirent promptement à l’ordre donné, les officiers se mirent à encourager les équipes au travail en faisant force de voix. Lantis avait mis de coté ses interrogations tout comme le faisait Zeïna pour ne pas nuire à la bonne marche du navire.
La passerelle fut relevée en quelques instants, le plat bord remis en place dans le même temps. Deux marins détachèrent les amarres qui retenaient encore l’Aurore Boréale aux quais, ils sautèrent avec agilité de la terre pour grimper sur le pont avant que le navire ne s’éloigne. Le quartier maître Jokali descendit dans la barque avec les marins les plus forts. Sous ses ordres les rames plongèrent vivement dans l’eau pour propulser le bateau hors de la baie.
Dans le port, ce départ surprise fut remarqué par toutes les personnes présentes, un navire de commerce était toujours pressé, mais ils étaient tout de même surpris. Les guetteurs du Comte étaient complètement pris au dépourvu par cette action, la capitaine s’amusa à les voir surgir de leur cachette sans prendre la peine d’user de discrétion.
- J’ai l’impression que notre stratagème fonctionne, intervint Odal Gahena.
- Tout à fait Monsieur, nous venions juste de les repérer, mais maintenant ils sont clairement visibles. Pensez vous qu’ils peuvent quand même affréter un navire rapidement pour nous suivre ?
- Il y a des chances, mais je crois en notre bonne étoile, le temps qu’ils obtiennent le droit de prendre un navire pour nous suivre, nous aurons tôt fait de disparaitre. En plus ils n’auront pas la marée avec eux, nos poursuivants s’épuiseront à quitter la rade à contre courant.
Zeïna regarda son équipage au travail.
- Nous ne tarderons pas à quitter le port, les rameurs sont efficaces.
- Les kadjis ont une force terrifiante, commenta le maître espion, c’est un atout majeur dans votre équipage.
Les voiles se gonflèrent de la petite brise venue du large, juste assez pour prendre encore de la vitesse et doubler la longue digue qui protégeait l’anse du port. La jeune fille donna l’ordre de remonter les rameurs à bord, maintenant qu’ils se trouvaient en pleine mer, ils allaient pouvoir bénéficier du vent au maximum.
Zeïna monta sur le pont supérieur, Odal Gahena la suivant de près. Ils retrouvèrent Acoya qui se trouvait à coté de Marslow le timonier, il tenait la barre fermement en regardant droit devant lui.
- Cap au Sud je présume, lança l’elfe en s’adressant à l’homme qui venait d’arriver.
- Tout à fait, maintenant que nous sommes hors de vu du port nous devons nous diriger rapidement vers Junia, je vois que vous avez étudié les cartes de cet archipel.
Acoya sourit en hochant la tête.
- Je n’avais que ça à faire, Zeïna ne n’a même pas emmené au déjeuner.
La jeune fille soupira.
- Au moins tu as pu nous aider ainsi.
- N’empêche, j’aurais préféré aller à ce déjeuner.
- Si cela peut vous faire plaisir, intervint Odal Gahena, je pourrais vous inviter à diner quand nous aurons un peu plus le temps.
Le maître espion afficha le plus beau de ses sourires enjôleur, l’elfe des mers fut immédiatement conquise et frappa dans ses mains.
- Se serait vraiment bien, merci beaucoup !
La pilote sautilla sur place pour montrer son allégresse.
- Vous n’auriez peut être pas du faire une telle promesse, murmura Zeïna à l’oreille du maître espion.
- Mais non, j’ai toujours voulu en savoir plus sur les elfes des mers et leur coutume, j’ai là une personne faisant partie de la famille royale, je voudrais en profiter pour approfondir mes connaissances.
- Comme vous voudrez, je vous aurai prévenu.
La jeune fille haussa les épaules, Odal Gahena leva un sourcil interrogateur, se demandant ce qu’elle voulait bien dire par là.
L’Aurore poursuivit sa route, profitant de la nuit pour faire force de voile vers sa destination. Aucun navire ne fut aperçu à l’horizon, les espions du Comte n’avaient pas eu le temps de se lancer à leur poursuite. Le plan se déroulait comme prévu pour le moment, le bateau filait vers le village côtier de Junia de l’autre coté de l’île de Mandalor.
La connaissance des courants par le maître espion et les cartes d’Acoya permirent de gagner beaucoup de temps sur le trajet. Le matin de la journée suivant, l’Aurore Boréale fut en vu du port de Junia. L’endroit avait plusieurs avantages indéniables, une rade profonde et cachée dans une baie entourée de récif, peu de fréquentation, et des installations en bon état.
Junia était un village de pécheurs aux maisons petites et accolées les unes aux autres, plusieurs hangars étaient construits le long des quais. Une grande bâtisse en bois dominait toutes les autres, établie au centre de la bourgade, elle servait de point de repère aux navires en approche. Dans la rade, à coté des barcasses de pécheur, un voilier fin et élancé se laissait bercer par les vaguelettes de l’océan.
- Voilà le bateau qui vous servira pour la deuxième partie de notre plan, le Faucon, indiqua Odal Gahena.
Zeïna admira les lignes fines du voilier en connaisseuse.
- J’imagine que son nom à un rapport avec sa vitesse.
- Vous avez tout à fait raison, il fait preuve de prouesse inimaginable.
L’Aurore Boréale jeta l’ancre dans le port de pêche, son arrivée fut remarquée par la population. Des gens à terre pointaient du doigt le grand navire, se réunissant en petit groupe. Une chaloupe fut mise à l’eau, la capitaine et le maître espion prirent place à bord en compagnie du second, du maître d’arme et de la maître d’équipage.
L’embarcation toucha le sable de la plage avec un crissement, des marins la tirant à sec aidé par les habitants du village. Les passagers descendirent, ils furent accueillit par le majordome de la duchesse qui s’inclina.
- Bienvenu à Junia, Capitaine Dé Feryo, Monsieur Gahena, Madame De Saint Nassau vous attend à la maison principale du port.
- Nous vous suivons, répondit le maître espion.
Le petit groupe se mit en route, ils étaient étonnés de savoir que la noble était déjà rendue sur place. Elle avait du partir dés l’après midi pour se rendre directement dans le village, leur alliée était décidément pleine de ressources insoupçonnées.
La maison principale était la grande bâtisse qu’ils avaient vue en arrivant, c’était la demeure du maire du village, servant aussi d’auberge pour les gens de passage, et de lieu de réunion pour les habitants. Depuis de nombreuses générations, les maires avaient voulu donner une unité aux gens de Junia, ils étaient toujours ensemble pour braver les dangers.
La grande salle commune était commune à de nombreux établissements se trouvant dans les ports de l’Archipel des Milles Iles. La taverne était vide, la maire du village ayant pris soin de demander à garder les gens un peu éloignés des transactions qui allaient s’y dérouler. Les espions du Comte étaient partout, même dans ce lieu où il était particulièrement détesté.
Esmerelde de Saint Nassau accueillit les officiers de l’Aurore en souriant.
- Bienvenu à vous, notre stratagème a bien fonctionné.
- Parfaitement, répondit Odal Gahena en s’inclinant, ils doivent encore se demander où nous sommes en ce moment.
- C’est une bonne chose.
Elle se tourna vers Zeïna.
- J’espère que vous m’excuserez pour cette légère précipitation, mais je ne voulais prendre aucun risque.
- Se n’est rien madame, nous étions prêts à partir de toute façon.
Elaine Etyra s’approcha à son tour des nouveaux arrivants, elle les salua d’un hochement de tête rigide.
- Junia n’est qu’un modeste port de pécheurs mais j’espère qu’il vous conviendra.
Voyant la gêne d’avouer la faiblesse de son village, Zeïna ménagea l’orgueil de leur hôte.
- C’est une bourgade très belle et paisible, j’espère pouvoir en faire la visite quand nous aurons terminé notre campagne.
La maire fut surprise par la réponse de la jeune fille, elle se redressa en la regardant.
- Je serais honorée de vous en faire le tour.
- Bien, intervint la duchesse, maintenant que nous sommes tous réunis ici, passons à nos objectifs, prenez place.
Les officiers de l’Aurore s’assirent face à la duchesse, le maître espion se mit à ses côtés. Elaine Etyra s’installa à un bout de la table en gardant les mains jointes devant elle, un homme se tenait à l’écart derrière la duchesse.
- Comme je vous l’ai dit, commença Esmerelde de Saint Nassau, toutes les opérations qui vont se dérouler à partir d’aujourd’hui auront pour but de chasser le comte de cette île. Nous attaquerons sur deux axes, son commerce légal avec l’Aurore et toutes les informations que nous possédons, et la contrebande à l’aide du Faucon.
Le silence se régnait dans la salle pendant que la noble rappelait leurs buts.
- Tout devra se passer dans l’ombre, reprit elle, rien ne sera officiel même si vous travaillez pour le Royaume, je ne pourrais pas intervenir personnellement en cas de problème, mais je ferais en sorte de vous aider par d’autres moyens.
Elle fixa alors Zeïna.
- Je compte sur vous capitaine et tout votre équipage pour parvenir à nos objectifs, mon maître espion vous fera parvenir les informations, le port de Junia vous servira de base arrière et je vous ferais parvenir des moyens pour vous aider en complément.
- Très bien, j’ai commencé à réfléchir à une organisation entre l’Aurore et le voilier. Je commanderais mon navire avec mon second, tandis que mon maître d’arme et ma maître d’équipage s’occuperont du voilier.
- Justement pour le voilier, vous n’aurez pas à vous préoccuper de chercher des hommes en plus, j’ai déjà pourvu à ce problème, monsieur Gahena, je vous laisse la suite, fit la duchesse.
- Bien entendu, répondit le maître espion.
Il se retourna pour faire signe à l’homme resté à l’écart, il quitta sa place pour se diriger vers eux. De petite taille, il possédait une forte carrure avec des épaules larges et des bras puissants typique des marins. Il était habillé de vêtement simple, un pantalon de tissu marron, une chemise blanche à lacet et une veste courte muni de bouton en cuivre virant au vert.
Son visage était rond et bruni par le soleil, des petits yeux bleus et une barbe broussailleuse qui allait d’une oreille à l’autre. Il retira son tricorne pour révéler une masse de cheveux noirs qui lui donnait un air de bête féroce.
- Je vous présente le Capitaine Aleron, chef d’une petite bande de contrebandiers, il sera votre renfort.
Les marins le regardèrent avec suspicion, Portyd prit alors la parole.
- Pourquoi un contrebandier voudrait nous aider alors que nous allons tenter d’anéantir ce commerce parallèle ?
Le Capitaine Aleron répondit de lui-même, il avait un voix grave et caverneuse à l’image du personnage.
- Ecoute bien mon gars, le Comte m’a poussé à la ruine, j’avais plusieurs navires et une réputation sur la côte, mais quand ce foutu bonhomme est arrivé il a voulu évincer ses rivales. Evidemment j’en faisais parti, il a mené une guerre ouverte contre moi, cherchant à m’anéantir totalement.
L’homme avait élevé la voix au fur et à mesure qu’il parlait.
- J’ai tout perdu à cause de lui, il a prit mes bases, mon commerce, mes navires et la vie de mon fils ainé, il ne me reste qu’une dizaine de gars et je compte bien lui rendre la monnaie de sa pièce.
Il avait achevé sa phrase en frappant le sol du pied, sa motivation était clairement visible. Le second et les autres officiers de l’Aurore comprirent qu’ils avaient jugé un peu trop rapidement cet homme.
- Désolée pour ce jugement un peu trop rapide, lança Zeïna, nous travaillerons ensemble contre le Comte.
Le Capitaine Aleron se calma, la réponse de la jeune fille lui plaisait, il prit alors une chaise pour s’assoir à son tour à la table. La duchesse en profita pour reprendre la parole, elle allait maintenant expliquer ce qui allait suivre.
- Dés aujourd’hui, nous allons commencer le combat, je dispose des prochaines dates de livraison de la contrebande des navires du Comte. J’ai également l’endroit où vous allez vous rendre pour contrattaquer son commerce légal.
- Nous vous écoutons alors, fit la capitaine avec attention.
Esmerelde de Saint Nassau donna un document à la jeune fille.
- Voilà le nom et l’endroit de la personne qui vous attend, il s’agit de Monsieur Len Pilard, un négociant en perle, il a besoin d’un navire rapide pour transporter de la marchandise. Il n’a pas encore fait de demande officiel, mais je sais qu’il le fera dés demain, avec la journée d’avance de l’Aurore, vous doublerez le comte sur une affaire qui lui était toujours réservé habituellement.
- Comme l’encre borsa en somme.
- Vous avez compris, répondit la noble.
Zeïna prit le document et le glissa dans le revers de sa veste, le travail d’Acoya allait pouvoir servir. L’île était petite et faisait partie de l’Archipel, avec les connaissances de l’elfe des mers et la rapidité de l’Aurore, tout se passerait bien.
- Et contre la contrebande ? Demanda Zeïna.
La duchesse d’Onerine hocha la tête.
- Mr Gahena a récupéré les heures de livraison, pour la suite le Capitaine Aleron sera d’une aide très précieuse.
L’homme assit à la table se racla la gorge.
- Les chemins des contrebandiers, je les connais par cœur, nous n’aurons aucun mal à leur tomber dessus. Mais par contre j’espère que vous savez vous battre, ils ne se laisseront pas aborder sans combattre.
- Une vingtaine de marin accompagnera Mr Alaster et Mme Tolado à bord du Faucon, expliqua la jeune fille, vous serez surpris de voir que les marins de l’Aurore savent aussi très bien se battre.
- Nous verrons ça alors.
Le contrebandier se gratta la barbe en affichant un sourire énigmatique.
- Vous avez maintenant vos premiers ordres de mission, reprit Esmerelde de Saint Nassau, je ne peux pas rester plus longtemps, je suis attendu au palais pour une réunion, mon absence pourrait être trop remarquée.
Elle se leva de la table, Leroto, son majordome apparut presque aussitôt, portant une capeline et un chapeau. La noble s’en revêtit prestement, les autres personnes présentes se levèrent à leur tour pour la saluer.
Esmerelde se tourna alors vers Zeïna.
- Vous êtes une personne pleine de ressources, j’ai confiance en vous, je vais commencer mon travail de sape au sommet du pouvoir pour miner les appuis du Comte. A nous tous, nous arriverons à lui faire lâcher prise.
- Je compte bien m’acquitter de ma tâche de la meilleure façon possible.
- Je vous souhaite bon voyage, j’espère que tout se déroulera bien.
La duchesse prit les mains de la jeune fille dans les siennes pour lui dire au revoir, un sourire sur le visage. Elle partit suivie par son majordome, une voiture l’attendait dehors pour la ramener rapidement à la capitale.
Les autres personnes présentes sortirent à leur tour pour se rendre sur le port, le départ était pressé pour l’Aurore tout comme pour le Faucon. La séparation de l’équipage allait devoir se dérouler rapidement, les deux bateaux avaient un long trajet à faire et le temps était leur meilleur atout.
Le voilier vint se mettre bord à bord avec l’Aurore Boréale, l’équipage du contrebandier était expérimenté, ils connaissaient la navigation et les côtes. Le capitaine Aleron était déjà à bord, il contrôlait l’échange entre les navires pour regarder les marins qui allaient l’accompagner. L’homme fut pris au dépourvu en voyant les imposants kadjis, les autres éléments n’étaient pas en reste non plus, avec un homme lézard et des hommes armés.
Sur le pont de l’Aurore, les officiers étaient réunis avec le maître espion et la maire de Junia. L’heure était venue de se séparer, Zeïna n’aimait pas voir une partie de son équipage voguer de son coté sans qu’elle puisse les voir ou les aider. Son visage était sévère pour cacher l’inquiétude qu’elle éprouvait réellement.
- Cryanne, Lantis, faites bien attention à vous, ne soyez pas trop téméraire, je voudrais ramener mon monde à Calasta.
- Ne t’en fais pas mon chou, je vais le surveiller, lança la métis.
La capitaine sentit le rouge lui monter aux joues, mais elle réprima la bouffée de chaleur.
- Sois un peu sérieuse, s’il te plait.
- Pas la peine de se fâcher je plaisantais, je comprends ton inquiétude, moi aussi je n’aime pas envoyer ceux qui sont sous mes ordres dans une direction opposée à la mienne.
Une fois encore, Cryanne montrait qu’elle comprenait très vite les sentiments des gens.
- Nous interceptons des contrebandiers, pas des guerriers aguerries, fit Lantis, et nous aurons Gouran avec nous.
Le médecin hocha la tête, il s’était porté volontaire pour les accompagner afin de soigner les blessés qui ne manqueraient pas. A bord de l’Aurore, Nefrita Hagus prendrait sa place, la commis avait les connaissances suffisantes pour soigner les blessures courantes.
- Le port de Junia vous sera toujours ouvert, intervint Elaine Etyra, nos installations et nos réserves vous seront ouvertes.
- Merci pour votre aide, lança Zeïna.
- Je ne fais pas ça que pour vous, répondit la maire d’une voix cinglante, je le fais surtout contre le comte par vengeance.
Le maître espion s’empressa de reprendre la parole pour éviter toute réplique.
- Junia sera le port d’attache du Faucon, je laisserais des messages auprès de mademoiselle Etyra pour communiquer avec vous. Si vous parvenez à capturer un navire, laissez le dans le port, j’enverrais des équipes les prendre en charge.
Lantis et Cryanne hochèrent la tête.
- Et là haut ! Lança le capitaine Aleron. Il serait temps de partir sinon nous allons louper le passage des navires.
- Il a raison, fit Odal Gahena, bonne route et que les vents vous soient favorable.
Le maître espion serra la main de l’ensemble des officiers, Elaine Etyra en fit autant et le suivit pour redescendre à la chaloupe qui les avait emmené. Tout le monde se rendit à son poste, Lantis arrêta la capitaine en l’attrapant par le bras, il se pencha à son oreille pour qu’elle soit seule à entendre.
- Nous n’avons pas prit le temps de parler, fit il d’une petite voix.
- Je …
La jeune fille hésitait, à nouveau une douce chaleur l’envahit en sentant le maître d’arme si près de son cou. Les souvenirs du bal de la Duchesse d’Onerine lui revinrent en tête, la dance, le baiser, le voyage de retour en carrosse. Elle faillit se perdre encore dans cette vague de sentiment, mais elle se reprit rapidement et lui répondit doucement.
- Je suis désolée, j’aurais du trouver le temps, mais … Quand nous serons de nouveau réuni, nous parlerons.
Elle fit un petit sourire.
- Très bien, répondit Lantis à voix basse.
La jeune fille sentit le regret dans les propos du maître d’arme, elle-même se sentait troublée de nouveau. Elle ne pouvait se permettre de se laisser guider par ses sentiments pour le moment. Lantis se sépara de Zeïna et lui fit juste un signe de tête avant de gagner le Faucon.
La capitaine sentit une profonde tristesse l’envahir, elle refoula sa mélancolie pour ne pas la laisser apparaitre. Elle se plongea dans une série d’ordre, avec un équipage restreint elle devrait elle aussi travailler plus. Justement, le travail était le meilleur moyen d’oublier les battements de son cœur et sa tête remplie d’image de douceur.
Sur le Faucon, les marins du contrebandier s’affairaient pour le départ, les membres de l’équipage de l’Aurore les aidant du mieux qu’ils pouvaient. Cryanne regardait le visage sombre du maître d’arme, elle avait remarqué l’échange qu’il avait eu avec Zeïna. Elle s’approcha de lui pour lui parler le plus bas possible.
- Tu devrais éviter de montrer ton humeur ainsi, je lis sur ton visage comme un livre ouvert.
Lantis se contenta de regarder les marins aux manœuvres sans se tourner vers elle.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, tout va très bien, je pense juste à la mission qui nous attend.
La métis fit la moue, elle voyait bien que quelque chose n’allait pas entre les deux, elle espérait que se voyage lui permettrait d’en savoir plus. Pour cette fois, elle le laissa seul, l’homme n’était pas enclin aux confidences pour le moment.
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