Chapitre 4 : Quand le Chat de la Reine se fait plaisir.
Sebastian tourna la poignée d'une porte et ouvrit les deux battants. La chambre, plongée dans la pénombre, était de taille moyenne. On pouvait tout de même distinguer un lit au bout de la pièce, ainsi qu'un sofa sur le côté, décalé du mur. Le majordome invita la jeune Liliana à entrer avant de refermer la porte derrière lui.
"- Il a fallu que je lui raconte ton "histoire", Liliana.
- Ah. Ce n'est pas grave. De toute façon, c'est du passé tout ça.
- Vraiment ?"
Il posa le chandelier sur une table en retrait et s'approcha d'elle. De sa main droite, il lui saisit son menton et le leva tendrement vers son visage. Il posa un tendre et délicat baiser sur ses lèvres.
"Et tu vas aussi me dire que ça, c'est du passé ?"
Elle lui sourit et lui tourna le dos pour s'installer dans le sofa.
"- Bien sûr que non, je n'oublierais jamais ça mais, le reste...
- Alors que dirais-tu d'oublier tout cela, le passé, le présent, l'avenir... que dirais-tu de tout oublier, juste le temps d'une nuit... Avec moi."
Le majordome s'installa à côté d'elle et, de sa main, lui caressa tendrement la joue en attente d'une réponse. Elle se laissa faire et, délicatement, passa ses bras autour de son cou et blotti sa tête dans le creux de l'épaule du domestique. Elle le serra contre elle, laissant couler de chaudes larmes sur ses joues.
Sebastian, caressant les cheveux de la jeune femme, la décoiffa, les laissant onduler sur son dos en un reflet cuivré. Passant ses doigts dans quelques mèches, il défit son étreinte et la regarda un instant.
"Je n'en peux plus de cette vie sans fin, murmura-t-elle. Je veux..."
Il ne la laissa pas finir, ses lèvres immobilisées par celles du diable de majordome. Elle resta figée pendant quelques secondes, jusqu'à ce qu'il libéra sa bouche, séchant les larmes coulées de sa douce.
"- Sebastian, réponds-moi franchement...
- Oui ?
- M'as-tu aimé, réellement aimé ?
- Tu tiens vraiment à le savoir ?"
Liliana acquiesça. Il l'embrassa à nouveau. Sa langue se mêla à celle de sa partenaire. Doucement. Langoureusement. Une main gantée se plaça derrière la nuque de la jeune femme et appuya. En un instant, le baiser se fit plus fougueux, plus vivace. Les doigts fins de la Sorcière glissèrent sur les épaules du majordome et, lentement, ils firent tomber la veste ébène. Puis, ces mêmes doigts délassèrent le nœud de la cravate qui tomba sur le sol sans un bruit. Et enfin, ils descendirent encore un peu plus pour s'attaquer aux boutons de la chemise blanchâtre. Elle posa alors ses mains sur le torse brûlant de son aimé. Sa chaleur, sa peau, sa passion, ses baisers, son amour...
Elle sentait que son partenaire lui dégrafait le haut de sa robe dans son dos, et n'y opposa aucune résistance. Sous ce haut de robe se dévoilait une légère chemise d'albâtre, presque transparente. Sebastian stoppa son ardent baiser et fit descendre ses lèvres le long du cou de Liliana, la laissant doucement tomber en arrière sur les coussins du large sofa. Le souffle chaud de son amant et l'humidité de ses lèvres la fit frémir de plaisir. Elle-même, le souffle court, connaissait la suite de l'histoire. Et cette suite, cela faisait des années qu'elle ne l'avait pas vécue...
Le majordome, d'une main, fit lentement remonter la robe de sa partenaire, en caressant ses chevilles, ses mollets, ses cuisses... Lorsqu'elle arriva à ses hanches, il cessa ses futiles baisers et la regarda. Ses yeux, couleur du thé, se plongèrent dans l'ambre écarlate de son aimée.
"- Il n'y a eu et il n'y aura que toi dans mon cœur, Liliana, lui murmura-t-il.
- ... Pfff".
Repoussant le domestique, et se leva et se recoiffa. Surpris, il se contenta de la regarder faire sans bouger.
"- Tous les mêmes... Hommes ou Démons, quelle est la différence ? Tout ce qui vous importe, c'est le plaisir charnel, rien de plus !
- Je ne comprends pas... Je suis sincère lorsque je te dis ça" répliqua Sebastian d'un air à la fois triste et incompris.
Liliana soupira, le dos tourné.
"Je veux bien te croire, mais le problème avec toi, c'est "est-ce que tu es sincère ?". Et ça, je ne l'ai jamais su..."
Deux puissantes mains la prirent par la taille. Il lui chuchota, dans le creux de son oreille :
"Autant mon corps peut appartenir à toutes les femmes qui le veulent, mon cœur, lui, n'appartient qu'à toi et à toi seule, Liliana. Sans toi dans ma longue vie, je n'aurais été qu'une coquille vide. Un diable parmi tant d'autres, une bête ne pensant qu'à manger et coucher à droite et à gauche. Toi, tu combles mon cœur et mon corps. Je me sens Humain à tes côtés. Et ça, peut importe le nombre d'âmes humaines que je prends, jamais je n'aurais cette sensation ailleurs que dans tes bras. Tu combles chaque vide en moi, et aucune femme qu'elles quelle soient n'y parviendront mieux que tes baisers. Que tes caresses. Que ta peau..."
Et tandis qu'il énumérait chaque parcelle du corps de son amour transi, ses douces lèvres caressait le cou, les épaules, les omoplates que de sa main gauche il se plaisait à dévêtir. Au contraire, sa main droite remontait lentement sur le chemisier léger, le déboutonnant un peu plus chaque fois. Ses baisers embrassant la peau de son aimée, il en arriva à se trouver face à son visage. A moitié dévêtue, elle se laissa tomber sous la passion de son amant qui l'enlaçait et la faisait s'étendre parmi les draps immaculés du large lit.
La Luxure et la Passion eut raison de ces deux êtres, le temps d'une nuit...
Les douces lueurs du Soleil chauffaient quelque peu la peau découverte des hanches de Liliana. Un drapé de soie couvrait à peine ses courbes délicates. Les formes envoutantes de son buste de femme étaient en contact avec le matelas. Ses cheveux cuivrés glissaient le long de son dos. Sur le sol étaient éparpillés chaussures, vestes et autres vêtements, aussi bien femme que homme. En effet, à ses côtés, gisait son amant d'une nuit. Allongé sur le côté, il appuyait sa tête contre l'oreiller compressé et, délicatement, il caressait les doigts de son aimée. Son buste se levait et s'abaissait de façon régulière. Il lui adressa un tendre sourire, puis sorti du lit. Il prit ses vêtements étalés par terre, les rangea dans un coin et alla chercher un autre costume. Mine de rien, il était quelque peu en retard dans son rôle de majordome et, une fois la cravate renouée autour de son cou, il ne cessait de regarder sa montre à gousset. Il ouvrit discrètement la porte de la chambre et parti, après avoir jeté un dernier regard à la séduisante créature de son cœur.
"- Alors Sebastian ? Tu as fini les recherches que je t'avais demandé, adressa le jeune Ciel à son majordome pendant que ce dernier nouait la chemise du jeune garçon.
- Il me reste quelques petits détails à régler, mais tout sera prêt pour le début de l'après- midi, monsieur.
- Bien".
Il mentait. Il n'avait absolument rien fait, et il ne regrettait en rien de ne pas avoir passé une nuit blanche à respecter l'ordre de son maître... Mais alors, il lui avait désobéi ?! Non, il avait juste oublié de le faire, rien de plus. Sans doute un mauvais tour de son côté "Humain" ?
"- Tu es pensif ce matin, Sebastian...
- Ce n'est rien, monsieur, fit rapidement le domestique. Je repensais à hier, ce que je vous ai dit...
- Concernant Mlle Sinclaire ?
- Oui. Pourriez-vous garder le secret ?"
Cette question étonna quelque peu le jeune comte. Sebastian, son fidèle majordome qui lui obéit au doigt et à l'œil, lui fait une requête ? Encore, cela le concernerais, il comprendrai. Mais là, son Diable de majordome s'inquiète pour quelqu'un d'autre que son maître !
"- Et bien, oui je crois...
- Merci monsieur" soupira-t-il.
La matinée se déroula sans peine. Liliana passait son temps dans la chambre et n'était sorti que pour prendre son petit déjeuner et son déjeuner. Personne ne savait ce qu'elle faisait ni n'osait la déranger. Dans l'après-midi, May Linn frappa hasardeusement à sa porte.
"- Mademoiselle ?
- Oui ?
- Monsieur le Comte souhaiterai vous parler...
- Très bien, j'arrive".
La bonne attendit quelques instants dans le couloir que l'invitée sorte de la pièce, puis la guida vers le bureau de son jeune maître. Il mettait son manteau et son haut-de-forme lorsque la Sorcière entra dans la salle.
"- Nous allons nous rendre à Londres, fit-il. D'après les informations récupérées par Sebastian, toutes les victimes ont été voir une pièce de théâtre pour enfant la veille de leur disparition. Par chance, le réalisateur de la pièce produit également un opéra.
- Je dois en conclure qu'il est votre suspect n°1 ? conclua la jeune femme
- Davis Johnson, 35 ans. Il est apparu comme par enchantement dans les registres londoniens il y a un an, juste avant la première de sa pièce "Mourir par Amour". Pas de famille, pas d'amis. Il semble pourtant avoir un certain penchant pour les enfants : plusieurs plaintes lui ont été adressées pour voyeurisme. D'après les familles ayant portés plaintes, il espionnait les enfants dans leurs chambres. Il paraît être le suspect idéal dans cette affaire" récita Sebastian.
Liliana n'eut guère le choix : elle emboita le pas rapide du jeune comte et entra dans la diligence qui allait les mener à la capitale.
Le théâtre se situait dans les beaux quartiers de la ville. Haut et impressionnant bâtiment blanchâtre, sa notoriété et ses spectacles ont fait de lui l'un des plus grands divertissements de l'époque Victorienne. Après avoir pénétré dans le Hall d'entré vide du monument, Sebastian poussa les deux portes de la Grande Salle du théâtre : immense ! C'était le seul mot qui pouvait venir à l'esprit de la Sorcière à cet instant. La salle formait un arc de cercle dont les sièges et les balcons entouraient de toute part. La scène, planches de bois grinçantes, était large et encadrés par des rideaux rouges. D'ailleurs, plusieurs femmes y étaient présentes, et toutes affichaient un air désemparé. Sans doute à cause de l'homme qui leur hurlait dessus... ?
"- Non mais écoutez-moi ça ! Et ça se dit "chanteuse" ! Mais quel ramassis de...
- Excusez-moi ?"
La voix enfantine de Ciel avait arrêté net la furie de l'homme. Ce dernier, en le voyant approcher, ne savait plus où se mettre tant il était abasourdi. C'était un homme de taille moyenne, cheveux et yeux bruns, habillé comme il se doit. Rien de particulier à priori. Sur quelques sièges du premier rang étaient éparpillés des scripts, partitions et diverses notes du réalisateur.
"- Qui êtes-vous ? fit-il d'une voix tout à fait calme, voire trop calme.
- Je suis... Un de vos fans !" répondit Ciel.
En effet, durant le trajet, il avait été convenu que le jeune maître de la famille Phantomhive se ferait passer pour un fan, et que Sebastian et Liliana seraient ses parents. Quoi de plus logique !
"- Lorsqu'on l'a emmené voir la dernière représentation de votre pièce pour enfant, il était tout excité ! joua la femme aux yeux ambrés.
- il tenait absolument à vous voir en personne, enchaina le majordome.
- Oh, et bien... Je suis vraiment flatté ! Si vous permettez, je suis à vous dans quelques minutes. Je dois finir d'écouter ces casseroles..."
Vexées, les jeunes femmes concernées s'outraient et commençaient à quitter la scène, quand un chant doux et fort résonna dernière le jeune comte et son domestique. Le réalisateur se tourna vers eux.
"- Madame, vous...
- "Ave Maria" est un très beau chant, vous avez bien choisi, coupa Liliana en regardant une partition de chant. Est-ce que vous me permettrez de...
- Allez-y ! Allez-y ! s'empressa-t-il.
- Y a-t-il un violon que je pourrais utiliser ?" intervint Sebastian.
Cette question surpris quelque peu le réalisateur, mais lui en tendit un. Il en profita pour proposer à Ciel un siège. Les lumières s'éteignirent et seule la scène resta éclairée. Il ne fallait pas perdre de vue leur objectif : prendre leur suspect, Davis Johnson le réalisateur, en flagrant délit. Mais avant tout pour le majordome, son but était se surveiller son jeune maître pour le protéger au moment venu. Et pourtant, il se tenait là, un violon à la main en train d'accompagner la voix harmonieuse de Liliana. Derrière eux, les candidates au rôle de l'opéra, qui avaient déjà chanté ces paroles à maintes reprises, faisaient les chœurs lors du refrain.
Sebastian était tiraillé entre deux êtres chers : Liliana, cette merveilleuse voix qui le transportait, qui l'émouvait, qui le rendait si humain, lui, le Diable de majordome ; son jeune maitre, le Comte Ciel Phantomhive, dont l'aspect si fragile et innocent contrastait avec la froideur et la maturité de sa personnalité. Oui, sa froideur, mais surtout ses désirs, voire un désir : la vengeance. Cette douce vengeance qui rend l'être humain si complexe, si séduisant, si sensuel...
Lorsque la musique de termina et que les lumières se rallumèrent, le cœur du majordome se mit à battre rapidement : Ciel avait disparu, et leur suspect avec lui... |