Bonjour à vous ^^
Sur les mers, les aventures continuent pour l'équipage de l'Aurore Boréale.
Zeïna poursuit son travail sur le commerce de l'archipel, les conseils du maître espion qui l'accompagne vont lui permettre de saper les bases du commerce de son ennemi, le Comte Dé Varousis Aras.
Le Faucon quand à lui commence sa chasse dans les eaux du grand Nord de l'île principale, le capitaine Aleron leur promet des proies, et les hommes de l'Aurore sont prêts à l'action.
Bonne lecture, et laissez un commentaire pour l'écrivain, cela fait toujours du bien à lire, merci d'avance ^^
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CHAPITRE 54
Commerce de perle - Vers la pointe Nord
Des nuages commençaient à s’amonceler dans le ciel, la journée touchait à sa fin et l’Aurore poursuivait sa route vers sa nouvelle destination. L’équipage réduit avait été remanié pour permettre au navire de garder son rythme, la capitaine et le second se partageant les quarts des officiers.
L’archipel qui constituait le Royaume de Mandalor comptait une vingtaine d’îles, la plus grande étant celle de la capitale Onerine. Leur destination était l’île Douale, elle n’était pas d’une grande taille mais sa production de perles était reconnue sur l’océan. Zeïna observait l’horizon avec sa lunette, elle cherchait une voile d’un navire qui l’aurait précédé mais personne n’était visible.
- Vous n’avez pas à vous inquiéter Capitaine, lança Odal Gahena, je peux vous assurer que la demande du marchand est officiel qu’à partir de demain.
Le maître espion accompagnait l’Aurore Boréale pour son voyage, il devait conseiller la jeune fille sur les choix à faire et sur les prochaines destinations.
- Je préfère être prudente et bien vérifier ce qui nous attend.
- Allons, soyez tranquille, le comte sera pris au dépourvu.
- Je l’espère Mr Gahena.
La jeune fille marcha sur le pont supérieur pour observer son navire, les marins étaient afférés à leur tache quotidienne. Les brosses frottaient le bois avec ardeur, des cordages étaient pliés tandis que d’autres s’occupaient des voiles.
- Je suis vraiment surpris de voir que vous arrivez à tenir ce navire malgré votre jeune âge.
- Il ne faut pas se fier à ce que vous voyez.
Zeïna avait si souvent entendu cette remarque qu’elle répondait presque par automatisme.
- Durant mes voyages et mes nombreux déplacements, reprit le maître espion, j’ai pu rencontrer des femmes capitaines, mais elles étaient toutes plus âgés que vous.
- Cela vous dérange t’il ?
Odal Gahena se fendit d’un grand sourire en levant les mains devant lui.
- Oh mais pas du tout, au contraire je suis admiratif devant ce que vous avez accompli. Une véritable prouesse de vous imposer face à des hommes habitués au dur labeur de l’océan.
- J’ai eu des moments plus difficiles que d’autres, mais c’est ce que je voulais faire et personne ne m’en empêchera.
Elle laissa son regard se perdre dans l’horizon.
- Je me sens bien sur le pont d’un navire, bien mieux que sur la terre ferme.
Le maître espion observa la posture de la capitaine, elle pouvait passer pour une personne frêle. Pourtant derrière cette apparence de douceur et de fragilité se dévoilait une jeune fille au caractère bien trempé.
- Avec votre volonté et mes conseils, reprit Odal Gahena, je ne vois pas comment le comte peut échapper au piège que nous lui tendons.
La jeune fille se tourna alors vers lui.
- Ne croyez pas que cela est déjà joué, l’homme est particulièrement intelligent. Il est loin d’être un débutant et je suis persuadé qu’il peut contrattaquer aussi rapidement que soudainement. Le comte est dangereux, le sous-estimer est une erreur qui pourrait vous être fatal.
Le maître espion hocha la tête avec gravité.
- Sur ce point je suis d’accord, pardonnez moi mon caractère emporté, j’ai tendance à voir toujours le bon coté des choses, mais je sais aussi me montrer opiniâtre.
- Je n’en ai jamais douté, sinon vous ne seriez pas à ce poste.
- Vous avez tout à fait raison, mademoiselle Dé Feryo.
Zeïna quitta le maître espion pour poursuivre sa ronde sur le navire. Elle tenait son rôle de capitaine et d’officier en affichant une grande confiance, mais elle était emprisonnée dans un carcan de doutes et de sentiments contradictoires. Ce voyage dépendait beaucoup des informations d’un seul homme, si celui-ci se trompait, ils pouvaient se trouver dans une fâcheuse posture.
De plus, la jeune fille était préoccupée par l’autre partie de son équipage qui allait mener une guerre armée contre des contrebandiers. Elle connaissait la valeur des officiers et des marins de ce groupe, mais elle avait peur de perdre des éléments importants de son équipage.
Le dernier échange qu’elle avait eu avec Lantis pesait lourd dans son cœur, elle aurait très bien pu trouver un moment pour en parler avec lui. Mais la capitaine avait peur de cette situation, peur de ne pas pouvoir contrôler les élans de son cœur.
Pour oublier ses doutes, elle se jeta dans le travail avec acharnement, elle voulait arriver rapidement jusqu’à l’île Douale. Plus tôt l’Aurore Borale serait arrivée en vue du port, plus tôt ils pourraient retourner sur Onerine.
Les goélands poussaient des cris aigus dans le ciel, Loan Nuit-Sauvage, l’homme oiseau, leur répondait avec des croassements graves pour les faire fuir. Loin de s’en soucier, les oiseaux se posaient sur les vergues sans tenir compte des avertissements.
Le port de l’île Douale n’était pas des plus attirants, des maisons basses sans grandes beauté. Les marins eux même à bord ne semblaient pas pressés de débarquer sur cette île peu amène. Zeïna observa les quais du pont, quelques caisses et des cordages pliés, des hommes déchargeaient des barques sans se soucier de ce qui se passait autour.
- Mr Gahena, vous êtes bien sûr que nous trouverons des perles ici ?
- Mais je peux vous l’assurer, répondit le maître espion.
- Mouais … Lança Portyd. Je ne vois pas des produits de luxe sortir de ce bouge à pirates et marins d’eau douce.
Odal Gahena se redressa.
- Je sais bien que Douale n’est pas une escale particulièrement attrayante, mais c’est pourtant bien ici que nous allons trouver nos perles.
- Bon, nous allons descendre à terre alors, répondit Zeïna, Mr Odell, vous gardez le navire en mon absence.
- Très bien Capitaine, vous devriez emmener une escorte tout de même.
- Je vais emmener quelques marins si cela peut vous rassurer.
Une chaloupe fut mise à l’eau, la jeune fille monta à bord avec le maître espion et la commis du bord qui emportait ses carnets de compte. Le port était calme, il n’y avait pas une grande activité, quelques personnes regardaient arriver la chaloupe depuis l’Aurore.
Un des marins du navire sauta sur le quai en pierre pour amarrer la chaloupe, les passagers descendirent à terre. Zeïna se tourna vers les cinq marins qui étaient à bord de l’embarcation pour leur donner les ordres.
- Nuaga, Gyacha, vous restez là pour garder la chaloupe.
Les deux elfes des mers hochèrent la tête.
- Mr Deter, Blackbird et Parslan vous venez avec nous, j’ai promis au second que nous serons escortés.
- Très bien capitaine, répondit le quartier maître Parn Deter, vous voulez que nous ouvrions la marche ?
- Non pas la peine, répondit la jeune fille, restez derrière nous et en cas de problème vous agirez.
Le quartier maître et les deux marins se placèrent à la suite des passagers de l’Aurore et la troupe se mit en route, guidé par le maître espion. Ils saluèrent plusieurs dockers et marins qui leur répondirent d’un hochement de tête. Odal Gahena savait parler et se faire écouter des étrangers comme de ceux qu’il connaissait. Ce don lui permettait d’obtenir n’importe quelle information sans forcer son interlocuteur.
Rapidement, il apprit que le marchand était encore chez lui, l’homme ne devait pas encore s’attendre à recevoir un navire. Le maître espion en profita pour faire un clin d’œil à la capitaine qui l’accompagnait.
- Alors ne vous avais-je pas dit que tout se passerait bien ?
- Nous ne sommes pas encore arrivés chez ce marchand.
- Allons, un peu d’optimisme que diable.
Après avoir demandé leur chemin, le groupe se rendit dans une proche du port jusqu’à un hôtel particulier. La maison était bien entretenue avec une façade peinte et des fenêtres aux carreaux propres. La porte d’entrée portait des décorations et des gravures sculptées représentant des coquillages.
Odal Gahena interpela le garde qui se trouvait à l’entrée, l’homme observait le groupe de marins avec méfiance. Il tenait le pommeau de son épée d’une main ferme, ne les lâchant pas des yeux.
- Pardonnez-moi mon brave, sommes-nous bien devant la propriété de Monsieur Len Pilard ?
- Oui, c’est pourquoi ?
- Nous venons pour le transport des perles bien sûr.
Le garde écarquilla les yeux.
- Déjà ? Mais comment avez-vous fait aussi vite ?
Le maître espion se contenta de sourire, l’homme finit par se remettre de son étonnement, il reprit la parole.
- Je vous laisserais entrer, mais pas les trois va-nu-pieds qui vous accompagnent derrière.
Avant que le quartier maître réponde à la remarque, Zeïna se tourna vers eux.
- Monsieur Deter, attendez moi là s’il vous plait, et évitez de répondre à ses menaces.
- Très bien Capitaine, mais pour celui là je vais essayer de l’oublier.
Le garde laissa entrer la jeune fille, le maître espion et la commis à l’intérieur de l’hôtel particulier. Un domestique vint à leur rencontre, il s’inclina devant les invités.
- Bienvenu, que puis-je pour vous ?
- Nous venons voir Monsieur Pilard pour le transport de ses perles, répondit Odal Gahena avec courtoisie.
Le domestique se releva avec de la surprise sur le visage, il se reprit en un instant.
- Suivez-moi s’il vous plait.
Ils furent conduits dans un bureau au réez de chaussée, le serviteur désigna les chaises de la main.
- Veuillez prendre place s’il vous plait, je vais prévenir Maître Pilard de votre présence.
Il disparut par une porte latérale avec empressement. Une dizaine de minute plus tard, le marchand apparut, il semblait essoufflé comme après avoir couru sur une longue distance. L’homme d’une cinquantaine d’année était en tout point identique aux autres marchands. Un léger embonpoint, il portait des vêtements riches en velours brodé, sa tête était ronde avec une perruque brune cachant une calvitie prononcée.
L’homme afficha un grand sourire devant ses hôtes.
- Bonjour à vous, je ne m’attendais pas à voir un navire aussi tôt.
- Nous avons fait le plus rapidement possible en apprenant la nouvelle, répondit le maître espion, nous disposons d’un navire très rapide.
Odal Gahena mentait avec une telle aisance que Zeïna en eut le souffle coupé.
- Voilà un grand atout pour le commerce, fit le marchand, mais je ne vous connais pas, à qui ai-je l’honneur ?
La jeune fille prit la parole pour se présenter.
- Capitaine Zeïna Dé Feryo de l’Aurore Boréale, Capitaine marchand de la cité de Calasta.
Len Pilard fixa la demoiselle avec étonnement.
- Je crois que j’ai entendu parler de vous, n’êtes vous pas celle qui a apporté la borsa pour Onerine ?
- Nous ne pouvons rien vous cacher, répondit Odal Gahena avec emphase, je vous avez bien dit que l’Aurore Boréale était un navire très rapide et fiable.
Le visage du marchand s’était éclairci, il semblait bien disposer à leur égard, il fallait absolument en profiter.
- Je vois que ma réputation me précède, j’espère que se sont de bons échos qui vous parviennent.
- Evidemment, s’empressa de dire Len Pilard, il est vrai qu’il n’y a pas souvent de nouvelles têtes par ici.
- Et si nous parlions de ces perles, lança le maître espion.
- Mais oui, donc vous vous proposer de porter mes perles jusqu’à Onerine.
- En effet, répondit Zeïna.
L’homme s’installa plus confortable dans son fauteuil.
- Je ne vous cacherais pas que je suis pressé, mon acheteur est déjà présent à la capitale et j’ai un grand besoin d’argent, plus vite la transaction sera faite, plus vite je recevrais mon or.
- Mon navire est prêt à reprendre la mer.
- Je compte vous accompagner à bord pour suivre directement mes biens, cela ne vous ennuie pas j’espère.
- Pas du tout Monsieur Pilard, je ferais préparer une cabine pour vous.
Le marchand se remit à réfléchir avec intensité.
- Une dernière question.
- Je vous écoute, répondit la capitaine.
- Je n’ai hélas pas assez de gardes pour m’accompagner, je voudrais savoir si mes perles et moi-même seront en sécurités à votre bord.
Zeïna hocha la tête.
- Je réponds de l’honnêteté de mon équipage, mes marins sont tous capable de se battre et son capable de repousser les abordages. Mais je compte surtout sur la vitesse de mon navire pour semer mes poursuivants avant qu’ils ne nous rattrapent.
- Est-ce que cela répond à vos interrogations ? Demanda Odal Gahena.
- Tout à fait, nous allons pouvoir faire affaire, j’ai demandé à mon comptable de préparer un contrat.
Il sortit d’un tiroir de son bureau un document plié avec soin, il l’ouvrit sur le bureau en approchant un encrier muni d’une plume.
- Si vous voulez bien signer en bas.
La jeune fille lut le document avec attention, une partie de la vente des perles lui était réservée. Avec cette commission elle pourrait de nouveau remplir ses cales sans toucher à son capital de départ. Nefrita Hagus lui fit un signe d’accord de la tête, il n’y avait pas de problème avec le document.
Zeïna le signa d’un paraphe stylisé, elle redonna ensuite le contrat au marchand qui apposa à son tour sa signature.
- Une excellente transaction, j’ai également quelques autres denrées à vous proposer à la vente, de la nacre, du bois exotique et quelques autres marchandises.
- Je suis toujours preneuse, surtout si mon navire peut remplir ses cales.
- Alors je vais pouvoir pourvoir à ce problème.
Après un appel du marchand, un nouveau serviteur amena une bouteille de vin et des verres pour tout le monde. La jeune fille se plia de bonne grâce à la proposition, elle savait soigner ses relations avec ses clients, un peu de convivialité permettait parfois de faire avancer une affaire plus rapidement.
- Un excellent vin, fit Odal Gahena, une cuvée de l’île principale je présume.
- Vous avez tout à fait raison, j’ai mes fournisseurs, je pourrais vous donner son adresse si vous voulez, en venant de ma part je suis persuadé qu’il vous fera un prix.
- Se serait avec plaisir, répondit Zeïna en souriant.
Elle commençait à connaitre l’effet de son sourire sur ses interlocuteurs masculins, et Len Pilard n’en faisait pas défaut. L’homme dut boire une gorgée de son verre pour tenter de cacher le vif intérêt qu’il portait à la capitaine face à lui.
- Je dois dire, reprit-il avec plus de calme, que mes précédents interlocuteurs n’étaient pas aussi sympathiques.
- Je compte bien me faire une place dans le commerce de cet archipel.
- Pourtant, il y a une personne qui possède le monopôle de cette région.
La remarque du marchand était clairement orientée vers le comte, n’échappant pas à la capitaine mais aussi au maître espion et à la commis. Odal Gahena regarda la jeune fille pour savoir si elle voulait qu’il réponde à sa place, mais celle-ci lui fit signe que tout aller bien.
- La concurrence peut avoir du bon, ne pensez vous pas ?
Le marchand leva son verre en souriant.
- En effet, surtout quand celle-ci n’est pas trop gourmande en évitant d’étouffer le commerce des honnêtes gens.
- J’espère que cette concurrence pourra bénéficier de vos louanges.
- Elle peut l’espérer.
Un hochement de tête conclut l’accord muet entre Zeïna et Len Pilard.
- Comme vous êtes pressé, j’imagine que vous vouliez partir dés ce soir pour la prochaine marée, demanda la capitaine.
- En effet, mes entrepôts sont déjà prêts à être vidé pour le transfert sur votre navire.
- Alors, je vous propose de nous mettre au travail dés maintenant, répondit Zeïna.
Le marchand acquiesça.
- Je vous laisse partir devant, je dois donner quelques ordres pour faire préparer mes bagages. Je me rendrais à votre bord pour assister au chargement de mes marchandises.
La jeune fille se leva et serra la main tendue de l’homme qui venait aussi de quitter son siège.
- Je ne serais pas long à vous rejoindre, fit Len Pilard, à tout de suite Capitaine Dé Feryo.
- Je vous accueillerais en personne à mon bord.
Ils quittèrent l’hôtel particulier après ce dernier échange, sur le chemin de retour, le maître espion parla à voix basse à la capitaine.
- Vous avez fait preuve d’une belle répartie avec ce marchand, je vous félicite.
- La discrétion sur le nom de notre concurrent est plus profitable j’imagine.
- Tout à fait, lança Odal Gahena.
- Et cette affaire va nous être vraiment très profitable, intervint Nefrita Hagus, avec la commission sur le transport des perles et la vente des produits en surplus nous aurons encore un très bon bénéfice.
- C’est une bonne nouvelle en effet, répondit Zeïna en souriant.
- Pas seulement pour votre bourse, fit le maître espion, il y a un projet important qui nécessite beaucoup de fond, mais qui permettra de tripler voir quadrupler le chiffre.
La capitaine le regarda sans trop comprendre.
- De quel projet parlez-vous ?
- Je ne peux pas vous le révéler pour le moment, mais il faut engranger le maximum d’argent.
Le maître espion n’en rajouta pas plus, gardant seulement un étrange sourire sur le visage. Zeïna ne chercha pas à en savoir plus, il n’allait pas en dire davantage même si celle-ci l’aurait supplié. De toute façon, la jeune fille allait avoir beaucoup de travail, l’Aurore Boréale devait reprendre la mer dés ce soir.
La capitaine allongea le pas, suivit par le maître espion et la commis, elle avait oublié ses doutes et ses questions. Son travail passait avant et il n’était plus question d’hésiter, tout son équipage comptait sur elle.
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Le Faucon fendait les vagues avec une vitesse impressionnante, le voilier était taillé pour la course en haute mer. Il vibrait sous l’assaut de l’océan comme un cheval piaffant d’impatience, les marins du capitaine Aleron connaissaient parfaitement le navire et savaient en donner le maximum pour aller toujours plus vite.
Sur le pont, les membres de l’Aurore qui avaient embarqué à Junia prêtaient main forte à leurs nouveaux camarades. L’organisation des équipes s’était faite rapidement, Aleron savait maniait les hommes, aussi bien les siens que ceux des autres.
Lantis et Cyranne l’avaient laissé faire, ils comprenaient la valeur de ce capitaine, même s’il était un contrebandier. Malgré tout, les deux officiers de l’Aurore Boréale restaient sur leur garde, ils ne savaient pas encore si l’homme était de confiance ou non.
Le Faucon devait rallier le plus vite possible le Nord de l’île principale pour se mettre en attente dans la zone. Les navires de contrebande du Comte prenaient presque toujours cette route pour parvenir jusqu’à des petites ports cachés dans les falaises du Nord.
Les deux officiers de l’Aurore rejoignirent le capitaine Aleron qui faisait le point sur les cartes à l’abri d’un auvent. L’homme leva les yeux de son ouvrage en les voyant arrivés, d’un aspect rude, il savait aussi s’appliquer sur son travail.
- Ce voilier est vraiment exceptionnel, lança Lantis.
- Je vous avez dit à tous qu’il était rapide, le Faucon est capable de rattraper n’importe qu’elle navire de commerce, gros ou petit. Pour une chasse aux contrebandiers, c’est la meilleure arme, ils affectionnent les petites embarcations.
Cryanne se pencha sur la carte pour voir les annotations du capitaine Aleron.
- Je suppose que c’est cette zone qui nous intéresse ?
- Tout juste, c’est par là que les contrebandiers aiment venir.
- Il y a quelque chose de particulier là bas ? Demanda Lantis.
Le capitaine Aleron opina de la tête.
- Oh oui, il y a les récifs ! Le nord de l’île se prolonge par une série de récifs qui affleurent de l’eau seulement par endroit. Les gros navires de guerres ne peuvent pas passer par là, alors que les voiliers à faible tonnage ont toutes leurs chances. Mais il faut connaitre la passe sur le bout des doigts, malgré tout le passage reste très dangereux.
- J’imagine que vous connaissez l’endroit, lança le maître d’arme.
- Pour qui tu me prends ? Evidemment que je la connais, et pas besoin de me donner du vous, je ne suis pas un de ses pompeux marchands.
Lantis sourit.
- J’essaierais de m’en souvenir.
- Tu as intérêt, bon pour l’attaque des navires, tes gars savent s’y prendre ?
- Oui pas d’inquiétude, répondit le maître d’arme, nous organiserons l’assaut en deux parties, moi avec la moitié des marins sur l’arrière, et ma camarade avec l’autre moitié sur l’avant.
Le capitaine Aleron fit un signe de la tête.
- Dites donc tous les deux, vous êtes sûr que votre capitaine ne fait pas dans la piraterie des fois, j’ai l’impression que vous savez vous y prendre avec les assauts.
- Nous avons été corsaire pour le compte d’un royaume, répondit Cryanne, un bon entrainement qui nous a permit d’affuter les marins à ce genre d’exercice.
- La duchesse et le gars en noir avaient dit vrai, j’attends de voir ce que donnera votre premier assaut.
Le Faucon poursuivit sa course folle vers le nord, les embruns volant tout autour du navire en une myriade d’étoiles.
La nuit était tombée, le voilier bondissait toujours sur les vagues, l’équipage de quart faisait bien attention à ce que rien ne perturbe l’avancée du navire. Sur le pont, Lantis s’était accoudé au bastingage à l’arrière du bateau, il avait réussi à trouver un peu de solitude pour réfléchir.
L’homme continuait à repenser aux paroles de Zeïna et à ce qui s’était passé au bal de la Duchesse d’Onerine. Il n’avait pas pu se contrôler, rompant une règle stricte qu’il s’était fixé, toujours séparer le travail et les sentiments. Le maître d’arme avait bien compris qu’il était bien plus proche de la jeune capitaine qu’il ne le devrait, et cela depuis qu’elle lui avait laissé sa chance à bord de l’Aurore.
Maintenant il devait se battre avec ses sentiments pour éviter qu’ils prennent le pas sur son travail et la protection du navire. Cette séparation était peut être nécessaire pour leur bien à tous les deux. L’un comme l’autre avait besoin de faire le pont sur cette soirée et ce rapprochement qu’il y avait eu durant le bal.
Lantis n’entendit pas une personne s’approcher de lui à pas feutré, Cryanne avait réussi à retrouver son camarade. Elle attendait ce genre de moment pour en savoir plus sur ce qui le tracassait depuis quelques temps.
- C’est donc là que tu te caches.
Le maître d’arme se redressa brusquement et se tourna vers la métis qui s’était accoudé au bastingage à ses cotés.
- Il y a un problème ?
- Non tout va bien, la nuit et calme et le voilier poursuit sa route.
- Alors pourquoi me cherchais-tu ?
Cryanne regarda Lantis.
- Je voulais que nous soyons au calme pour discuter un peu.
- Discuter de quoi ? De notre mission peut être ?
Le maître d’arme tentait de s’esquiver pour se sortir de ce piège qu’il voyait s’ouvrir sous ses pieds.
- Tu me prends pour une imbécile, tu sais très bien pourquoi, depuis quelques jours sur l’Aurore Boréale tout le monde avait remarqué le manège entre toi et Zeïna. Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre que la rencontre avec la Duchesse n’a pas été la seule surprise de ce bal, je me trompe ?
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
Lantis tenta de partir, mais la métis le fixa avec une telle intensité qu’il se figea sur place. Ils restèrent ainsi, en silence, pendant quelques instants, le maître d’arme finit par baisser la tête en soupirant. Il revint s’accouder au bastingage en regardant l’étrave du navire.
- Tu sais que tu es pénible des fois.
- Mais non, juste attentive aux autres, alors qu’est ce qui s’est passé ?
Il vit la lueur qui brillait dans les yeux de Cryanne, ce qui ne lui plaisait pas nécessairement.
- Je ne sais pas si tu es la bonne personne à qui je devrais en parler.
- Mais pour le moment, je suis la seule avec toi et je ne vois pas avec qui d’autre tu pourrais en discuter.
Résigné, Lantis finit par lui dire ce qui le tracassait.
- Je ne veux pas entrer dans les détails mais c’est bien à cause du bal que je suis tracassé.
La métis se rapprocha soudain de lui, son visage à quelques centimètre du sien. Elle le fixa pendant de longues secondes, l’homme était particulièrement gêné, il n’osait pas faire un geste pour la repousser. Cryanne se recula soudainement, une expression étonnée et amusée à la fois sur la figure.
- Tu l’as embrassé !
Lantis écarquilla les yeux.
- Mais comment le sais-tu ?! Je …
- Alors j’ai vu juste, tu l’as bien embrassé, quand cela s’est il passé ?
Le maître d’arme était pris dans ses filets, il ne pouvait plus essayer d’esquiver.
- Au bal pendant que nous dansions et dans le carrosse qui nous ramenait au bateau.
Il avait avoué les baisers comme un enfant avoué une faute.
- Deux fois !
- Mais vas y, tu devrais le crier plus fort encore !
La métis se couvrit la bouche, elle regardait le maître d’arme avec un air amusé.
- Et bien je ne pensais pas que cela serait aussi rapide.
- Pardon ?!
Elle agita une main devant elle pour le rassurer.
- Je plaisante un peu, rien de mal. Mais bon, qu’est ce qui te tracasse autant avec ces baisers ?
- Qu’est ce qui me tracasse ?! Mais tout voyons, c’est mon supérieur, je ne dois pas avoir ce genre de rapport avec elle. Et elle n’a que seize ans, j’en ai plus de trente, je ne dois pas …
Cryanne baissa la tête en maugréant.
- Pour l’âge, reprit elle, je ne vois pas le souci, j’ai moi-même expérimenté ce genre de relation, et je peux t’assurer que dans un sens ou dans l’autre tout se passe à merveille.
Lantis poussa un soupir à fendre l’âme.
- Là n’est pas la question, je n’ai pas le droit d’avoir une telle relation et encore moins d’éprouver ces sentiments.
Sur ces paroles, l’homme se retourna vers le large pour se perdre dans l’horizon sombre de la nuit. La métis allait continuer à s’amuser avec lui, mais elle comprit au ton de la voix de son camarade qu’il ne l’aurait pas supporté. Avec plus de douceur, la maître d’équipage de l’Aurore s’accouda à coté de lui en regardant dans la même direction que lui.
- Vous en avez parlé ?
Il secoua négativement la tête.
- Pas vraiment, nous n’arrivons qu’à peine à travailler ensemble l’un à coté de l’autre, et encore nous ne devons pas nous regarder.
- Je comprends sa réaction, elle est jeune et n’est pas habituée à ce genre de sentiment, mais toi tu as tout de même plus d’expérience.
Lantis se permit un petit sourire en coin.
- Je n’ai pas de leçon à recevoir si c’est ce que tu veux savoir, mais Zeïna est ma capitaine, je lui dois le respect.
- Et l’amour n’est pas une forme de respect.
- Les sentiments n’ont pas de place sur un navire.
Cryanne regarda le visage du maître d’arme, elle y lut une grande tristesse.
- Je pense qu’avant d’enterrer votre relation aussi rapidement, vous devriez d’abord en parler tous les deux.
- C’est ce qu’elle m’a dit avant que nous nous séparerions.
- Et toi que voudrais-tu ?
La question de Cryanne le prit à défaut, Lantis ne s’était jamais vraiment demandé ce qu’il désirait lui-même. Il avait découvert ses sentiments pour la jeune fille au fur et à mesure de la côtoyer, et quelque part il aimerait réellement la connaître un peu plus. Mais son sens du devoir était bien trop développé pour se laisser aller par les soubresauts de son cœur.
Le maître d’arme se sentait tirailler comme jamais et rien ne semblait lui permettre de trouver une solution dans son âme et conscience.
- Je ne sais pas, je ne sais plus, répondit Lantis en baissant la tête.
- Pour cette nuit, tu peux encore te laisser aller, mais n’oublie pas ce qui nous attend, nous aurons besoin de toi.
Elle posa une main apaisante sur son épaule.
- Ne te laisse pas envahir par les questions, laisse ton cœur te guider.
La métis lui sourit.
- Et puis, je trouve que vous formez vraiment un très joli couple tous les deux.
Cryanne le quitta en riant doucement, ne laissant pas le temps à Lantis de lui répondre. Le maître d’arme la regarda partir, sa discussion avec la métis ne l’avait pas vraiment aidé. Il se tourna alors à nouveau vers la mer et regarda dans la direction où devait se trouver l’Aurore.
Le maître d’arme ne voulait pas que ses questions puissent nuire à ce qu’il avait à faire sur ce navire. Il était persuadé que Zeïna éprouvait les mêmes craintes et les mêmes errements. Mais elle avait un navire à conduire et elle ne se laisserait pas envahir par la mélancolie.
Ses réponses attendraient qu’ils se retrouvent, et cette fois, il espérait avoir une véritable discussion avec la jeune fille. Le temps pourrait surement l’aider à trouver la voie pour éclairer les ombres de son chemin.
Lantis serra les poings et se redressa, il pensait qu’il n’était plus du genre à s’apitoyer sur son sort, pas depuis sa rencontre avec une jeune demoiselle aux yeux bleu venue le voir sur un coin de quai bondé. Pour elle, le maître d’arme mènerait à bien sa mission et il rapporterait la victoire à son capitaine.
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