Bonjour à vous ^^
L'Aurore Boréale est de retour à Onerine, Zeïna a réussi un nouveau coup commercial contre son adversaire. Grâce aux informations du maître espion, la cargaison de perles se trouve dans les cales du vaisseau. L'équipage est prêt pour leur nouvel destination.
Le Faucon est en pleine bataille, il court après les trophées et les proies. Les marins espèrent abattre peu à peu le commerce parallèle du Comte pour étouffer un peu plus ses espoirs de profits dans ses eaux.
Bonne lecture et laissez un commentaire si vous avez aimé le texte ^^
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CHAPITRE 56
Commerce dangereux - Ambition du chasseur
L’Aurore Boréale était de nouveau à quai dans le port d’Onerine, son retour avait immédiatement soulevé une vague d’enthousiasme. Après la précieuse cargaison de l’encre borsa, les marchands et négociants se demandaient bien ce que le navire pouvait bien apporter cette fois là.
Leur surprise fut grande quand ils découvrirent que Len Pilard, le producteur de perle, se trouvait à bord avec sa cargaison. Dans tous les cercles de marchands que comptait la cité, il était de notoriété qu’une seule personne avait toujours transporté cette marchandise de très grand prix. Les spéculations et les rumeurs enflaient dans la cité, semant le trouble sur les marchés.
Loin de se préoccuper de cette agitation, les caisses de perles étaient déchargées des cales du navire pour être prise en charge par les dockers. Des chariots attendaient d’être chargé sous bonne escorte pour parvenir jusqu’à l’entrepôt que Len Pilard possédait sur le port.
Zeïna commandait en personne le déchargement pour s’assurer qu’aucun incident ne vienne perturber débarquement. Nefrita Hagus notait scrupuleusement chaque caisse qui était sorti des entrailles de l’Aurore Boréale. Elle s’assurait ainsi de la prime que recevrait la capitaine pour le transport de la précieuse cargaison.
Len Pilard était particulièrement satisfait du voyage, il se tenait aux côtés de la jeune fille pour observer l’opération de déchargement.
- J’ai eu raison de vous faire confiance, Capitaine Dé Feryo, nous avons pu rallier Onerine avec une journée supplémentaire.
- Je vous remercie, répondit Zeïna en se tournant vers lui.
- Soyez assurer que je n’hésiterais pas à vous recommander à mes amis.
- C’est un honneur Monsieur Pilard, je serais également ravi de transporter de nouveau une cargaison pour vous.
Le marchand acquiesça en souriant.
- Il ne reste que quelques caisses à décharger, je vais donc vous laisser, je vous envoie comme convenu le reste du paiement pour le transport en fin de matinée.
- Très bien, bonne journée et merci beaucoup.
La jeune fille serra la main tendue de l’homme.
- Se devrait être à moi de vous remercier, que les vents vous soient favorables.
Len Pilard salua une dernière fois la capitaine avant de quitter le navire, une carriole l’attendait justement sur le quai. Elle partit quelques instants après avoir récupéré son passager, les sabots des chevaux frappant les pavés sur leur passage.
Zeïna s’approcha de Nefrita Hagus qui tenait les comptes sur le pont.
- La recette est elle satisfaisante ?
La femme releva la tête de son ouvrage, ses lunettes sur la pointe de son nez.
- Une aubaine même, répondit la commis, le transport des perles nous rapportent une jolie somme.
- Et pour les autres produits ?
- Les contacts que nous a donné le marchand ont été efficaces, je dois rencontrer plusieurs négociants, les marges seront bonne également.
La jeune fille était satisfaite.
- Avons-nous atteint le montant que désire Mr Gahena pour son projet secret ?
- Non pas encore, je me demande bien en quoi a-t-il besoin de tant d’argent.
- Je n’ai pas encore réussi à le savoir véritablement, mais j’espère que durant le prochain voyage, il nous en parle un peu plus.
Zeïna laissa Nefrita Hagus à ses comptes pour faire le tour du navire, les marins nettoyaient le bateau et les calles en perspective de la nouvelle cargaison. Elle les regardait travailler avec application sous les ordres de Portyd qui donnait de la voix comme à son habitude. Même en équipe restreinte, l’Aurore Boréale fonctionnait à merveille, il ne semblait pas y avoir de problème au sein de l’équipage.
La jeune fille pensa alors au reste de ses marins qui se trouvait normalement de l’autre coté de l’île. Ils n’avaient reçu encore aucune nouvelle, elle commençait à s’inquiéter ne sachant pas si tous se portait bien. Elle espérait que le maître espion revienne avec des informations que la deuxième partie du plan de la Duchesse d’Onerine.
- Capitaine, appela Portyd qui venait de remonter sur le pont.
- Oui Mr Odell ?
- Les calles seront bientôt propres et prêtes à se remplir de nouveau.
- J’ai vu ça, il faudra laisser l’équipage se reposer un peu après cette corvée, mais ils n’ont pas l’autorisation de descendre à terre, nous pouvons partir à tout moment.
Le second hocha la tête.
- Nous allons avoir quoi pour la prochaine cargaison ?
- Mr Gahena est parti justement pour cela, ces intermédiaires doivent lui fournir les noms et les lieux pour les prochains voyages.
- Avec ce que nous avons déjà accompli, le compte risque de se fâcher un peu, il a apparemment décidé de nous affronter après ce qui est arrivé en mer avec son navire.
Zeïna croisa les bras sur sa poitrine.
- Je n’en doute pas, j’ai forcé Mr Gahena à être accompagné d’un des marins pour le défendre au cas où, il ne voulait pas au début mais il a fini par plier.
- Il a peut être peur que ses secrets n’en soient plus uns.
La jeune fille sourit.
- Peut être.
- J’espère en tout cas qu’il ramènera des nouvelles du Faucon, je me demande comment ils vont.
- Je pensais la même chose.
Une silhouette s’approchait à grand pas du quai, la capitaine reconnut le maître espion accompagné du marin dans sa suite. Il s’engagea rapidement sur la passerelle en quelques bonds, il chercha du regard la capitaine et il se dirigea vers elle.
- Mademoiselle Dé Feryo, je dois vous parler dans votre cabine.
Le ton de l’homme était neutre, mais de l’anxiété et une pointe de excitation se ressentait dans sa voix.
- Mr Odell, venez avec nous, fit Zeïna en se tournant vers lui.
- Les gars savent ce qu’ils ont à faire, je vous suis.
- Vous devriez demander à votre commis et à votre pilote de venir également, leur avis sera bon à avoir, répondit Odal Gahena.
La jeune fille acquiesça.
- Très bien, allons dans ma cabine.
Les cinq personnes étaient réunis autour du bureau du capitaine, elle se tenait derrière la table tandis que les autres s’étaient réunis autour. Acoya était intenable, elle voulait savoir ce qui se passait et elle trépignait sur sa chaise en agitant ses jambes.
- Alors quelles nouvelles apportez-vous ?
- Je vous remercie Mademoiselle Dé Feryo pour cette réunion impromptue, mais je vous apporte des informations qui vont nous éclairer sur la situation.
- Au fait, demanda Portyd, sinon notre pilote va mourir sur son siège.
Acoya regarda tout autour d’elle en clignant des yeux.
- Qu’est que j’ai ?
Ses jambes continuaient de remuer en même temps qu’elle parlait. Le maître espion fit un signe de la tête et reprit la parole en allant droit au but.
- Je suis désolé, l’habitude de faire de longs discours n’est pas facile à perdre je dois dire. En premier lieu, les opérations du Faucon sont pour le moment couronnées de succès.
Zeïna poussa un soupir, elle était heureuse d’entendre cette nouvelle.
- Il y a eu des pertes ? Demanda-t-elle.
- Aucune pour le moment et aucun blessé grave, le Faucon a capturé deux voiliers et un brick de contrebandiers, ils se trouvent actuellement au port de Junia. Le navire continue sa mission en faisant plus attention, les débuts étaient facile grâce à la surprise, la suite pourrait leur réserver de mauvaise rencontre.
- J’ai confiance en Lantis et Cryanne pour mener leur mission à bien.
Le second hocha la tête pour appuyer la déclaration de la jeune fille.
- Qu’avez-vous appris de plus ? Demanda Nefrita Hagus en rajustant ses lunettes.
- Mes espions m’ont affirmé que le comte commençait à être agacer des interventions de l’Aurore dans ce port. Depuis que nous osons affronter sa loi, d’autres nous ont imité comme le pensait la Duchesse, des marchands tentent timidement mais assurément de faire du commerce sur ses plates bandes.
- Une bête blessée devient dangereuse, répondit Zeïna, il va nous falloir redoubler de prudence.
Odal Gahena hocha la tête.
- C’est une chose certaine, l’action du navire marchand n’était pour le moment qu’un cas isolé, mais nous risquons de rencontrer plus de soucis. Le gérant du comptoir du Comte va redoubler de prudence, les informations ne filtreront plus.
- Alors comment le prendre de vitesse ? Lança Portyd.
Le maître espion se redressa en arborant un grand sourire.
- En étant plus rapide que lui, tout simplement.
La surprise se lisait sur les visages des personnes présentes dans la cabine, ils ne savaient pas où il voulait en venir.
- Je sais que vous avez confiance en vos informateurs, mais comment arriver à récupérer des indiscrétions quand il n’y en a pas ? Fit observer la commis.
- Il y a bien plus de signes que de paroles, lança Odal Gahena, et j’ai des espions partout. J’ai pu ainsi comprendre qu’elle serait notre prochaine cible, et comme je m’y attendais, elle sera dans le nord.
L’homme prit une carte de l’archipel où ils se trouvaient pour la dérouler sur le bureau. Il pointa une île à l’extrême nord de la zone d’influence du Royaume.
- Kagare, l’île minière.
Portyd poussa une exclamation dépitée.
- Vous voulez que nous allions chercher des cailloux ?
- Se ne sont pas de vulgaires cailloux, mais du minerai de fer et surtout du cuivre.
- Nous ne seront certainement pas les seuls sur cette affaire, et pas seulement le comte, je me trompe ? Intervint Zeïna.
- En effet, nombreux sont les marchands qui font escale là bas, mais ils paient le prix fort pour le minerai. Mais j’ai découvert une nouvelle pratique du gérant du comptoir de notre concurrent qui va nous profiter. Je m’explique, l’île Kagare a une forte population pour les mines, elle ne produit pas assez de vivre pour tout le monde. La population a donc besoin d’un acheminement régulier de denrées pour les mineurs. Notre homme a introduit l’un de ses sbires au poste de gouverneur pour extorquer une exclusivité sur l’acheminement de nourriture, en échange il reçoit du minerai à un prix dérisoire.
- Comment les autorités ont-ils bien pu laisser faire des choses pareilles ? Demanda Zeïna.
Le maître espion soupira.
- Ils sont corrompus par l’argent du comte, et ils ferment les yeux. Madame de Saint Nassau a décidé de cesser ce manège, et de rendre au royaume son entière autorité.
- Qu’est ce qu’elle veut que nous fassions alors ? Fit la jeune fille.
- Un des navires du Comte attend une cargaison de nourriture dans un port un peu plus au nord. Nous allons le prendre de vitesse, la Duchesse a habilement détourné une bonne partie de ce chargement de nourriture pour l’acheminer ici, il sera embarqué au soir. J’ai déjà fait pression pour que nous recevions le reste dans l’après midi.
Il marqua une pause avant de reprendre.
- Une fois la calla pleine, nous allons voguer vers Kagare et prendre de vitesse notre concurrent qui attend toujours un chargement qui n’arrivera pas. Nous montrerons ainsi que tout le monde peut très bien apporter de la nourriture sur l’île sans passer par le Comte.
- Juste une chose, intervint Nefrita Hagus, si le gouverneur est à la solde du Comte, il n’acceptera pas le marché facilement.
- C’est bien noté, répondit le maître espion, mais dans le même temps, avec l’appui du roi, une frégate de guerre est en ce moment même entrain d’accompagner le nouveau directeur de l’île et une garnison qui ne seront plus sous l’influence du Comte. Le trafic est démantelé et notre ennemi perdra énormément d’argent sans qu’il ne puisse rien faire pour l’en empêcher.
Le maître espion se redressa fièrement pour montrer qu’il en avait terminé avec son grand discours. Zeïna s’appuyait le dos contre le dossier de son siège, elle réfléchissait à ce plan et au rôle de l’Aurore Boréale. La jeune fille n’était pas la seule à se poser des questions, le second et la commis en faisaient autant. Acoya ne semblait pas particulièrement gênée, elle observait seulement la carte attentivement.
La capitaine finit par prendre la parole après un temps de réflexion, elle leva les yeux vers Odal Gahena.
- Dans cette affaire, la duchesse de Saint Nassau a prit beaucoup de risque, elle n’a pas peur d’être démasquée ?
Le maître espion fit un signe négatif de la tête.
- Il ne faut pas vous inquiéter pour elle, Dame Esmerelde de Saint Nassau pratique cet exercice depuis de nombreuses années. Elle possède un don non négligeable pour se sortir des rumeurs qui pourraient courir sur elle, de plus des personnes l’entourent en permanence pour la protéger et assurer son anonymat.
- Il y a un point qu’il faudrait aborder également, intervint Portyd, avec tout ce que nous faisons, le Comte doit commencer à sentir sa colère décupler, celle-ci pourrait retomber sur le navire que quelque forme que se soit.
Odal Gahena fixa le second, il fit un petit rictus en coin de la bouche avant de répondre.
- Je ne voulais pas encore en parler, je préférais me taire, mais il y a des rumeurs dans les bas fonds de la coté comme quoi Angol Mehon, le gérant du comptoir du Comte Dé Varousis Aras, chercherait à recruter des gredins de toutes espèces.
- Vous savez pourquoi ? Demanda Zeïna.
- Je n’ai aucune certitude, seulement des informations qui m’arrivent au compte goutte, et encore les sources ne sont pas fiables.
- Nous devrions augmenter le nombre des gardes, proposa Portyd.
- Oui se serait une bonne chose, répondit Zeïna.
- Faire inspecter la calle également, lança Nefrita Hagus, j’ai déjà vu à Calasta un concurrent de Cryanne faire introduire ses hommes cachés dans des barriques d’eau.
La capitaine hocha de nouveau la tête.
- A chaque escale nous allons augmenter la sécurité, Acoya, toi et les trois autres elfes des mers seraient responsables de l’inspection de la coque, vous agirez de nuit pour que cela reste discret, je ne veux pas montrer notre inquiétude au grand jour.
L’elfe des mers acquiesça.
- Je peux dés maintenant faire un tour pour vérifier, proposa t’elle.
Zeïna savait que les elfes des mers répugnaient à nager dans les ports humains, l’eau y était sale et les détritus très nombreux.
- Je te remercie pour tes efforts mais pour le moment ça ira, à partir de la prochaine escale tu t’occuperas de gérer cette surveillance.
- D’accord.
Se tournant vers le maître espion, la capitaine reprit la parole.
- Nous allons suivre votre plan, il nous faudra redoubler de prudence mais je vous ai fait confiance une première fois et je vais continuer.
Odal Gahena effectua une révérence devant la jeune fille.
- Je vous en remercie Mademoiselle Dé Feryo, les chariots de vivres arriveront dans quelques heures. Pour être sûr que l’homme est de confiance, il devra vous dire qu’il vient de la part de Monsieur Nelin Dé Riviera, c’est l’un de mes prête-noms.
Zeïna retint le nom qu’il venait de dire.
- Je m’en souviendrais, mais vous ne serez pas parmi nous ?
- Non pas encore, je vais profiter de mon réseau jusqu’au départ pour récolter d’autres informations sur les agissements de nos adversaires. Je préférerais que vous évitiez de me faire accompagner, ce n’est pas dans mes habitudes de travailler avec quelqu’un, les gens pourraient se méfier de ma présence.
- Je vous laisse donc y aller seul, répondit la jeune fille, mais faite bien attention de revenir à temps pour la marée de la fin d’après midi, sinon nous perdrons une demi journée de voyage, et un peu plus de notre avance sur le navire du Comte.
- Soyez tranquille mademoiselle, je serais présent à bord.
Le maître espion salua la capitaine et les trois autres personnes présentes avant de sortir rapidement de la cabine. Acoya affichait un grand sourire en regardant la carte qui était étalée sur le bureau de sa capitaine.
- Je sais exactement où nous allons pouvoir passer pour gagner du temps.
- Je t’avais dit que j’aurais besoin de ton travail, fit Zeïna.
- Cette affaire commence à devenir dangereuse, lança le second, il va falloir nous méfier de toutes les personnes qui approcheront du bateau.
La capitaine acquiesça de la tête.
- Chaque homme à bord ne devra plus quitter le navire sans permission et surtout jamais seul.
- Je ferais passer le mot, répondit Portyd.
- Je vais aussi faire attention aux marchands, ajouta Nefrita Hagus.
- Les recommandations seront les mêmes que pour le reste de l’équipage, tu ne quittes pas l’Aurore Boréale seule.
La commis n’aimait pas être chapeautée à son âge mais elle ne chercha pas à contredire la jeune fille.
- Maintenant que chacun regagne son poste et prépare le voyage de l’Aurore, Acoya nous allons voir la route tout de suite ensemble.
Les deux officiers laissèrent la capitaine et la pilote seules dans la cabine, elles allaient préparer la route qui mènerait le navire au nord du Royaume de Mandalor.
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La feuille se froissa sous les doigts d’Angol Mehon, le rapport qu’il venait de lire le rendait fou de rage et de colère. Il déchira le document et il envoya les morceaux voler dans les airs dans toute la pièce.
- Quelle garce !
L’homme se leva de son bureau et il se mit à faire les cents pas, il était dans une fureur comme il n’avait encore jamais ressenti. Après l’affaire de l’encre borsa, il avait cru pouvoir rattraper son erreur avec les perles, mais il avait été doublé par cette gamine. Il n’arrivait pas à comprendre comment elle avait pu le prendre de vitesse sur une affaire aussi grosse.
Angol Mehon était dans une situation très désagréable, il venait de faire perdre à nouveau une fortune à son patron. Avec le précédent problème et d’autres pertes qui s’étaient accumulées, il ne savait plus comment se sortir de ce guêpier.
La prochaine grosse affaire était les mines du Nord, pour cette transaction il n’avait aucune crainte. Les arrangements et les manigances avaient fait de cette île une des possessions du Comte, il avait un droit exclusif de commerce, et personne n’oserait le contester.
Le maître du comptoir regarda le dossier posé sur un coin de son bureau, les derniers rapports de ses espions au palais et dans les zones d’ombre de la cité. Il commençait à réunir une équipe capable d’agir contre la demoiselle capitaine qui voulait jouer dans la cour des grands. Il serait prêt à lui montrer ce qu’il en coûte si elle poursuivait dans la voix de l’affrontement.
Des coups timides furent frappés à la porte de son bureau, Angol Mehon se tourna vers l’entrée avec un visage sévère.
- Entrez.
Son secrétaire pénétra dans la pièce, la mine basse cherchant à éviter le regard de son supérieur.
- J’avais dit que personne ne me dérange !
- Je suis désolé maître, fit le secrétaire, mais j’ai reçu un message de notre contact au Nord de l’île principale …
- Silence ! Crois tu qu’il faut le crier sous tous les toits ? Donne-le-moi.
L’homme donna le tube en bois scellé par un sceau avant de sortir dans une fuite salvatrice. Il avait compris que son maître était de très mauvaise humeur et il avait bien l’impression que ce document n’allait pas arranger les choses.
Angol Mehon n’avait même pas remarqué le départ de son secrétaire, il s’en moquait de toute façon. Il déchira le sceau de cire, un moyen simple de s’assurer que personne n’avait apprit la teneur de ce message. Il sortit le parchemin roulé et le déplia pour en lire le contenu, il savait que ce message venait du responsable d’un port secret à la pointe nord de l’île de Mandalor.
Ses yeux s’agrandirent de surprise, il posa le document sur son bureau, son visage était défait. Trois bateaux n’étaient pas rentrés au port avec leur cargaison, une fortune en produit de contrebande avait tout simplement disparu. Mais comment une chose pareille avait elle bien pu arriver ?
Le maître du comptoir posa ses mains sur son bureau et il s’appuya de tout son poids sur le meuble en soupirant. Il avait déjà le problème de la Dé Feryo à gérer, mais en plus voilà que le commerce de contrebande venait lui apporter son lot d’ennuis. Angol Mehon devait prendre une décision, une importante cargaison devait bientôt arriver dans le port caché, il fallait donc commencer par là en priorité.
Dés aujourd’hui, il se rendrait dans le Nord de Mandalor, le maître du comptoir devait en savoir plus. La marchandise à recevoir était bien trop importante, il s’occuperait ensuite de la demoiselle Dé Feryo. Il se releva et sortit de son bureau, il serait au port de contrebande avant demain soir.
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Le Faucon avait déployé toute la surface de ses ailes pour pouvoir rattraper sa proie, le voilier bondissait sur les vagues comme un cheval sauvage dans une grande prairie. Les marins les plus fort tenaient les cordages pour soulager les mâts, le reste de l’équipage se trouvait à l’avant afin d’alourdir la proue du navire.
La course poursuite durait depuis bientôt deux bonnes heures, dés l’apparition du corsaire, le bateau contrebandier avec fait force de voiles pour changer de direction et échapper au piège. Mais son poursuivant était tenace, il ne le lâchait pas voyant la distance entre les deux embarcations s’amoindrir peu à peu.
- Tu peux préparer l’abordage Lantis !
Le capitaine Aleron tenait fermement la barre de sa poigne puissante, il avait hurlé ses mots par-dessus les bourrasques de vent. Sa voix était largement assez forte pour être entendu, même au cœur de l’orage le plus terrible, les jurons du marin pouvaient encore être audibles.
- Rapprochez vous encore ! Répondit le maître d’arme.
- A cette allure, nous allons plutôt lui rentrer dedans si ça continue.
Le capitaine Aleron partit d’un rire tonitruant avant de hurler des nouveaux ordres à ses marins. Les hommes réagissaient à l’instant même où les mots sortaient de sa bouche, un équipage obéissant et très expérimenté.
Comme l’avait dit le maître du Faucon, les deux bateaux étaient maintenant tout proche, les efforts de l’équipage du contrebandier ne servait plus à rien. Lantis lança ses ordres, avec la vitesse il ne pourrait pas agir comme un abordage classique, seule comptait la vitesse. Le maître d’arme laissa Cryanne commencer l’assaut, elle et ses hommes devaient être particulièrement précis.
La métis se leva sur le pont et lança l’attaque d’un cri plein de joie. A l’aide de corde attachée dans les vergues, un petit groupe de marin en compagnie de la maître d’équipage s’élancèrent sur le contrebandier ennemi. Cryanne se réceptionna dans les voiles ennemis, comme prévu selon leur plan.
En quelques instants, le contrebandier perdit sa grande voile et une bonne partie des cordages du grand mât. Le brick fut immédiatement ralenti sous l’assaut, des grappins s’envolèrent du Faucon pour agripper le bordage de l’ennemi, le bateau était pris dans le piège. Lantis se lança à l’assaut en poussant des cris sauvages avec le reste de l’équipage de l’Aurore.
Les hurlements des kadjis conjugués avec l’assaut brutal eurent raison du peu de courage dont les contrebandiers pouvaient faire preuve. Pourtant fort d’une trentaine d’hommes, l’équipage ennemi se rendit sans combattre, sous le coup de la surprise. Le capitaine du brick leva les bras dés qu’une épée se dressa devant lui, il avait trop peur pour sa vie pour combattre des pirates qui venaient l’assaillir.
Lantis ordonna que tous les membres de l’équipage du contrebandier soient réunis sur le pont du navire. Le capitaine de la prise était à genou debout parmi ses hommes, il fixait les attaquants avec un regard de défi.
- Vous ne savez vraiment pas à qui vous vous attaquez en faisant cela.
- Nous en avons une vague idée, répondit le maître d’arme en souriant.
Le capitaine du contrebandier se mit à rire.
- Pauvre fou, je vous verrais pendu au bout d’une corde.
- Je me demande bien quel juge nous condamnera pour défendre un contrebandier, plaisanta Cryanne.
Le capitaine poussa un cri de défi en jetant un chapelet de juron dans leur direction. Les deux officiers le laissèrent parler sans prêter d’importance aux propos de leur ennemi, ils retrouvèrent le capitaine Aleron qui venait de monter à bord du navire.
- La prise est elle bonne ? Demanda le marin.
- Nous n’avons pas encore visité l’intérieur, répondit Lantis.
- Allons voir le registre du navire dans la cabine du capitaine, proposa Cryanne.
Ils se dirigèrent par la porte arrière pour se rendre dans la cabine, la pièce était sale avec des vêtements éparpillés et des restes de repas. L’odeur était particulièrement insupportable, il était presque incroyable de voir une telle crasse dans un seul endroit. Cryanne se boucha le nez en soupirant, faisant du vent devant son visage.
- Cet homme est vraiment détestable.
- C’est incroyable de vivre comme cela, renchérit le capitaine Aleron, je ne suis pas particulièrement regardant à la propreté, mais pas à ce point là.
Lantis regarda sur une étagère non loin du lot de la pièce, il trouva ce qu’il cherchait, le registre de la cargaison du navire. Tandis que la métis et le capitaine décrivaient avec beaucoup de détails la saleté qui était étalée sous leur yeux, le maître d’arme se plongea dans la registre. Il trouva les produits habituels de ce genre de cargaison, bijoux, vins, tabac, mais une entrée sur l’une des pages l’intrigua.
- Il y a une ligne étrange, je n’arrive pas à comprendre ce qu’elle veut dire.
Cryanne et Aleron se rapprochèrent du maître d’arme, la métis écarquilla les yeux en voyant la ligne. Elle saisit brusquement le document pour mieux le lire, elle affichait un visage remplit de colère et de stupeur.
- Tu vas bien ? Demanda Lantis.
- Des mules, dans le langage des contrebandiers, se sont des esclaves !
- Il y a des esclaves sur ce navire ? S’écrièrent les deux hommes en même temps.
- Pas beaucoup, seulement une demi douzaine, ils doivent être cachés, je vais interroger le capitaine de ce rafiot, il va entendre parler de moi !
Le capitaine Aleron l’arrêta avant qu’elle ne se précipite dehors.
- Pas besoin d’aller plus loin, je pense que j’ai compris d’où vient l’odeur de cette cabine, l’entrée de la calle où ils les ont enfermés est ici.
- Il faut la trouver et vite !
Ils se mirent tous les trois à chercher une trappe, mais très vite, guidé par la plus forte odeur de la pièce, une porte fermé par des chaînes fut découverte. Prenant son sabre, Lantis brisa le cadenas rouillé d’un coup sûr, l’odeur leur assaillit les narines presque immédiatement. Des gémissements retentirent dans la calle sombre, le maître d’arme passa la tête avec une bougie trouvée sur la table.
Le spectacle que découvrit Lantis était particulièrement abject, dans une pièce de quelques mètres carrés s’entassait six corps. A la lueur de la bougie, il découvrit des jeunes filles parfois à peine sorti de l’enfance, elles étaient sales, recroquevillées sur elles même pour se protéger. Leur peau était noire, tout comme leurs cheveux, elles ne portaient que des hardes qui les couvraient à peine.
En apparaissant, l’homme provoqua un début de panique parmi les esclaves qui se serrèrent les unes contre les autres pour se protéger. Elles lançaient des mots en un dialecte que le maître d’arme ne comprenait pas.
- Se sont des habitantes du Sud de l’Archipel des Milles iles, lança Cryanne, il faut les sortir de là pour les soigner.
- Je vais chercher du monde avec le docteur, fit le capitaine Aleron.
Il sortit précipitamment en lançant des imprécations pleines de colère. Lantis se retira de la trappe pour se tourner vers la métis près de lui.
- Tu devrais mieux leur parler, elles seront plus en confiance avec toi, tu ne crois pas ?
- Si, tu as raison.
Cryanne prit la place de son camarade, elle plongea à son tour dans la calle cachée et elle parla en une langue inconnue du maître d’arme. Les gémissements des esclaves s’apaisèrent, la métis avait réussi à trouver un moyen d’obtenir leur confiance.
Lantis regarda un peu plus le registre du navire, une enveloppe glissa alors du carnet. L’homme s’en saisit et l’ouvrit pour découvrir ce qui se trouvait sur la lettre, au fur et à mesure de sa lecture il prit connaissance d’un projet bien plus grand qu’il ne l’aurait imaginé.
Dans la pièce, le médecin était arrivé, ainsi que plusieurs marins, Cryanne donna des ordres pour sortir les esclaves. Les jeunes filles étaient malades, l’une d’entre elle était tellement faible qu’elle était proche de la mort. Gouran Dé Hydalys les changea immédiatement de navire pour les soigner plus correctement sur le Faucon.
Le maître d’arme montra au Capitaine Aleron la lettre qu’il avait trouvée.
- Regardez un peu ce document.
- Qu’est ce que tu as trouvé, montre un peu.
Le marin lut à son tire le parchemin, il poussa un juron bien sentit.
- Ce n’était qu’une avance sur la marchandise, ils ont prévu un gros envoi.
- Je ne comprends pas ses esclaves, l’île de Mandalor n’est pas connue pour pratiquer ce commerce odieux, lança Lantis.
- Les riches, quand ils ont de l’argent, ils se permettent ce qu’ils veulent, expliqua Aleron, les produits de luxes, les produits interdits, et la possession d’être humain. Honnêtement je ne préfère pas savoir ce qu’ils font de ces pauvres bougres, certains m’ont proposé d’en transporter, j’ai toujours refusé de faire une telle chose.
- Alors que pensez-vous de leur montrer ce que nous pensons de leur affaire ?
Les deux hommes échangèrent un sourire.
- Si nous allions nous renseigner auprès de ce cher et si aimable capitaine commandant ce merveilleux navire, proposa Lantis.
- Nous convions ta camarade, fit le Capitaine Aleron, je pense qu’elle meure d’envie de lui parler de son goût pour la pratique de l’esclavage.
- J’allais justement le dire, je suis persuadé que l’interrogatoire sera beaucoup plus rapide grâce à son intermédiaire.
Ils quittèrent la cabine avec le registre et la lettre, il ne manquait plus que Cryanne et leur prisonnier pour que les questions commencent.
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