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Jeudi 31 mai 2012, 12:41


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 57 - L'île minière - Trafic d'humains.

Bonjour ^^

Retrouvons l'équipage de l'Aurore Boréale, dans ses aventures au milieu de l'océan, entre commerce et combat entre bateau.
Zeïna et son navire sont partis pour une nouvelle destination, les conseils du maître espion les emmène vers le nord, une nouvelle destination, et une nouvelle aventure.
Le Faucon est tombé sur une proie qui débouche sur une réalité, l'esclavage fait aussi des ravages sur ses côtes. Mais les marins sont prêts à faire cesser ce trafic par tous les moyens.

Bonne lecture à vous ^^


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CHAPITRE 57
L'île minière - Trafic d'humains

En remontant vers le Nord, l’Aurore Boréale rencontra un temps gris et humide. Une petite pluie fine tombait depuis que le jour s’était levé qui formait un immense rideau d’eau. La visibilité était mauvaise, même Loan Nuit-Sauvage, la vigie du navire, ne pouvait voir parfaitement. L’homme oiseau n’avait pas l’air d’apprécier la pluie, il avait prit une couverture huilée pour s’en recouvrir et se réchauffer un peu.
Sur le pont, les marins de quart portaient un ciré pour éviter d’être trempé, des fantômes marron sur le bois détrempé. Zeïna était montée également à l’extérieur, elle avait prit son quart en tant qu’officier de pont, elle observait dans la lunette le paysage qu’offrait la mer. Pas une voile n’était en vue, ni devant eux ni derrière eux d’ailleurs, cette partie de l’Archipel de Mandalor ne semblait pas attirer beaucoup les marchands.
La jeune fille avait fait le point hier soir pendant une accalmie sur leur position à l’aide des étoiles. Suite à ses observations et à ses calculs, ils ne devaient plus se trouver très loin de leur objectif, l’île minière. Le chargement du navire était d’une très grande importance pour les habitants de cet endroit, avec le grand nombre de mineur, les transports de nourriture étaient primordiaux.
Acoya monta par l’échelle de tribord pour monter sur le pont supérieur. Elle ne portait pas de manteau contre la pluie, gardant sa tenue habituelle. Les elfes des mers n’étaient pas dérangés par la pluie, être mouillé était presque normal pour eux. La jeune fille aurait tout de même préféré que sa pilote se couvre un peu plus.
- Acoya, tu pourrais mettre un manteau, tu vas tomber malade.
La pilote fit juste un geste vague en l’air.
- Ce n’est que de l’eau, ça ne va pas me tuer.
- Je voudrais quand même que tu portes une veste.
- Mais pourquoi ?
Zeïna se tourna vers l’elfe des mers.
- Tes vêtements sont trempés et transparents, mets un manteau pour te couvrir !
L’elfe baissa la tête et se rendit compte que la capitaine avait raison, mais au lieu de s’en offusquer, elle haussa les épaules.
- Je ne vois pas le problème.
La capitaine leva les yeux au ciel.
- Va mettre un ciré, c’est un ordre.
Acoya fixa la jeune fille intriguée.
- Bien, si tu insistes je vais le faire, mais je ne pensais pas que tu seras gênée de me voir ainsi, à moins que tu ne me trouves pas très belle ?
Zeïna sentit le rouge lui monter aux joues, elle lui montra l’échelle derrière elle.
- Va te changer.
L’elfe des mers quitta le pont en riant, non sans faire un clin d’œil à la jeune fille. La capitaine poussa un nouveau soupire, elle trouvait qu’Acoya exagérait parfois.

Le voyage se poursuivit, morne et sans incident, l’ennui gagnait tous les esprits comme toujours lors des calmes plats de l’océan. La pluie cessa enfin, les marins quittèrent leurs vêtements cirés avec plaisir, les nuages laissèrent filtrés les rayons du soleil.
Avec le retour d’une visibilité parfaite, la vigie lança un appel en poussant de grands croassements de corbeau. Il se pencha vers le pont et cria de sa voix chevrotante.
- Panache de fumée au loin !
Une colonne noire était maintenant parfaitement visible avec la disparition du rideau de pluie. Zeïna observa le phénomène au loin, elle n’arrivait pas à déterminer s’il s’agissait d’un simple incendie ou d’un volcan qui venait de se réveiller.
- C’est Kagare, l’île minière, commenta Odal Gahena qui venait d’apparaitre sur le pont.
- Il y a un volcan sur cette île ? Demanda la jeune fille.
Le maître espion sourit.
- Pas du tout, vous n’y êtes pas, cette fumée est due au haut fourneau qui raffine certain minerai sur place.
La capitaine hocha la tête.
- Elle est visible de loin.
- Bientôt, vous sentirez aussi l’odeur que cela dégage, ajouta l’homme.
L’île était en vue maintenant, et comme l’avait prédit le maître espion, une odeur âcre de brulé emplissait l’atmosphère. La combustion du charbon dans les hauts fourneaux produisaient une fumée noire particulièrement désagréable pour tout être vivant.
- Mais comment font les mineurs pour respirer ? Lâcha Acoya en portant sa main à son nez.
- Ils n’ont pas le choix, c’est leur travail, répondit Odal Gahena.
- Et bien je préfère être marin, fit Portyd, au moins nous sommes toujours au grand air et nous n’avons pas des tonnes de rochers qui peuvent nous tomber dessus à tout instant.
L’Aurore Boréale était maintenant proche de Kagare, l’île était formée de plusieurs montagnes comme un immense rocher posé sur l’océan. Une ville avec un port était visible au pied du massif, le point d’accès pour accoster à cette grande mine à ciel ouvert. Les crêtes des montagnes étaient parcourues de constructions en bois avec de grandes roues servant à remonter le précieux minerai des entrailles de la terre.
Des trous étaient percés dans les montagnes pour amener l’air jusqu’aux plus profondes galeries. Des escaliers en bois permettaient d’y accéder avec parfois de temps en temps des emmarchements creusés dans le rocher.
Les maisons de la ville principale de Kagare étaient faites de briques et de pierre avec des toits en lauses. Solides et spacieuses, elles permettaient à plusieurs familles de vivre sous le même toit avec assez d’aisance pour tous. De grands entrepôts formaient un quartier entier de la ville pour stocker le minerai, les fonderies et les raffineries se trouvant au même endroit.
A la pointe de l’anse du port, un fortin surveillait la ville et le port, des catapultes et des balistes dirigées vers le large et vers la terre. L’importance du minerai et sa grande valeur expliquaient une telle protection, dans le port deux navires de guerre étaient clairement visibles, dissuadant les pirates de tenter une attaque.
Les transports de fer, de cuivre ou de charbon étaient toujours protégés par un vaisseau armé. Les navires marchands prenaient aussi très souvent le risque d’embarquer une cargaison provenant des mines sans attendre de protection. Ils devenaient alors des proies rêvées pour les pirates qui rodaient dans les environs, appâtés par la fortune qui sortait de la terre.

Du pont de l’Aurore, Odal Gahena montra un troisième grand navire à coté des deux vaisseaux de guerre.
- Vous voyez cette embarcation, c’est celle du nouveau gouverneur de l’île qui fait aussi office de directeur des mines.
- Nous arrivons comme il faut alors.
Le maître espion afficha un grand sourire.
- En effet mademoiselle Dé Feryo.
Le navire entra lentement dans la baie où s’était installé la ville de l’île minière, les maisons étaient noires tout comme les routes. Les transports de charbon avaient laissé au fil des années d’exploitation cette couleur qui ne changeait pas malgré les intempéries.
L’ancre fut jetée et les voiles relevées avec beaucoup de soin, l’équipage était toujours aussi efficace à la grande satisfaction de Zeïna. Elle décida de descendre elle-même à terre en compagnie du maître espion de plusieurs marins pour les escorter. Bien qu’en sachant que l’ancien gouverneur aux ordres du Comte avait surement du être relevé de ses fonction, deux protections valaient mieux qu’une.
La barque toucha le quai en bois, un marin attrapa l’amarre de la chaloupe pour l’attacher à une bite du ponton. La capitaine laissa deux marins en garde de l’embarcation, trois autres venaient avec eux, avec en particulier Kolan Hurlelune, le kadji, sa sœur étant resté à bord de l’Aurore. Un officier de l’armée vint alors à sa rencontre, il était suivi d’une demi douzaine de soldats.
- Bonjour Capitaine, salua l’homme de tête, lieutenant Mehar de l’armée de sa majesté.
- Capitaine Zeïna dé Feryo de l’Aurore Boréale, je vous amène une cargaison de vivre.
Le soldat eut l’air surprit, mais il hocha la tête rapidement.
- Le nouveau gouverneur vient juste de prendre sa charge ici même, reprit l’homme, il n’a pas encore fait la demande pour les vivres, c’est assez surprenant.
- Nous avons anticipé votre demande lieutenant, lança Odal Gahena en prenant la parole, attendiez vous quelqu’un autre à la place de ce navire ?
L’officier parut soudainement gêné.
- Et bien, je ne suis pas là pour discuter de ce genre de chose, veuillez me suivre, je vais vous présenter au gouverneur.
Les membres de l’Aurore Boréale furent encadrés par les soldats et ils se mirent tous en route en direction de la forteresse. Les quelques passants qui étaient présents les regardèrent avec un peu de curiosité, mais sans vraiment grand intérêt. Sur le chemin menant au château, ils virent des traces d’incendies, intrigué, Zeïna posa la question à l’officier.
- Pardonnez-moi Lieutenant.
- Oui mademoiselle, fit l’homme sans s’arrêter d’avancer.
- C’est étrange ces traces de feu visibles, y aurait il eu un combat ?
Le lieutenant Mehar porta un regard sévère en direction des dégradations.
- Nous avons du reprendre en main la forteresse, et quelques uns des éléments présents ne le voyaient pas de la même manière.
Il n’en dit pas plus, reprenant sa place dans le cortège, laissant la jeune fille dans songeuse. Ils arrivèrent rapidement au fort, là encore des traces de combats étaient visibles, même si celles-ci étaient entrain de disparaitre sous le nettoyage des ouvriers. Les marins furent conduits dans une première sale avec des tables et des bancs.
- Vos hommes vous accompagnant peuvent rester ici, je vais vous mener jusqu’au gouverneur.
Zeïna hocha la tête, elle fit signe aux marins venus avec elle de l’attendre, ils hochèrent la tête silencieusement. Elle suivit le lieutenant avec le maître espion, grimpant un escalier de pierre pour se rendre à l’étage. Ils prirent à droite et s’arrêtèrent devant une grande porte en bois massive avec aucune décoration.

Le lieutenant frappa quelques coups brefs sur l’huis, il ouvrit ensuite la porte pour entrer à l’intérieur, avec les deux personnes derrière lui. Le gouverneur se tourna vers les nouveaux venus, âgé d’une quarantaine d’années, il affichait un visage sévère, impeccablement rasé avec des cheveux marron coupés très court.
L’homme portait un pantalon de brais très simple, une chemise blanche avec un veston vert foncé. Sur ces épaules, une lourde cape de fourrure le couvrait, l’insigne de sa charge visible autour de son cou. Il referma le livre qu’il consultait pour accueillir l’officier et les deux invités en sa compagnie.
- Lieutenant Mehar, vous m’amenez le capitaine de ce navire ancré dans la baie ?
- Oui Monsieur Theodas.
Le soldat fit un pas rapide pour s’effacer sur le coté pour laisser son supérieur discuter avec la jeune fille. Le gouverneur observa quelques instants les deux personnes, il était surpris de voir que la marque du capitaine se trouvait autour du coup de la demoiselle.
- Capitaine Zeïna Dé Feryo de l’Aurore Boréale.
Elle inclina la tête avec respect devant son interlocuteur.
- Mint Theodas, Gouverneur de l’île Kagame, puis je savoir pour quelle raison êtes vous venu ici ?
- Je transporte une cargaison de vivre pour vos besoin, monsieur le Gouverneur.
L’homme cacha habilement sa surprise, il ne pensait pas que le navire arriverait aussi vite, il fit un signe discret au lieutenant qui se coula vers la porte de sortie. Le mouvement n’échappa pas à Odal Gahena, il sentait que quelque chose se tramait, il ne pouvait pas prévenir la jeune fille et resta sur ses gardes.
- Vous avez été particulièrement rapide, selon les registres de mon prédécesseur vous ne deviez arriver que dans une semaine.
Il regarda la capitaine avec intérêt.
- J’ai oublié de vous dire, je viens juste de remplacer l’ancien gouverneur, un homme peu agréable qui avait la fâcheuse tendance d’accepter certains arrangements moyennant finance. Il a fait beaucoup de tort aux mines et surtout au commerce du Royaume.
- J’avais remarqué les traces de combats qui ont eu lieu sur le chemin et dans la cour du fort, fit Zeïna.
- Cet homme a cru que cette île était la sienne, je lui ai rappelé qu’il devait allégeance au roi d’Onérine.
Il se tourna brusquement vers la jeune fille, elle se figea sur place en se redressant de toute sa taille. Elle trouvait l’homme de plus en plus agressif, et elle n’appréciait pas vraiment cette attitude. La capitaine reprit la parole en restant méfiante.
- Je voudrais parler de mon chargement et de son échange …
- Oui, oui plus tard, mais avant tout je voudrais savoir d’où venez vous.
- Du port d’Onerine, la capitale.
Le gouverneur fit un hochement de tête entendu avec un sourire en coin.
- J’imagine que vous êtes sous un mandat appartenant à un comptoir important, signé de la main d’Angol Mehon.
- Pardon, je suis indépendante, je suis basée à Calasta, je suis Capitaine Marchand et propriétaire de mon navire et de mon comptoir.
La jeune fille avait répondu dans un souffle, élevant la voix sous le coup de l’émotion. Odal Gahena avait compris également où voulait en venir le gouverneur de Kagame, il devait aussi ajouter son poids dans la conversation.
- Je suis un agent commercial d’Onerine, je peux vous certifier que cette jeune fille est bien l’un des Capitaine Marchand que compte la cité de Calasta, elle n’a absolument rien à voir avec le personnage dont vous parlez.

L’homme était apparemment totalement surpris, il ouvrait de grands yeux en allant de l’un à l’autre des invités présents. Il avait pensé un tout autre scénario au vu des documents qu’il avait retrouvé dans ce bureau, il s’était mépris sur l’identité de la capitaine.
- Vous n’êtes donc pas au service du gérant du comptoir appartenant au Comte Dé Varousis Aras.
- Bien sûr que non, je suis un marchand indépendant.
Le gouverneur changea d’attitude à l’instant.
- Veuillez me pardonner la rudesse de mes propos, mais la personne que j’ai remplacée était corrompue depuis des années, les soupçons se portent vers Angol Mehon, mais les preuves sont trop minces pour permettre son arrestation. J’avais seulement une date d’arrivée d’un navire et son signalement, j’ai appris qu’il était sous la licence du comptoir incriminé.
- Je comprends tout à fait vos soupçons, je ne suis en rien offensé par vos questions, répondit Zeïna avec beaucoup de tact, vous ne faites que votre travail avec zèles et efficacité.
Mint Theodas se redressa fièrement, il était un fonctionnaire fidèle et dévoué à la couronne de l’archipel de Mandalor. Il avait d’ailleurs été choisi pour cette mission justement parce qu’il était incorruptible.
- Je dois régler une petite chose avant de continuer, reprit l’homme.
Il marcha jusqu’à la porte, il l’ouvrit dévoilant le lieutenant qui les avait emmené jusqu’ici avec une dizaine de soldats avec lui. La jeune fille et le maître espion n’avaient pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre pour quelle raison ils se trouvaient là.
Une fois ses soldats congédiés, le gouverneur revint vers ses invités, il devait réparer ses premières erreurs pour éviter toute mauvaise interprétation.
- Je suis désolé de mon attitude, prenez place s’il vous plait.
Il désigna deux sièges devant son bureau.
- Mon prédécesseur a préservé l’une des rares choses que je tenais à garder, ces fauteuils très confortables.
Il poussa un soupir de lassitude.
- Je n’ai jamais reculé devant le travail, mais je dois dire que tout est à faire dans cette ville qui avait sombré dans un état que je n’imaginais même pas.
- J’ai entendu quelques rumeurs, répondit Odal Gahena sans entrer dans les détails.
- Le malheur des mines était si grand pour qu’il soit aussi facilement connu, enfin je suis là pour redresser la barre de cette île et je compte bien y parvenir. Votre venue Capitaine pourrait marquer ce renouveau, vous m’avez donc parlé d’une cargaison de vivre pour les mineurs.
Zeïna hocha la tête, le visage apaisé après ces instants de tension.
- J’ai en effet une cargaison pour vos besoins, fit la jeune fille, et je viens vous voir pour négocier son paiement ou son échange.
Le gouverneur ouvrit un tiroir du bureau pour en retirer une livre.
- J’ai vu les anciens arrangements qui régnaient sur ces échanges, je n’ai que des chiffres et aucun nom malheureusement. J’ai vu dans ces comptes de véritables pillages de nos ressources, et j’espère que cela ne se reproduira pas.
- Evidemment je comprends bien, reprit Zeïna, je tiens à ce que notre échange se fasse dans les règles commerciales en vigueur dans ce royaume.
- Nous sommes bien d’accords, auriez vous une brève description de ce qui se trouve dans les calles de l’Aurore Boréale.
Mint Theodas saisit le parchemin que la jeune fille lui tendait. Il parcourut rapidement le document, pour bien intégrer tous les articles qui se trouvaient dans le navire. La marchandise était exactement ce dont il avait besoin, certaines des denrées étaient même presque épuisées dans plusieurs stocks de la cité.
- Je ne sais pas d’où vous tenez vos renseignements, mais vous avez visé juste sur la nature des produits. L’ensemble de votre cargaison m’intéresse fortement, et je vais surement en prendre l’intégralité.
- Alors j’imagine que nous allons pouvoir trouver un moyen de nous entendre, vous ne pensez pas ?
Le gouverneur leva les yeux de sa lecture pour faire face au sourire de la capitaine et au visage détendu du maître espion. L’homme finit par sourire à son tour en reposant le parchemin sur son bureau.
- Nous allons pouvoir trouver un terrain d’entente, je vous dois au moins cela.
Le commerce avec l’île minière s’annonçait sous de très bon auspice, les calles du navire se rempliraient rapidement du minerai issu des entrailles de la terre.


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Le Faucon avait quitté sa zone de chasse habituelle, toutes voiles dehors, le vaisseau faisait route vers une route commerciale fréquenté par des navires plus imposants. La vigie n’était pas seule à guetter l’horizon, des marins avaient été placés dans les quatre directions des points cardinaux. Il ne fallait pas qu’un seul navire puisse s’échapper aux filets tendus par le corsaire dans une quête bien précise.
Après avoir décrypté toutes les informations continues dans la lettre et le livre de bord de la dernière capture du Faucon, le capitaine Aleron avait défini le point d’interception de ce vaisseau inconnu. Ils ne savaient pas grand-chose sur le bateau qu’ils poursuivaient, seulement qu’il s’agissait d’une frégate qui se nommait « L’Augolus ».
La proie devait être deux à trois fois plus grosse que le voilier qui était le chasseur, les corsaires devaient s’attendre à trouver un équipage nombreux. Mais ils allaient surement rencontrer une forte opposition, avec des gardes armés pour défendre le précieux chargement. La stratégie et la ruse devaient primer sur l’assaut frontal et brutal habituel.
Le soleil allait bientôt se coucher, une nouvelle journée de recherche qui s’était soldée par un échec. Les marins quittaient leur poste pour se reposer pour la nuit, les recherches reprendraient avec la lumière du jour.
- Déjà quatre jours sur nous sommes là sans rien rencontrer, fit Cryanne amère.
- Tu es d’habitude beaucoup plus patiente que cela, remarqua Lantis, tu n’es pas du genre à t’énerver aussi rapidement.
La métis devint songeuse.
- L’esclavage me touche plus que tu ne crois.
Le maître d’arme fit un signe de la tête.
- Tu en étais une.
La femme hocha la tête.
- J’ai été vendue à un bordel quand j’ai eu huit ans, je ne sais pas qui sont mes parents. La maîtresse de la maison close m’a rendu m’a liberté en échange de quelques années de travail. J’ai essayé de sortir les gens de cette effroyable destin à chaque fois que j’ai pu, Hina par exemple était une esclave, elle n’était qu’une toute jeune enfant quand je l’ai racheté et libéré.
- Akena aussi j’imagine.
- Tout juste, il était gladiateur, traité comme une bête envoyée à la mort. Je ne supporte pas l’esclavage, et je suis prêt à tout pour faire cesser ce trafic.
- Je suis d’accord avec toi, répondit Lantis, mais pour le moment nous allons devoir attendre un peu avant de nous venger de ces marchands de chair.
- Ils ne perdent rien pour attendre.

Le calme se fit sur le Faucon alors que la nuit tombait sur l’océan. La mer était calme et une petite brise poussait le voilier à une allure régulière. Une partie de la voilure avait été abaissée, le navire devait rester dans cette zone en attente de leur proie.
Lantis fut réveiller par l’un des marins qui l’avaient accompagné, le visage de l’homme était marqué par l’excitation
- Mr Alaster, la vigie a repéré un bateau par bâbord.
- L’Augulus ?
- D’après Archord qui a la meilleure vue de nuit, il semble bien.
Le maître d’arme se leva précipitamment pour rejoindre le capitaine Aleron et Cryanne. Le reste de l’équipage était levé également, ils espéraient que ce navire soit celui qu’ils recherchaient depuis plusieurs jours déjà.
- C’est lui ?
- J’en ai bien l’impression, répondit Aleron avec sa longue vue, d’après les kadjis qui m’ont décrit sa forme, je pense que c’est l’Augulus.
- Nous sommes encore loin de lui, remarqua Cryanne.
- Une chance, reprit le capitaine, j’ai masqué toutes les lumières pour qu’il ne nous repère pas, grâce à cette nuit sans lune, nous allons pouvoir l’approcher silencieusement sans que celui-ci nous aperçoive.
Lantis se mit à réfléchir.
- Je trouve ce plan trop dangereux, nous devons trop compter sur la chance et je n’aime pas les combats hasardeux.
- Tu as quelque chose à proposer de mieux peut être ? Demanda le capitaine Aleron.
- Justement oui, nous allons utiliser les atouts de notre équipage.
Les deux officiers l’écoutèrent attentivement.
- Nous avons deux elfes des mers avec nous, Miloa et Thi’Ker, ils ont la capacité de nager rapidement jusqu’au navire sans ce faire voir et grimper à bord très facilement.
- Et une fois là-bas que feront-ils à deux face à tout un équipage ? S’esclaffa le capitaine.
- Ils n’auront pas à se battre, juste faire diversion, allumer un feu, couper des cordages, tout ce qu’ils peuvent faire pour que leur attention soit détournée.
- Et nous pourrons approcher le navire et les attaquer par surprise, enchaîna Cryanne.
Le capitaine Aleron finit par acquiescer.
- Je n’avais pas pensé à cela, mais l’idée est bonne, je la prends.
Pendant que l’ensemble de l’équipage du Faucon se préparer au combat, les deux officiers de l’Aurore s’entendaient avec les deux elfes pour leur mission. Haziel Miloa était un guerrier autant qu’un marin, il avait déjà fait de telles attaques, Maye Thi’Ker, plus jeune, avait pour lui l’enthousiasme et une grande dextérité à l’épée. Les elfes s’étaient vêtus de tenue légère pour ne pas être gêné dans l’eau, une lame fine sur leur flanc.
- Ne prenez pas de risque inconsidéré, expliqua Lantis, vous devez détourner leur attention, pas vous battre.
- Ne vous en faite pas Mr Alaster, nous avons très bien compris, répondit Haziel Miloa, je sais déjà ce que nous allons leur faire, les incendies sont parfait pour ce genre d’action.
Lantis et Cryanne hochèrent la tête.
- Allumez les mèches et restez dans l’eau, vous remonterez à bord du Faucon avant l’assaut, compléta le maître d’arme.
Les elfes des mers se tournèrent vers l’océan, ils prirent une profonde inspiration et plongèrent sans attendre dans les eaux noires. En quelques instants il ne resta plus une trace de leur présence, même pas un chapelet de bulles.

Les corsaires étaient presque prêts, ils n’attendaient plus que le signal pour s’approcher de leur proie. La mer calme et le courant léger réduisaient lentement la distance entre les deux bateaux, l’effet de surprise allait être perdu si les elfes ne parvenaient pas au bout de leur mission. Sur le pont du Faucon, un silence pesant régnait dans les rangs, Lantis avait les yeux braqués sur le navire esclavagiste.
Enfin après ce qui sembla une éternité, une lumière orange très vive apparut sur la proue adverse. Aussitôt des silhouettes se précipitèrent sur le foyer tandis que les flammes commençaient à prendre de l’ampleur. Les sentinelles disparurent de leur poste pour tenter d’éviter la catastrophe.
Le Faucon n’aurait pas d’autre chance, les voiles furent lancées et le voilier s’approcha de sa proie. Il prenait la direction de la poupe, à l’opposée de l’incendie qui couvrait leur apparition. Le bateau ne fut plus qu’à une centaine de mètre quand les elfes réapparurent à la surface pour monter à bord. Ils avaient particulièrement bien travaillé, le feu crépitait d’abondance ponctué par les cris et les appels pour étouffer les flammes.
Les équipes d’abordage se lancèrent à l’assaut, les grappins se posèrent sur le bordage avec un cliquetis métallique. Lantis en tête, armé d’une épée, il donna les premiers ordres, prenant la tête des opérations. Il bondit sur l’équipage ennemi totalement prit au dépourvu, ils se demandaient d’où sortaient ces hommes armés.
Le capitaine du navire adverse poussa un cri d’alarme pour appeler de l’aide, mais il était trop tard pour défendre le navire. Le maître d’arme lui donna un coup de la garde de son épée à l’arrière de la tête pour le faire taire. Le chaos le plus totale s’en suivit, la plus part des marins pris au piège sur le pont se rendirent sans attendre. Quelques hommes en armes surgirent de l’accès à la calle, mais les marins de l’Aurore eurent tôt fait de les mettre hors d’état de nuire.
L’incendie avait été maitrisé, et l’équipage de l’Augulus fait prisonnier dans sa totalité. Tous les marins du Faucon avaient participé à l’assaut, deux seulement étaient restés à bord pour garder le voilier. Ils se rendirent alors seulement compte de ce qu’ils avaient affronté, fort d’une trentaine de personnes ils avaient vaincu un équipage qui en comptait le double. Parmi les prisonniers, des mercenaires étaient visibles, les seuls hommes qui avaient cherché à se défendre avec plus de vigueur.
Laissant les prisonniers sous la garde de leurs hommes, le capitaine Aleron et les deux autres officiers de l’Aurore se rendirent dans la calle. L’odeur était insoutenable, typique de ce genre de navire qui transportait des esclaves. A l’aide d’une clé récupérée sur le capitaine de l’Augulus, ils déverrouillèrent une lourde porte bardée de fer.
Un concert de voix apeurée accueillit la lumière vive dans ce monde d’obscurité. Le capitaine Aleron poussa une exclamation de surprise et de dégoût mêlée, Lantis serra les dents pour ne pas vomir face au spectacle qu’il avait sous les yeux. Cryanne était restée figée sur place, incapable de pouvoir faire un geste.
Dans le fond de la calle, des hommes, des femmes et des enfants étaient entassés les uns sur les autres. L’odeur qui se dégageait était insupportable, un mélange d’excrément, de vomie et de sang. Ils étaient sales, apeurés, certains n’avaient même pas la force de se lever pour savoir qui venait d’entrer.
Cryanne finit par réagir en poussant un grondement sourd.
- Je vais tuer cet immonde capitaine et ces tortionnaires !
Lantis l’arrêta avant qu’elle ne fasse une bêtise.
- J’en ai autant envi que toi, mais nous devons d’abord nous occuper d’eux.
La femme hocha la tête, elle ferait en sorte que les esclavagistes se souviennent de son nom et de ce qu’elle pensait d’eux.
- Il faut les sortir de là, les laver, leur donner à manger et des couvertures, lança le capitaine Aleron, je suis persuadé que les marins de ce rafiot ont tout ce qu’il faut pour les besoins de ses pauvres bougres.
Cryanne entra dans la calle sans montrer son dégout, elle faisait abstraction complète de l’odeur pour aider les esclaves libérées. Elle n’avait pour le moment que cela en tête, les libérer de ces chaînes.
Lantis et le capitaine Aleron la regardaient faire en silence pour ne pas la perturber, le maître d’arme se tourna vers son camarade à ses côtés.
- Je me pose une question, à quoi serve ses hommes et ses femmes ?
- J’ai entendu dire que certains nobles qui possèdent de grandes propriétés s’adonnent à des chasses particulières.
Le maître d’arme écarquilla les yeux.
- Vous voulez dire la chasse à l’homme.
Le capitaine ne répondit pas, mais il ne chercha pas à le contredire, Lantis regarda les esclaves qui écoutaient Cryanne. Il comprit qu’ils venaient de les sauver d’un sort terrible, jamais il n’aurait cru que cela soit possible.
- Comment des hommes peuvent ils faire ça à leur semblable ?
- Je me le demande, répondit Aleron, mais je peux t’assurer que ce que nous faisons là va avoir de sacré répercussion chez ces nobles et leurs fournisseurs.
- J’espère bien également.
Les deux marins se mirent au travail pour aider les anciens esclaves à retrouver le ciel sur le pont et la liberté.


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Dans une grande villa de Calasta, l’orage régnait à l’intérieur comme à l’extérieur. La pluie tambourinait sur les fenêtres du bureau du Comte Dé Varousis Aras, l’homme était assis à son bureau. Il lisait un paquet de documents que son dernier voilier rapide venait de lui apporter en provenance d’Onerine.
Ces rapports n’étaient vraiment pas de très bonnes nouvelles, les chiffres étaient particulièrement éloquents. A chacun des poste important, il voyait ses bénéfices s’effondrer, et même de manière dramatique sur certains produits.
- Je sais bien que la dé Feryo est dans la zone, mais je ne pense pas qu’elle agit seule pour obtenir de telles résultats.
Il sonna un domestique qui arriva quelques instants plus tard.
- Que mon fils vienne me rejoindre.
Jasper Dé Varousis Aras entra dans le bureau de son père, il le salua de la tête en s’asseyant en face de lui.
- Alors, qu’est ce qui se passe pour que ma présence soit nécessaire ?
- Onerine nous pose quelques problèmes, les rapports des affaires ne sont vraiment pas bon, et même du coté de la contrebande. Il semble que plusieurs de nos navires ont subi une attaque de concurrents, et que la marchandise soit totalement perdue.
Le fils leva un sourcil interrogatif.
- La fille capitaine en serait à l’origine ?
- Peut être, si c’est le cas elle ne travaille pas seule, mais de toute manière si la situation continue dans cette direction, nous n’allons pas pouvoir mettre en place notre grand projet.
Le jeune homme ne dit rien, il trouvait que son père avait des idées de grandeurs démesurées par rapport à la réalité. Il ne croyait pas en cette affaire, mais il se gardait bien de le dire à son père, il n’avait pas le poids ne la prestance. Il préféra répondre d’une manière plus logique en allant dans son sens.
- Alors qu’allons nous faire ?
- Il faut surveiller le travail ne notre homme là bas, Angol Mehon, et voir ce qui se passe réellement. Je ne peux pas me déplacer là bas, j’ai un important rendez vous comme tu le sais, c’est toi qui ira là bas.
Jasper Dé Varousis Aras se releva sur son siège, très intéressé.
- Vous m’envoyez en mission alors ?
- Oui, tu vas remettre de l’ordre dans cette histoire, tu pars sur un voilier rapide pour Onerine, pas de garde du corps, tu dois être le plus discret possible.
- Est-ce que je dois agir en conséquence en cas d’attaque avéré contre nous ?
Le Comte savait très bien ce que voulait son fils, Zeïna Dé Feryo était pour lui une ennemie à abattre. Il décida de le laisser un peu s’amuser, mais il devait rester raisonnable.
- Tu peux agir pour le bien de nos intérêts, mais fait attention de ne pas dépasser les limites de la légalité en présence de témoin.
- Je ferais très attention, père.
- Va te préparer, tu pars dés ce soir.
Le jeune homme quitta son siège pour faire ses bagages. Le Comte Elorn Dé Varousis n’allait pas rester sans rien faire non plus, la personne qu’il devait rencontrer allait également l’aider à remettre de l’ordre à Onerine. Mais il s’en servirait en dernier recours, il ne fallait pas gâcher les alliés surtout quand ils étaient aussi puissant que celui là.

 
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