Le couple s’installa sur la banquette. En face d’eux se tenait un homme un peu plus âgé que David, assez grand, blond, il portait une chemise rouge et un jean bleu. David le fixa longuement : il était sûr de le connaître mais l’homme n’y prêtait pas attention et admirait le paysage jusqu’au moment où il se retourna pour sortir quelque chose de sa valise, révélant son visage. En voyant le banquier, il réagit tout de suite : il se leva et déclara :
« Attendez, j’ai l’impression de vous connaître. Vous êtes celui qui a scellé l’espèce de démon dans l’étoile, au nouvel an ?
- Euh, oui…répondit David.
- Ils ont dit votre nom à la télévision et j’ai réagit tout de suite mais, maintenant, j’ai oublié…faut dire que j’ai une mauvaise mémoire des prénoms.
- Ben, moi c’est David, David Parisot…et vous ? »
L’homme sursauta :
« Je le savais ! Tu ne me reconnais pas ? Je suis Edward, Edward Sylver ! »
En effet, cet homme était un ami d’enfance de David. Il l’a connu en fin de troisième et a totalement perdu sa trace, voilà trois ans. Pendant ces quelques années, Edward voyagea un peu partout dans le monde en tant qu’archéologue. Il lui expliqua la raison pour laquelle il revenait en Alsace. Il lui montra une photo d’une sorte de temple aztèque
« Mes collègues me l’ont envoyé la semaine dernière ; et tu veux savoir où elle se trouve ? demanda Edward
- Ben, oui…pourquoi pas…répondit David
- Dans la forêt près de là ou tu habitais ! Celle où je t’avais dit qu’il y avait eu de nombreux morts. J’ai demandé à ceux qui m’ont envoyé la photo de me prévenir s’il y a du nouveau. »
C’était une immense forêt coupée de la ville centrale. Etant plus jeune, David y allait souvent avec d’autres personnes de son quartier pour comprendre certains événements paranormaux qui s’y passaient tels que des apparitions fantomatiques, des yeux rouges fixant les passants… Certains racontaient même que quelqu’un a littéralement disparu dedans. Peu y ont cru ; pour la plupart, les réponses habituelles sont : « c’est impossible », « foutaise ! »... Depuis ce moment, cette forêt était de moins en moins fréquentée jusqu'à être abandonnée et oubliée par les habitants du coin. Le fait qu’elle contienne un temple de ce genre expliquerait certaines choses mais, en même temps, si c’était le cas quelqu’un l’aurait remarqué. Edward lui expliqua :
« Ce temple est au fond de la forêt, là où personne ne pose les pieds. Les gens qui ont disparu sont justement ceux qui se sont aventurés trop près et j’ai peur que c’est pour ça que je ne reçois plus de nouvelles de mes collègues. C’est pour ça que je reviens ici même si…je vais peut-être rencontrer des gens que je n’ai pas envie de voir. Tu es un peu dans le même cas ? »
David haussa les épaules et, en regardant le paysage défiler, il déclara :
« Je suis plutôt curieux : j’aimerais bien savoir ce que sont devenus Tristan, Ménard et James…
- Tu te souviens encore d’eux ? répondit Edward en riant. Ils étaient tellement traumatisants pour toi ? C’était pourtant de simples frimeurs qui se servaient de toi comme bouc émissaire. J’étais sûr que tu les avais effacés de ta mémoire.
- Si, mais je veux seulement savoir ce que ça leur fera de voir « l’intello » qui a réussi sa vie. Et eux, toujours à critiquer l’éducation et à se prendre pour des racailles : j’aimerais bien savoir où ils se sont retrouvés…même si je ne suis vraiment pas sûr qu’ils soient encore dans la région. »
Pendant que les deux hommes discutaient, le temps s’écoulait, l’Alsace se rapprochait et les souvenirs ressurgissaient. Entre-temps, Clémence venait de trouver, entre les sièges, une coupure de presse qu’elle se mit à lire. Elle semblait absorbée par l’article qu’elle avait entre les mains. Soudain, elle se retourna vers David et lui demanda :
« Avant, tu avais parlé d’un certain Ménard ? Quel était son nom de famille ?
- Euh...je crois que c’était Neuralvec ou quelque chose du genre…Neurval…Narveul…Je sais juste que c’était un nom assez barbare. répondit David.
- Ce n’était pas Neurvalec ?
- Si ! C’est vrai, c’est Neurvalec ! Mais pourquoi tu veux savoir ça ? »
Clémence replongea dans sa lecture et lui lut à voix haute :
« Retour sur l’affaire qui a fait trembler la France, il y a environ six mois : le criminel Ménard Neurvalec a été écroué à la maison d’arrêt de Mulhouse dans laquelle il va passer un semaine avant d’être transféré dans la prison de Neuilly pour une peine à perpétuité. Nous vous rappelons les faits : il y a deux ans, une petite fille de 8 ans est portée disparue en Alsace, après quelques mois de recherche, des morceaux de corps ont été retrouvés dans l’appartement de cet homme : Ménard Neurvalec. Après une analyse ADN, il s’est avéré qu’il s’agissait des restes de la petite fille disparue. Après une garde à vue de 48 heures, Ménard avoua que c’était pour se calmer de la réussite d’une personne qu’il connaissait, à l’époque. Nous ne savons pas encore de qui il parlait ni si c’était une simple divagation pour se justifier mais les recherches se poursuivent. »
Il y eu un long silence, Edward se tourna vers David et il lui dit :
« Bon…lui, au moins on est sûr de ne pas tomber dessus. »
Le banquier ne comprenait pas comment une personne qu’il a connu, plus jeune, a put devenir un meurtrier. A l’inverse Edward et Clémence trouvaient cela presque normal au vu de ce qu’ils lui ont fait subir, quand il avait 9 ou 10 ans…
Le train ralentissait, la gare n’était plus qu’a une centaine de mètres : les vacances allaient commencer…
///- Alors, tu viens ? Ne me dis pas que tu as peur de la forêt la nuit ?
- Il a peur de la forêt ! C’est mignon. Il y a juste des sangliers…et des esprits.
- Elle ne me fait pas peur, cette forêt, Ménard, et je n’y ai jamais vu d’esprits.
- Franchement, David, tu es le seul qui n’en a jamais vu, tu les sens, tu sais qu’il y en a mais tu n’y crois pas. David, tu as quatorze ans, comme moi et je n’ai pas peur, tu devrais te poser des questions…Même Tristan, là, il a onze ans et n’a pas peur
- A…arrêtez de rire…je…je vais venir…on est trois, il ne devrait pas y avoir de problèmes…
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