II
Le train entra en gare. David, Clémence et Edward sortirent du wagon en s’incrustant dans la foule. Soudain, un flash éblouit David, un deuxième, puis un autre et, pour finir, la foule se dispersa et un troupeau de journalistes accourut vers le trio. Certains portaient des caméras plus grandes que leurs têtes, d’autres se contentaient d’un micro qu’ils tenaient fermement et assaillirent David de questions :
« Pourquoi êtes-vous venu dans cette région ? demandaient certains
- Je…commença David.
- Attendez, répliqua un autre journaliste enragé, pourquoi cette région vous teint-elle tellement à cœur ?
- Qui est cet homme et cette femme qui vous accompagne ?
- Ce sont…
- Vous êtes un ange alors pourquoi n’utilisez-vous pas vos ailes pour voyager ?
- Quel effet cela vous fait d’être devenu l’une des personnes les plus connues en France ? »
David ne pouvait pas dire deux mots sans qu’il soit attaqué par un autre journaliste. Soudain, un klaxon retentit ; tous se tournèrent dans sa direction : c’était un chauffeur de bus dans son véhicule de service. Il fonça vers l’attroupement ; les journalistes s’écartèrent et le bus s’arrêta près de David. Il porte s’ouvrit :
« Montez vite ! cria le chauffeur. Il vaudrait mieux que vous soyez en vie pour votre retour en Alsace. »
David, Clémence et Edward montèrent dans le véhicule dont la porte se referma au nez des journalistes. Le bus démarra en trombe…
« Je te dépose dans la Vallée ? demanda le chauffeur
- Oui…repondit David. Vous êtes du coin ?
- Je suis le directeur de cette compagnie du bus. déclara l’homme. Tu ne te souviens pas de moi ? Pourtant, je t’ai emmené au lycée pendant trois ans.
- Bien sur ! Je me souviens de vous…vous avez beaucoup changé en trois ans.
- Ca faisait longtemps que je ne t’avais pas vu. Si tu savais le bruit qu’a fait la nouvelle disant que tu revenais. On m’a chargé de t’escorter jusque dans la Vallée. Tu te doutes que beaucoup de gens veulent te revoir.
- Je me doute aussi que beaucoup ne veulent pas me revoir. dit l’ange d’une voix calme. »
Il y eut un long silence, le chauffeur soupira, Edward fit de même. Finalement, l’homme se racla la gorge et avoua :
« Quand je parle de t’escorter, c’est à prendre au sens propre. Si je te parle d’un Tristan, d’un James et d’un Ménard, ca te dit quelque chose ? Ils te détestaient à l’époque…maintenant ils te haïssent. Quand ils ont appris que tu revenais, ils ont juré de se venger de l’époque. Je n’ai pas vraiment compris de quoi ils parlaient par cette époque, je pense que toi tu as compris. Si je suis venu te chercher dans ce bus, c’est pour passer incognito : s’ils l’apprennent, nous n’avons aucune idée de quoi ils sont capables.
- Moi si. Je me souviens de ces trois gars : ils faisaient toujours tout pour être contre moi ; c’est à cause d’eux que j’ai toujours été seul…Seulement, il y a un bon côté : le plus dangereux des trois est Ménard et on vient d’apprendre qu’il est en prison pour meurtre. Sans lui, les deux autres sont un danger aussi grand qu’un moustique : peut-être James pourrait agir seul mais, quand je l’ai connu, Tristan était trop collé à Ménard pour être autonome : il se rangeait toujours de son côté et essayait de lui ressembler, de faire comme lui…Je pense que ce n’est pas la peine de trop s’inquiéter.
« Ah ! C’est comme toi ! s’écria Edward. J’ai toujours été ton modèle mais contrairement à Ménard : j’ai la classe ! Tu vois : tu suis mon exemple et regarde ce que tu es devenu…un ange ! Tu sais combien les anges sont magnifiques pour moi !
- Tu rêves, là. Déjà, j’en ai toujours été un sans le savoir. répondit David avec un sourire narquois.
- Ah…j’ai eu comme ami un ange ! Moi qui les idolâtre. Mais bon, toi t’es décevant comme ange, tu ne m’arrives pas à la cheville ! Ca veut dire que je suis plus fort que les anges ? répliqua Edward avec le même sourire. »
Les deux hommes se regardent avec un air de défi : leurs habitudes étaient déjà remontées à la surface : Edward connaissait les points faibles de David et savait comment l’énerver et comment lui remonter le moral. Ils passaient leur temps à se chercher et à vouloir se battre mais Edward, qui adorait faire semblant de se surestimer tout en rentant un adversaire en taille, avait toujours un net avantage mais David essayait encore, parfois jusqu'à ne plus pouvoir marcher. Leur amitié était très grande et ces retrouvailles ont fait ressortir leur ancien caractère. Soudain, le chauffeur intervînt :
« Excusez-moi de casser votre bonne humeur mais je voulais juste vous dire que…Ménard NEURVALEC…il s’est échappé de prison il y a peu. »
Les trois se retournèrent en direction de l’homme. Clémence répliqua :
« Mais, ce matin, j’ai trouvé un article de journal disant qu’il venait d’être incarcéré. Comment a-t-il fait pour sortir aussi vite ?
- Ah, ma p’tite dame, votre article devait un peu dater : Ménard a été emprisonné il y a deux semaines mais un matin, sa cellule était vide ! répondit le chauffeur. Les médias en on parlé pendant une bonne semaine. Ah, combien de fois a-t-on vu cette cellule 31.12 vide ? »
31.12 : En entendant ce chiffre, David sursauta, son cœur se mit à battre à la chamade, il transpira. Clémence le prit dans ses bras et essaya de le calmer...en vain. Ce chiffre le suivait encore, pourquoi ? Cette date du trente-et-un décembre l’avait tellement marqué ? Edward regarda la scène avec calme, se leva, s’approcha de l’ange, tendit son bras vers lui, la paume de la main sur son front. Soudain, le bras d’Edward se mit à dégager une sorte de vapeur qui suivi un certain chemin : le bras, la main puis enveloppa David qui se calma presque instantanément. Il releva la tête, regarda Edward et dit :
« C’est donc ça ? Cette énergie spirituelle dont tu m’avais parlé ? Tu as enfin réussi à la contrôler ? »
Il fit un signe de tête et, sans dire un mot, retourna s’asseoir. Clémence le regarda, les yeux écarquillés, puis se tourna vers David : il était debout, comme si il ne lui était rien arrivé, il était en forme. Cette énergie à toujours été la particularité d’Edward, quand il apprit qu’il pouvait la contrôler, il s’entrainât dès qu’un moment se présentait. Il demandait souvent à David de venir pour qu’il sache se défendre mais c’était très difficile car ce dernier n’osait jamais se battre. Cette énergie était une sorte d’énergie universelle car il pouvait s’en servir pour n’importe quoi : du simple réchauffement corporel à une véritable attaque. A l’époque où ils étaient encore dans leurs études, Edward tentait encore de maitriser cette énergie et aujourd’hui, il avait réussi !
Clémence ne comprenant pas le miracle interrogea le guérisseur : il lui expliqua l’histoire de cette énergie, comment il apprit à s’en servir et à quoi elle sert. Le temps passa, ils entrèrent dans la Vallée. David et Edward étaient collés aux vitres, comme des enfants émerveillés par un paysage verdoyant et l’omniprésence de la nature. Le chauffeur demanda où il devait les déposer :
« Le mieux, c’est d’aller directement à la forêt. C’est plus simple, je pense que si Tristan, James et, il faut quand même imaginer le pire : Ménard, voient un bus se diriger vers la forêt, ils ne se poseront pas de questions. répondit Edward.
- Ca marche ! On y a va. déclara le chauffeur »
Le bus prit la direction de la forêt : cette forêt qui émerveillait et inquiétait David, à l’époque…
- Il fait plutôt sombre, ce soir…
- Comme d’habitude, trouillard !
- Tristan, zut !
- Mais vous allez vous taire ! Je crois que j’ai entendu un bruit ! Ca venait de là. Tristan, vas voir !
- Pourquoi moi ? David a peur, ce serait marrant de l’envoyer. Il va peut-être trouver cette plante légendaire et se faire manger…ce serait dommage…
- Tristan, j’ai dis : vas y ! Tout de suite !
- Bon…d’accord…mais si c’est dangereux, je reviens directement.
- Trouillard !
- Toi, David, ne frime pas, t’as peur du noir de la forêt. C’est un comble pour toi d’avoir peur d’une forêt.
|