_ Oooh Raphaël ! ! Tu me saoûles ! ! J'en ai marre de t'entendre râler et marmonner tout le temps ! me cria Diane plus que jamais exaspérée.
_ T'avais qu'à réfléchir avant de t'embarquer dans cette mission, idiote ! lui répondis-je profondément vexé.
_ Quoooiii ? ? ! ! Comment oses-tu m'insulter ? s'empressa-t-elle de répondre, outrée et hors d'elle.
_ Parce que je suis courageux, déclarai-je avec arrogance ce qui provoqua la transformation de Diane en une furie déchaînée.
Elle se jeta sur moi et me secoua dans tous les sens.
_ Toi, courageux ! fit-t-elle sarcastique. J'ai la mémoire courte, pourrais-tu me rappeler qui t'a sauvé des mains sales et dégoûtantes des trolls ? Hein ? Attends voir... C'était pas une fille avec des cheveux blonds (qui ondulent sur ses épaules) qui a risqué sa vie pour sauver la tienne ? ? Hein, réponds, espèce de sale prince orgueilleux et capricieux... et égocentrique... et vaniteux... et...
_ Ca va, c'est bon, dis-je aussi calme qu'elle était furieuse. Pas la peine de frimer ! J'te signale que c'est toi qu'es prétentieuse, là! T'as vu comment tu te la joues ? " C'est moi qui t'es sauvé ! ", " Tu pourrais être plus reconnaissant quand même ! " et patati et patata ! Tu veux une médaille, peut-être, hein ?
Elle se tut et me lâcha. Mais on peut pas dire qu'elle s'était tout à fait calmée, elle était encore un tout petit peu énervée.
_ Pff! De toute façon, on peut pas parler avec toi ! souffla-t-elle, vexée.
_ C'est pas bientôt fini, les amoureux ? demanda en souriant Maître Hiei Suzumura, le tuteur de Diane.
Diane et moi, on se mit à rougir avant d'affirmer, en boudant les bras croisés, chacun de notre côté :
_ T'as perdu la boule ! ! (Ca c'était de moi.)
_ Non mais ça va pas la tête ? ? (Et ça c'était de Diane.)
Puis, le maître commença à rire et plus on boudait et se disputait, plus il pouffait, jusqu'à s'étouffer. Il était plié en deux, vraiment ! Il pleurait de rire. On s'étonna Diane et moi : jamais il ne s'était esclaffé autant. D'habitude, il était très calme et super sérieux. Il ne disait rien, il observait, il réfléchissait. Alors, le voir rire ainsi, ça nous rendit joyeux, Diane et moi, et on oublia tout. On rit tous les trois pour la première fois.
Et si je me présentais ? Eh ben, voilà ! Je m'appelle Raphaël et je suis le prince héritier du royaume de Chimèris. Cela fait une semaine que j'ai quitté mon château et mes parents. Et mes amis ? C'est simple, je n'en ai pas. Depuis mes quatre ans, je suis victime d'une méprisable malédiction : Cattiveria, la sorcière des Ténèbres m'a condamné à vivre avec l'orgueil, l'irrespect (de moi envers les autres, puis des autres envers moi.), la haine, l'égoïsme et tous ces autres vilains défauts que possèdent les humains en quantité raisonnable. Moi, c'est comme si, après avoir ôté le couvercle de la boîte à défauts, on avait eu la main lourde en les versant sur moi ! La balance des qualités et des défauts penchait lourdement du côté des défauts. Et porter le poids de ses défauts, c'est insupportable et surtout VOUS êtes insupportable ! Tout le monde pensait que c'était sans espoir, que je ne serais jamais heureux, ni raisonnablement bon et mauvais. Cependant, l'oracle de ma famille nous apprit, il y a deux ans, qu'il existait un moyen de vaincre ma malédiction. Et il prononça, en transe, la longue prophétie :
_ " Si par une nuit d'hiver, un voyageur ayant croisé la route de la sorcière des Ténèbres, puis ayant été emprisonné pour avoir été son disciple, parvient à se libérer de sa prison et à faire un choix décisif pour le restant de sa vie; alors aidé du voyageur, le prince maudit aura une chance de détruire le maléfice. UNIQUEMENT, si ensemble, ils se mettent en quête de la potion des Vallées d'Ebène, seule capable de sauver le prince."
Et un jour, Diane et son tuteur qui était maître d'arts martiaux arrivèrent dans la capitale de Chimèris et entrèrent dans le château. Mon père m'annonça qu'ils les avaient faits venir de très loin, d'une contrée perdue de Chimèris, pour rechercher avec moi ce satané fainéant de voyageur qui en deux ans n'avait pas daigné montrer le bout de son nez ! Depuis, nous parcourions les chemins dangereux de Chimèris comme des nomades. Nous étions presque arrivés : Les Vallées d'Ebène, à la limite de mon royaume et de celui du roi du pays d'Estambre, se dessinaient, terrifiantes, à l'horizon. Jamais un tel paysage m'eut paru si beau, bien qu'il me donnait, en même temps, la sinistre sensation de ne jamais pouvoir y survivre. Le maître, Diane et moi regardâmes sans dire un mot, figés malgré le vent qui agitait nos cheveux et nos vêtements, cet étrange, sombre et excitant paysage. Puis, nous avalâmes notre salive au même moment: nous venions de ressentir la brume maléfique de cette région. Nous en frissonnâmes d'effroi.
Quand soudain, nous faisant revenir à la réalité, on nous attaqua. Surgissant des buissons de la forêt dans laquelle nous vînmes de pénétrer, des bandits aux regards meurtriers et dévastateurs bondirent tels des prédateurs affamés sur nous, surpris de leur vive apparition. Nous dûmes riposter: Maître Suzumura tira son épée aiguisée et brillante de son fourreau, Diane serra les poings et moi, je me saisis d'une branche de bois et la transforma en énorme massue grâce à mes dons magiques. Les bandits, voyant que nous avions de quoi les accueillir bien gentiment, hésitèrent quelques secondes mais le danger ne les effraya pas bien longtemps : ils chargèrent. Des sons crissants se perçurent de l'épée du maître qui abattait les bandits d'une facilité et d'une rapidité incroyables. Les poings d'acier de Diane firent des ravages. Quant à ma massue, n'en parlons pas! Un seul coup voire deux pour les plus coriaces étalèrent les bandits au sol comme des tapis. Le combat ne dura pas longtemps. On s'y était même ennuyer ! Nous savions qu'il existait dans cette contrée des adversaires bien plus forts qui seraient de taille à nous affronter et à nous divertir largement durant le combat. Mais quand allions-nous les rencontrer ?
Même pas essoufflés, nous reprîmes tranquillement la route vers les Vallées d'Ebène. Le maître marchait devant Diane et moi d'un bon pas. Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais la curieuse impression qu'il l'avait fait exprès. Trop gêné sans que j'en sache la raison, je ne parvins pas à parler à "Miss Poings d'acier". Je la regardai. Rien ne la troublait, elle fixait inlassablement l'horizon devant elle. Et je ne sais pas ce qui m'a pris à ce moment-là, mais en regardant son visage fier et sérieusement beau, mon coeur se mit à battre plus fort et mon corps se réchauffa. Ensuite, une puissance intérieure me donna l'envie de contempler sa manière de marcher. J'observai son gracieux déhanchement qui balançait un coup vers moi, un coup... euh, pas vers moi! Dans ma tête, j'entendis une mélodie étrange qui me parut être celle de son déhanchement et de ses pas sur le sol. Je fus comme envoûté. Ces éclats d'or dans ses cheveux aux boucles enchanteresses, ses yeux bleu lagon dans lesquels je me baignais, ses lèvres roses et pulpeuses au toucher satin et même sa silhouette fine me semblèrent tout à coup si ensorcelants. Si j'avais été sûr qu'elle en était une, j'aurais dit que c'était une sorcière et qu'elle avait usé de ses charmes sur le prince héritier de Chimèris. Puis, se sentant probablement indécemment épiée et de façon insistante, elle leva la tête vers moi, un sourire à l'envers sur les lèvres. Elle fronça les sourcils si forts qu'ils semblaient creuser sa peau.
_ Qu'est-ce que t'as à me mater comme ça ? Tu veux mon poing dans ta figure ? grogna-t-elle.
_ T'es beaucoup moins sexy que tout à l'heure ! Dès que t'as ouvert la bouche, le charme s'est rompu ! Si tu veux passer pour une fille, tu vas devoir arrêter de parler ! dis-je avec l'insolente effronterie qui m'était propre.
Brusquement, elle cessa de marcher. Je m'arrêtai à mon tour, étonné. Le maître était loin devant, il ne nous entendait pas. Et il ne nous regardait pas non plus à cet instant-là. Je m'approchai de Diane. Et malgré sa tête baissée et ses cheveux qui la cachaient, je parvins à voir des larmes couler sur son visage rouge pivoine.
_ Tu pleures ? lui demandai-je d'un ton mielleux et amical. Lorsque je voulus poser ma main sur son épaule, elle se dégagea et m'ordonna de la laisser tranquille. Je sentis que je l'avais blessée et je désirai m'en excuser :
_ Pardonne-moi, Diane ! Je... je ne voulais pas dire ça...
_ Ah oui ? Alors pourquoi tu l'as dit ? Tu es détestable et horriblement sexiste ! cria-t-elle entre quelques sanglots.
_ C'est sûrement la malédiction qui m'a fait prononcer ces odieuses paroles ! Ce n'était sûrement pas moi ! J'en suis sûr ! me justifiai-je, confus et troublé par ses larmes.
_ Oui... bien sûr, ce ne peut être QUE ta malédiction, murmura-t-elle avec une triste mélancolie.
Extrêmement ému, je l'agrippai par la main et la pris dans mes bras. Je la serrai très fort en lui murmurant des milliers de "pardon". Elle sanglota de plus belle. Et quelques douces minutes plus tard, les larmes ne coulèrent plus. Elle resta quelques infimes secondes de plus dans mes bras, puis elle se ressaisit et marcha à mes côtés comme si de rien n'était. Je soupirai de déception de ne plus la tenir dans mes bras. Plongée dans ses pensées, elle enroula une mèche de ses cheveux et la coinça derrière son oreille en se mordant les lèvres. Par la suite, elle commença calmement par me dire :
_ Tu as vraiment été odieux tout à l'heure... et tu m'as sincèrement blessée. Je ne sais pas si je te pardonnerai !
_ Mais... Mais ? ? bredouillai-je, stupéfait et toujours aussi confus.
_ Cependant, je pourrais t'excuser à une seule condition... dit-elle en reprenant petit à petit de l'assurance.
_ Je ferai n'importe quoi ! m'exclamai-je, désemparé.
_ Je veux que tu ne cherches plus le voyageur et que tu abandonnes ton trône ! finit-elle, un sourire diabolique sur les lèvres. Elle avait vraiment tous les atouts d'une sorcière !
Complètement interloqué, aucun mot ne réussit à sortir de ma bouche. Que devais-je répondre à ça ? Et pourquoi à ça ? Diane soupira, un peu déçue. Elle s'approcha de moi, très très près et elle tendit son visage vers le mien. J'en rougis, elle, elle ne fut absolument pas troublée. Et pour finir, elle passa ses bras autour de mon cou et rapprocha ses lèvres pas loin de cinq centimètres des miennes ! J'en devins fou ! Elle me susurra sensuellement à l'oreille:
_ Ecoute....
Et soudainement, elle me balança son poing dans le ventre en criant, pleine de rage:
_ ... La prochaine fois, je frapperai plus fort et plus bas ! ! Alors ne me dis jamais plus de me taire, c'est compris ? ? ?
_ Vroui, fis-je le souffle coupé par la douleur.
Maintenant, je savais à quoi m'en tenir avec elle. Je me demande comment le maître a eu le courage d'élever cette fille qu'il a recueillie quand elle était enfant, alors qu'elle a un aussi mauvais caractère ! Depuis des années, il lui enseignait les arts martiaux, le respect de la nature puisqu'ils étaient nomades, ainsi que la sagesse. Mais dans ce domaine-là, elle avait encore beaucoup de progrès à faire !
On rattrapa le maître qui était bien loin devant nous. En sortant de la forêt, on aperçut un petit village qui d'apparence semblait paisible. Comme la nuit tombait, on la passa dans une petite auberge comme on le faisait à peu près chaque nuit. Je comprends pourquoi ils m'ont emmené avec eux : c'est moi qui paye !
Après le dîner qui n'était pas trop mauvais parce que ce que je mangeais au château était mille fois meilleur, nous allâmes dans nos chambres respectives et nous souhaitâmes une bonne nuit. Une heure et demie passèrent et je n'avais toujours pas fermer l'oeil. Je pensais sans cesse à Diane, à toutes ces cruautés que je lui avais crachées au visage et à mes profonds sentiments à son égard que je voulais lui avouer. Je ne la connaissais que depuis une semaine et même si on se disputait tout le temps et que je la détestais, je me rendis compte que depuis quelques jours, elle obsédait mes pensées perpétuellement. Serais-je amoureux d'elle ? Et tous les moments qu'on avait passé ensemble me revinrent à l'esprit: lors de notre rencontre, nous étions avec mes parents, le maître et elle dans la salle secrète de mon père. Comme son tuteur, elle était vêtue d'une longue cape noire à capuche qui m'empêchait de voir son visage. A première vue, je pensais que les deux étrangers étaient tous les deux des hommes ! L'un avait une silhouette grande et baraqué: c'était le maître ; l'autre plus petite et mince: c'était Diane. Mais je ne pensais pas du tout que le second puisse être une
fille ! Je ne l'aurais pas trouvé assez féminine. Mais après tout, je ne connaissais rien des femmes, par la faute de ma malédiction, je n'aimais personne et personne ne m'aimait. Lorsqu'elle retira sa cape et qu'elle se présenta à moi, je fus ébloui. Elle était si mignonne et elle me souriait comme un ange. Comment ne pas résister ? Il y a quelques jours, je découvris quelle étrange personne elle était quand on alla manger et dormir à l'auberge des Fiancés, la meilleure de la capitale de mon royaume. Elle avait très envie d'aller aux toilettes depuis une heure ou deux. Et comme la traversée de certains sentiers étaient dangereux, elle n'avait pu assouvir ses besoins. Entrant enfin dans les toilettes des Dames, elle constata malheureusement que toutes les cabines étaient occupées. Et comme elle était trop pressée pour attendre, elle fit la première chose complètement folle: elle se dirigea discrètement vers les toilettes des Messieurs où elle regarda s'il y avait du monde du genre masculin. Moi à ce moment-là, j'étais dans les toilettes et lorsque je la vis pointer secrètement le bout de son nez, ça me déconcentra et j'en mis à côté ! Contrairement aux Dames, nous n'avions pas de cabines individuelles et donc tout le monde pouvait nous voir. Et surtout elle ! C'était trop gênant ! Je refermai ma braguette et reboutonnai mon jean à toute vitesse ! Elle entra ensuite dans les toilettes des Messieurs et fixa les urinoirs, perplexe:
_ Je peux pas faire là-dedans, moi ! C'est pas pratique pour les filles ces machins-là ! soupira-t-elle, déçue. Le choc que j'ai eu ! Comment peut-elle manquer autant de pudeur ? Et elle ajouta toujours en soupirant:
_ Ah là là ! J'envie les hommes !
_ Pourquoi donc ? ? lui demandai-je, étonné. Ce qu'elle dit ensuite me choqua deux fois plus !
_ Parce qu'ils peuvent pisser debout, eux ! Je devais être tout blanc. Encore une autre remarque de ce genre et c'était la crise cardiaque.
_ Tu m'envies pour ça ? lui demandai-je, abasourdi.
_ Non, c'est pas toi que j'envie, c'est les autres hommes ! Toi, tu pisses de travers ! Je l'ai bien vu tout à l'heure ! Je crois que pour un homme, ce genre de remarque, c'est la fin du monde ! Je n'étais pas en colère, non ! J'étais au paroxysme de la honte ! !
Puis, elle repartit vers les toilettes des Dames dont les cabines ne semblaient plus toutes occupées.
Je ris. Oui, quand j'y repensais, j'en riais à ne plus pouvoir m'arrêter. Je me rappellai un autre moment, plus tendre, l'un de nos premiers de ce genre: C'était après qu'elle m'ait sauvé des trolls. Elle avait eu tellement peur pour moi qu'elle s'était jetée dans mes bras comme pour se rassurer que j'étais bien vivant. Elle me demanda, encore paniquée (c'est que je suis le prince héritier tout de même !) :
_ Ca va Raphaël ? Tu n'as rien ? Elle se blottit contre moi. Je sentis... oh oui, je sentis.... son corps chaud contre moi.... ! ! ! Oh là là! J'en suis encore tout troublé, moi ! Je sentis sa douce et chaude poitrine contre mon torse, ça m'avait fait l'effet d'une pile électrique, j'ai reçu une décharge dans tout mon corps, affolant également mon petit coeur. Et puis, l'énergie s'est transformée en sensation de bien-être et de douceur. Alors, j'en profitai tout coquin que j'étais dans ses bras :
_ Ooooh.... Je me sens pas bien.... J'ai mal.... fis-je avec une voix agonisante. Tu peux me serrer plus fort ? continuai-je en simulant la douleur.
_ Mais bien sûr... répondit-elle très compatissante. Et elle m'étreignit encore plus fort. Je sentais que j'étouffais de bonheur. Elle ne savait pas que je faisais semblant d'avoir mal et elle ne le sait toujours pas.
A force de penser à elle, j'avais envie d'aller lui parler. Peut-être qu'elle m'aiderait à trouver un moyen de dormir, c'était quand même à cause d'elle si je n'y arrivais pas. Alors elle devait m'aider ! A pas de loup, je sortis de ma chambre et me glissai dans la sienne, celle d'en face. Elle se réveilla en entendant la porte de sa chambre s'ouvrir. Se frottant les yeux, à moitié endormie, elle me demanda :
_ Mais qu'est-ce que tu fais là, Raphaël ?
_ J'arrive pas à dormir !
_ Et donc ? Tu veux que je te chante une berceuse, c'est ça ? ironisa-t-elle.
_ Non, habituellement, on me lisait des contes ! ironisai-je à mon tour.
Elle rit. Même à moitié endormie, elle avait la force de rire et elle était belle. Je m'assis sur le bord de son lit. Elle se redressa pour s'asseoir en face de moi. Je la fixai un sourire aux lèvres. Elle me sourit aussi et me rendit mon regard. Ses yeux pétillaient : c'était beau les lagons la nuit ! Je posai ma main sur la sienne, de son autre main, elle recouvrit la mienne. Et à partir de ce moment-là, mon coeur se mit à résonner à tout rompre sous mon torse et je ne contrôlai plus les poussées d'adrénaline de mon corps: je me rapprochai d'elle et je posai délicatement ma joue contre la sienne. Je les fis se caresser. Depuis le début, ses deux lagons ne s'étaient pas détournés de mon regard couleur ... jungle tropicale.
_ Qu'est-ce que tu veux ? me demanda-t-elle tout en continuant à caresser ma joue avec la sienne.
_ La même chose que toi! répondis-je le regard intense, sûr de moi. Embrasse-moi !
Elle m'embrassa immédiatement, ne pouvant plus se retenir. Elle me donna un baiser si brûlant que je ne soupçonnais même pas qu'il puisse exister. Puis, je l'embrassai à mon tour, essayant de faire aussi bien qu'elle et nous échangeâmes ensuite un autre baiser. Ils étaient à chaque fois meilleurs. Pris d'un indomptable désir, je retirai son tee-shirt et embrassant son corps à demi-nu, on s'allongea sous les draps. Même auprès d'elle, je ne fermai pas l'oeil de la nuit non plus !
Le lendemain matin, je me réveillai nu, Diane dormant dans mes bras. Je la regardai, puis l'embrassai sur le front, essayant de ne pas la réveiller. Elle était si jolie. J'étais vraiment amoureux. Je me levai, pris ma douche et descendis à la salle à manger commune. Maître Suzumura déjeûnait seul à une table. Je le rejoignis.
_ Bonjour Altesse ! Vous avez bien dormi ? me demanda-t-il avec un léger sourire. Il était clair que Diane ne pouvait pas être sa vraie fille car ses sourires à elle étaient vraiment divins.
_ Euh oui, oui, fis-je un peu gêné en repensant à ma nuit. Et vous ?
_ Ben, puique vous me le demandez, j'ai eu du mal à fermer l'oeil cette nuit... Non ! Lui aussi ! Pourvu qu'il ne nous ait pas entendus ! Il reprit un peu agacé :
_ Oui, en fait, je crois qu'il y avait un couple pas loin de nos chambres et leurs escapades amoureuses m'ont un peu dérangées ! !
_ Ah oui... un couple... escapades amoureuses... ah bon ! dis-je timidement en faisant semblant d'être étonné. Mon pauvre ! Ca n'a pas dû être facile pour vous de trouver le sommeil !
_ Ben non, Votre majesté ! Mais vous ne les avez pas entendus, vous ?
Avalant ma salive en même temps, le visage rouge, je bafouillai la voix montée vers les aigus de l'embarras:
_ Euh, ben non... J'ai rien entendu, moi... j'ai bien dormi... et puis...
_ Vous êtes tout rouge ! Il y a quelque chose qui ne va pas mon Prince ?
"Mon Prince", c'est comme ça qu'elle m'a appelé toute la nuit et puis elle aimait bien dire "Mon Prince adoré" aussi ! Aaaah ! Mais pense à autre chose, imbécile ! Sinon, tu vas te faire griller ! !
_ Euh, excusez-moi, Maître ! Je ne suis pas très en forme ce matin !
_ Vous n'avez pas dormi cette nuit ? me demanda-t-il inquiet.
_ Euh...
_ Moi, j'ai dormi comme un loir ! lança joyeusement Diane, en s'asseyant en face de moi et à coté de son tuteur. Tout en me souriant, elle me faisait du pied sous la table ! Je souris, touché par sa joie de vivre. Elle rayonnait magnifiquement. Et quand elle éloigna son pied du mien, ce dernier se sentit triste et il renouvela aussitôt l'expérience ! Cependant, sous une table, mon sens de l'orientation me perdait. Quand mon pied heurta quelque chose : était-ce celui de Diane ? Voyons voir ! J'ai caressé la "chose" : elle avait du poil aux pattes !!! Non ! Non ! Non ! Impossible ! ! Ce n'était pas la jambe fine et soyeuse de ma bien-aimée, ça !
_ Votre Altesse ? me demanda le maître, le visage déformé par l'incompréhension. Que faites-vous ... à ma jambe ? ?
_ ...
_ Altesse ? reprit le maître. Ca va aller ? Vous êtes extrêmement pâle ! !
_ Qui ne ferait pas cette tête-là après ça ? murmurai-je
_ Pardon ? Je n'ai pas entendu.
_ Non rien ... J'en ai vu d'autres ... Je survivrai ... (Voici ce que je pensais vraiment : Non en fait, je suis dégoûté à vie : je veux mouriiiir ! ! !) Traumatisé, je me dis que jamais plus je n'aventurerais mes pieds à travers l'inconnu, sous une table !
_ Bon, les enfants, on part dans une demi-heure ! Soyez prêts ! nous avertit le maître avant de remonter à sa chambre rassembler ses affaires. Puis une fois parti:
_ J'aurais bien voulu qu'on aille se promener tous les deux, sous les saules pleureurs derrière l'auberge ! me confia Diane en caressant mes mains sur la table.
_ T'as déjà repéré les lieux ? Je savais pas qu'il y avait un jardin
derrière !
_ Eh oui ! J'ai le sens de l'observation ! sourit-elle adorablement.
Une demi-heure plus tard, nous quittâmes l'auberge des Papillons et traversâmes le village. Avec Diane, j'étais allé voir les saules pleureurs et c'était plutôt romantique ! Nous nous sommes embrassés très tendrement.
Trois bonnes heures plus tard, après avoir traversé des forêts, des sentiers dangereux et même des lieux romantiques, nous arrivâmes devant une maisonnette isolée dans un coin d'une forêt et cachée par les branches et les feuillages. Diane eut une réaction bizarre en regardant la maison. Elle avait l'air surprise voire même subjuguée par cette habitation. Et subitement, son corps se mit à briller d'une aura maléfique: la même que celle de la sorcière qui m'avait maudit. Je me souvenais du jour de ma malédiction: J'étais tout petit quand elle me frappa. J'avais quatre ans. J'étais seul dans ma chambre, m'amusant avec mes jouets quand j'entendis la fenêtre s'ouvrir et se fracasser: un rire machiavélique m'effraya. Devant moi, les cheveux et la longue robe noire flottants, se trouvait une dangereuse ennemie: la sorcière des Ténèbres, Cattiveria la Cruelle. Elle avait un chapeau couleur charbon et un balais très brun qui semblait provenir du coeur d'un arbre noir, pourri par le mal. Son visage était jeune, beau et attirant. Ses yeux étaient bruns comme le balai et ses lèvres rouges comme le sang. Son teint était blanc comme le talc et ses longs cheveux noirs, fins, ondulés et doux comme de la laine. Son visage me fascinait, mais son expression me glaçait le sang. Elle s'avança vers moi en susurrant des mots incompréhensibles entre ses dents. Je compris que c'était une formule maléfique. Et soudain, un voile de fumée noire jaillit du sol et m'enveloppa. J'etouffai et je me mis à tousser. Cattiveria reprit sa formule. Rien que la prononciation de ces mots me terrorisait. Ensuite, la fumée se fit plus lourde et je ressentis son essence diabolique. C'est alors que la fumée trop lourde, m'assomma et je m'évanouis. J'entendis juste avant les derniers rires effroyables de la sorcière, des gens qui se dirigeaient précipitamment vers moi et d'autres qui pourchassèrent la sorcière en vain. Elle avait disparu. Personne ne savait ce qu'elle avait pu me faire, ni même moi. Aujourd'hui, douze ans après, nous le savions. Nous découvrîmes la terrible vérité: elle m'avait jeté un sort, elle m'avait maudit. Elle m'avait condamné à ne jamais découvrir le bonheur, ni l'amour, ni la générosité, ni le respect. Depuis ce jour, je vivais dans le malheur, la haine, l'égoïsme et l'irrespect.
Cette maison était aussi sinistre que la sorcière des Ténèbres. Diane flottait dans les airs à un mètre du sol et elle était devenue aussi sinistre que Cattiveria et la maison. Quand soudain, ses beaux cheveux blonds devinrent gris argentés, ses yeux bleus devinrent orange et son teint de pêche devint blafard. Puis, son débardeur et son jean colorés devinrent une longue robe noire comme celle de Cattiveria. Mais que se passait-il ? Elle ressemblait de plus en plus à une sorcière. Le maître aussi stupéfait que moi finit par comprendre ce qui était arrivé à sa fille et à qui appartenait cette maison. De ses bras, il entoura Diane, transformée, et la libéra de la brume noire maléfique qui s'était emparé d'elle. Dans l'instant qui suivit, elle perdit connaissance.
_ Qu'est-ce qui se passe, Maître ? ? Qu'est-ce qu'elle a ? ? criai-je, paniqué.
_ Ne t'inquiète pas, elle reviendra bientôt à elle, me rassura-t-il. En attendant, je vais tout t'expliquer. Il y a trois ans, Diane était une apprentie sorcière et cela ne fait que quelques mois qu'elle a arrêté de pratiquer la sorcellerie.
_ Alors Diane est une vraie sorcière ?
_ Oui.
Oh non ! J'espérais que ce que j'avais pensé ne soit pas vrai: "Si j'avais été sûr qu'elle en était une, j'aurais dit que c'était une sorcière et qu'elle avait usé de ses charmes sur le prince héritier de Chimèris". Maître Suzumura continua:
_ Celle qui lui a enseigné la magie n'est autre que la sorcière des Ténèbres, celle qui t'a jeté un sort ! Nous avons accepté de retrouver le voyageur pour qu'elle se rachète auprès de toi car elle était sa seule disciple !
Tous... Tous ces mots qu'il avait prononcé... non, ce n'est pas possible, ce n'est quand même pas elle... J'ai mal entendu, je suis sûr que j'ai les oreilles bouchées ! Je ne comprends rien de son charabia, oui c'est ça, je ne comprends rien, il dit n'importe quoi ! Il dit quoi ? Mais qu'est-ce qu'il dit ? ? ? Ce ne peut PAS être ça ! ! ! ! Ce ne peut pas être ELLE, alors que ce devrait être LUI ! ! Oui, il ne peut être qu'un homme, l'oracle a dit "UN voyageur" ! ! Et pas UNE VOYAGEUSE ! !
_ Prince, vous êtes tout pâle ! Qu'y a-t-il ?
_ Dites, connaissez-vous la prophétie que m'a adressée l'oracle ? lui demandai-je, épuisé par le choc.
_ Non, malheureusement.
_ Eh bien, elle disait que le voyageur, qui devait me venir en aide, avait été le disciple de Cattiveria. Et puis qu'il aurait été emprisonné, mais qu'il aurait fini par s'échapper, bla bla bla. Bref, et qu'il devrait partir à la recherche de la potion des... c'est quoi déjà leur nom à ces plaines ? "Plaines du Bois", d' "Ecorce" ? ...
_ Mais c'est exactement le parcours de Diane: disciple de Cattiveria, emprisonnement, libérée par ses propres moyens, elle a arrêté la magie noire et elle parcourt avec vous tout Chimèris pour... la potion des Vallées d'Ebène ! ! Alors ce serait elle le voyageur... ou plutôt la voyageuse ? ! s'exclama le maître pendant que moi :
_ ... A moins que ce ne soit les "Plaines du Bûcheron" ? Non, c'est une matière noire ... Voyons voir ... "du Charbon" ! Les "Plaines du Charbon" ! Non, ça fait bizarre : ça sonne comme un site minier ! ...
La jeune apprentie sorcière ouvrit les yeux. Elle voyait de nouveau le monde ainsi que moi, le Prince Raphaël et son tuteur Hiei Suzumura.
_ Arrête de réfléchir si intensément ! Ca creuse des trous dans ton cerveau ! fit-elle sur un ton narquois en se frottant la tête. Elle se redressa tout doucement.
_ Diane, je l'ai trouvé mon voyageur ! C'est toi ! m'exclamai-je fou de joie et soulagé qu'elle n'ait rien.
_ Et c'est pour ça que vous m'avez réveillée ? Vous savez, c'est pas un scoop que je sois la voyageuse !
_ Comment ça ? Tu veux dire que tu le savais ? ? l'interrogeai-je, totalement dépassé par les évènements.
_ Bien sûr que oui ! Je le sais depuis très longtemps.
_ Et pourquoi tu ne m'as rien dit ?
_ C'est un secret ! Hi ! Hi ! Je te le dirai... un jour... peut-être !
_ Bon bah si vous n'y voyez pas d'inconvénient, les enfants, je crois qu'on va reprendre notre route ! Nous devons atteindre les Vallées d'Ebène, dit tout souriant le maître.
Nous marchâmes encore quelques heures avant d'arriver aux pieds des vallées d'Ebène. Le vent soufflait un peu fort alors, la robe noire et les cheveux argentés de Diane se mirent à flotter gracieusement. Elle sourit, heureuse comme le maître et moi d'être enfin arrivés. Elle courut librement dans les Vallées. Quand soudain trois silhouettes apparurent en face d'elle. Elles avaient l'air maléfique et très puissant. Parmi les trois silhouettes, l'une était celle d'une femme et les deux autres étaient celles de deux hommes. Ils dévoilèrent leurs visages. Ils étaient à peine plus âgés que nous. La femme était une magicienne, le plus grand des deux hommes avait l'allure de Maître Suzumura et était muni de sabres, alors que l'autre homme me ressemblait davantage mais nous ne savions pas quel était sa technique de combat. La magicienne s'avança vers Diane et la défia. La jeune apprentie sorcière accepta de le relever et leur lutte débuta. Elles devaient lâcher sur l'autre toute la magie qu'elles possédaient. Mais dès le début du combat de magie, on voyait que leurs puissances étaient égales. Les deux jets de magie se poussaient l'un, l'autre ; mais aucun ne semblait s'affaiblir ou affaiblir l'autre après vingt bonnes minutes de combat. C'est alors que Diane tenta le tout pour le tout: elle s'élança sur la magicienne d'une rapidité incroyable. Celle-ci ne la vit pas venir. Alors, Diane serra son poing et frappa la magicienne de toutes ses forces. Celle-ci s'écroula. Contrairement à la magicienne, Diane avait des pouvoirs mais également un "poing d'acier" redoutable. La jeune apprentie sorcière alla s'allonger sur l'herbe pour se reposer. C'était maintenant au tour de Maître Suzumura. Il se battit contre l'homme aux sabres. Leurs armes étaient aussi belles et aiguisées que celles de l'autre. Ce fut pareil pour le maître et l'homme aux sabres: leurs épées se brutalisaient, les coups étaient violents. Cependant, aucun des deux n'arrivait à toucher l'autre. L'homme aux sabres était très vif, mais un peu trop impulsif. Alors que le maître restait très serein. Il était confiant et réfléchi. Il ne faisait qu'éviter les coups de lames scintillantes car l'homme aux sabres d'argent était tellement rapide qu'on avait seulement le temps d'esquiver ses attaques. Le maître eut une idée. Il fallait à tout prix le priver de son sabre pour se débarrasser de lui. Et fort heureusement, derrière lui se trouvait une forêt. Le maître fit tout pour que l'homme aux sabres le suive aveuglément. Sa rage de tuer lui causerait sûrement beaucoup d'ennuis, un jour. Arrivés à la lisière de la forêt, le combattant acharné piqua du sabre une dernière fois vers le maître. Et en un ultime instant, ce dernier esquiva les lames aiguisées. L'adversaire, entraîné par son engouement, s'effondra à genoux après que ses plaques métalliques s'enfoncèrent dans le vieux tronc d'un arbre. Le visage défait et pâle, constater son impuissance le déconcerta. Désormais, il ne pouvait plus rien tenter : trop faible dans les bras, il ne réussit pas à retirer ses armes du tronc. L'écorce semblait se jouer de l'incompétence de l'homme et de ses ridicules lames dont les reflets n'étaient révélés que par l'éblouissant soleil. Seul le véritable métal brille de lui-même ! L'adversaire dut déclarer forfait car il n'avait plus aucun moyen de se battre, même pas ses poings ! Il ne s'en était jamais servis, contrairement au maître. Le dernier ennemi s'avança, toujours les mains vides, vers moi. Il prit ensuite la parole :
_ Tes amis ont vaincu mes camarades. Vous êtes vraiment très puissants.
_ Bon et si on passait à l'action, maintenant, hein ? fis-je, exaspéré.
_ Très bien. Je vais donc vous montrer mon vrai visage.
Une brume noire et maléfique qui ne m'était pas inconnue s'empara du dernier homme. Celui se transforma sous nos yeux ébahis et devint celle que l'on attendait : Cattiveria la Cruelle, la sorcière des Ténèbres ! Au même instant, une fiole noire apparut à ses côtés. La concoction bouillait tellement à l'intérieur de la bouteille que le morceau de verre qui l'emprisonnait fut éjecté. Une mixture brûlante et grumeleuse coulait le long de la fiole sombre et brumeuse mais néanmoins envoûtante. Une sphère doré recouvra le flacon qui resta suspendu dans le vide. Et pour achever ce spectacle maléfique, des pétillements émanèrent du reste du liquide à l'intérieur de la petite bouteille.
_ Ha ! Ha ! Ha ! Vous ne vous attendiez pas à ce retournement de situation, n'est-ce pas mes cocos ? Je vais tous vous tuer un par un et vous vous regarderez mourir lentement et d'une abominable manière nommée la torture !
_ Je ne te laisserai pas leur faire de mal ! ! Je me plantai devant la sorcière, le regard brûlant de haine. On doit régler ça entre nous, Cattiveria !
_ Mon pauvre Prince, je crois que tes défauts ne t'aveuglent que trop !
_ Brise la malédiction, je te l'ordonne ! ! criai-je de plus en plus révolté.
_ Ta malédiction, tu l'as créée tout seul, pas besoin de magie pour ça !
_ Comment ?
_ Prends la potion, Raphaël ! ! me lança Diane.
_ Tu n'auras pas cette potion, maudit Prince ! s'écria la sorcière des Ténèbres en se jetant sur le flacon noir.
Je m'élançai en même temps qu'elle sur la fiole mais le choc fut rude : je me hurtai à la sorcière qui fit involontairement disparaître la sphère qui maintenait le flacon en lévitation. De nouveau sensible aux effets de la gravité, il tomba. Je voulus le rattraper, mais il se brisa sur le sol un infime instant avant que je ne l'effleure. Je m'écroulai, à genoux. Je fixai, désemparé, la fiole éparpillée en éclatants tessons de verre. Ma main restait ouverte comme paralysée par sa déficience : la lenteur ! Dans un murmure englouti par quelques sanglots, un " Pourquoi ? " s'échappa de mes lèvres. Diane courut vers moi et me prit dans ses bras.
_ C'est fini... Je ne serai jamais quelqu'un de bien sans cette potion ! Une larme coula sur mon visage et Diane éclata en sanglots. C'était la fin pour moi. Et Diane ne voudrait probablement plus de moi.
La sorcière s'assit à mes côtés et elle me révèla une terrible vérité :
_ Ecoute petit Prince... Je ne t'ai jamais ensorcelé comme tu le penses. Ce que je t'ai lancé ce jour-là c'est un sortilège de vérité de l'âme. Je lis dans l'avenir, tu le sais bien et j'ai vu le tien : le plus tyrannique de tous les rois de Chimèris, c'était toi ! Par Belzébuth ! Notre monde était réduit en cendres, saccagé, irréparable ! Moi qui me bats pour préserver la nature de ces maudits hommes, je ne m'en remettrai pas ! Alors j'ai décidé de révéler les sentiments si destructeurs qui sommeillaient en toi et j'ai inventé cette histoire de potion pour que tu te rendes compte toi-même de tes horribles défauts. C'est ta volonté et ton amour qui t'ont changé, tu n'es plus le même petit Prince et je suis certaine que tu t'en es aperçu. Comment ma disciple préférée aurait pu tomber amoureuse d'un jeune homme aussi cruel ? Tu as changé, ouvre les yeux ! Regarde-toi ! La fiole brisée à tes pieds est constituée de morceaux de miroirs magiques comme celui que possède ta mère. Les miroirs magiques sont les objets les plus puissants de notre monde et ils sont utilisés pour différentes fonctions. Le miroir magique qui constitue cette fiole est un révélateur d'âme. Regarde-toi dedans ! Qu'est-ce que tu vois ? Dis-moi !
_ Je... je me vois moi !
_ Attends encore quelques instants !
Soudain, le miroir s'anima et je vis une partie de ma vie future. Le monde était paisible. Mon visage n'était pas déformé par des sourires diaboliques, des froncements de sourcils qui renforçaient la froideur du regard : traits que provoquait la cruauté. Il était doux et chaleureux. Puis, des lettres de feu apparurent sur le miroir. Je lus :
" Un homme qui se bat pour changer sa destinée et vaincre les préjugés peut devenir l'homme qu'il souhaite. C'est l'Amour et la Détermination qui t'ont poussé à refuser ce qui était écrit, jeune Prince de Chimèris ! Bien que tu aies ouvert la Boîte de Pandore et absorbé tous ses défauts, tu as entendu la voix de l'Espoir, qui, à présent, seul face à toi s'est inscrit en ton coeur en te chantant ses dernières paroles d'encouragement ! Et l'important aujourd'hui, c'est que tu aies su les écouter ! "
Lorsque la sorcière fut partie, Diane m'embrassa et elle m'enlaça.
_ Dis-moi, tout ce qu'elle a dit, tu le savais aussi? demandai-je à mon apprentie sorcière.
_ Non, ça je ne le savais vraiment pas. Mais ce qu'a montré le miroir, j'en étais sûre : tu ne peux être qu'un bon futur roi ! Attention, je te confie l'avenir de ce monde, alors prends-en soin de notre petite planète !
_ Promis !
_ Bon ben, on va y aller les enfants ! On retourne au château du Prince. Même s'il n'y avait pas vraiment de potion, et donc que la mission n'était pas du tout ce qu'on croyait qu'elle était, je me suis quand même bien amusé ! ..... Tiens, j'entends des cris !
_ Au secours ! Venez m'aidez ! criait quelqu'un.
_ Maître Hiei Suzumura court toujours au secours des innocents ! ! lança le maître comme un super héros.
Il descendit du mont de la vallée en surfant sur ses épées ! Et il n'y avait que de l'herbe, pas de neige ! Ca nous surprit un peu, Diane et moi, mais après on ne put s'empêcher de rigoler !
L'homme qui criait n'était autre que l'homme aux sabres qui, après avoir réussi à les retirer de l'arbre, s'est retrouvé propulsé dans un enclos avec des porcs, la tête dans cette substance marron dégoûtante et nauséabonde! L'adversaire en apercevant le maître se précipita hors de l'enclos, il n'avait pas besoin d'aide finalement !
_ Suzumura! Viens te battre, c'est pas fini ! J'ai récupéré mes armes !
_ Oui, ben, rêve ! t'as vu l'état dans lequel tu es ? Je suis désolé, mais je me bats contre des hommes, pas contre des porcs ! Sur ce, on te laisse, on retourne au château. Il faut ramener le "petit Prince" à sa maman ! !
_ Maîîîître ! ! ! ! Vous avez envie de vous battre aujourd'hui ? ? Arrêtez de vous moquer de moi!!
_ Oh, moi c'que j'en dis ! répondit-il sur un air agaçant. Au fait, le porc aux sabres, c'est quoi ton nom ?
_ Je m'appelle Porcinet et je suis pas un porc ! !
_ Porcinet ? ? ? ? ? ? Ben, c'est pareil, c'est juste un petit porc ! Hi ! Hi ! Hi ! Quel délire ! ! fit le maître, sarcastique.
Diane et moi nous amusâmes à regarder le maître et Porcinet se disputer, tandis que nous regagnions la capitale.
Arrivés au château, le temps des "au revoir" était venu. Moi, je devais apprendre à régner et Diane, elle, voulait continuer ses voyages pour venir en aide aux populations grâce à ses pouvoirs.
_ Quand tu auras le temps, viens me voir, d'accord ? lui demandai-je
_ Promis !
_ Et si jamais, t'en as assez de la vie de nomade, je pense qu'ici, tu seras bien !
Elle me sourit. Je l'embrassai une dernière fois et le fait de se rendre compte que ce serait notre dernier baiser avant, peut-être, des mois et des mois, elle versa une larme que j'unis à celle qui commençait à couler sur mon visage. Puis, on essaya de sourire, mais c'était un peu trop dur. Elle lâcha lentement ma main et avança, dos à moi. Je prononçai un dernier appel :
_ Eh, petite sorcière !
Elle se retourna. Je continuai, sûr de moi, un grand sourire enjôleur aux lèvres :
_ N'ensorcèle personne d'autre... Il n'y a que moi qui aie le droit de t'aimer !
Elle courut vers moi se jeter dans mes bras. Enlacés, je la serrais très fort. Son visage se leva vers le mien. Elle avait rougi. Je l'embrassai, cette fois-ci c'était vraiment pour la dernière fois !
_ Je n'y songerai pas ! promit-elle, un petit sanglot dans sa voix qui susurra à mon oreille : " Tu es celui qui a fait tomber par son propre enchantement la sorcière que je suis ! "
Et elle partit. Sans se retourner. Elle savait ce qui la retiendrait et moi aussi. Alors, je la laissai s'en aller même si la voir de dos s'éloigner de moi me faisait mal. Je devais résister pour qu'elle puisse continuer son chemin. Son chemin de voyageuse...
|