Chapitre 20 : Un remords commun
Le vent soufflait sur un corps étendu sous un arbre. Du sang coulait des deux blessures qui lui martyrisaient son corps. La personne semblait morte, car elle ne respirait plus.
Une louve blanche, gigantesque, à deux queues apparut, elle était légèrement translucide. A chaque pas qu’elle faisait le sol s’enfonçait légèrement sous ses pattes puissantes et imposantes. Elle observa le corps de ses yeux noirs, puis se coucha près de la tête et parla :
-Inu yasha, que fais-tu encore là ? Tu devrais déjà être debout au lieu d’attendre patiemment la mort.
A travers son sommeil de plus en plus profond, le hanyô entendit. Il n’était pas endormi, mais sombrait lentement dans la mort.
-A quoi bon vivre après ce que j’ai fait… Seule ma mort pourra payer le prix… répondit-il d’une voix faible.
-Idiot, ta mort ne changera rien. Ca n’empêchera pas que tu aies blessé Aryel, alors n’y pense plus et relève-toi ! ordonna la louve.
-Mais comment pourrais-je oublier…
-Aryel a regretté de nombreuses choses dans sa vie, mais cela ne l’empêche pas de vivre… Pourtant elle n’a rien oublié… A toi de décider ce que tu veux. Vivre ou mourir… Le choix t’appartient.
Inu yasha ne répondit pas, il réfléchissait.
-Aryel…la vie n’a pas dû être tous les jours facile pour toi… Et pourtant tu as continué. Je ne peux pas… Non, je ne peux pas t’abandonner maintenant… Je dois survivre à tout prix.
Le hanyô serra les poings, se retourna et essaya de se relever.
-J’y arriverai, j’y arriverai, ne cessait-il de répéter.
Après avoir fait quelques pas, le hanyô s’écroula.
-Merde, j’ai perdu trop de sang. J’aurais dû partir plus tôt.
La louve se leva et s’approcha du hanyô. Celui-ci la fixait d’un air interrogateur. Elle le prit par son kimono et le déposa sur son dos.
-Reprends des forces pendant que je te porte. Je vais t’amener à elle…
-Mais comment arrêter les saignements ? demanda Inu yasha en voyant son sang se répandre sur la fourrure blanche de la louve.
-Si tu restes bien couché sur ma fourrure, ton saignement sera atténué expliqua la louve.
-Vous êtes Mutter, n’est-ce pas ? déclara Inu yasha après quelques hésitations.
-Tu viens seulement de le remarquer ? dit Mutter sarcastique.
-Je n’en étais pas sûr… Je n’arrive toujours pas à percevoir la moindre odeur… Et en plus, je n’ai jamais senti la vôtre.
La louve marchait d’un pas tranquille. Même si ses traces restaient visibles, elle ne faisait aucun bruit. Inu yasha était de plus en plus énervé. Mutter prenait tout son temps et Inu yasha ne voulait qu’une chose, retrouver Aryel le plus vite possible et la ramener à la raison.
-Je croyais que tu allais m’amener à elle, mais là j’ai surtout l’impression que tu te balades s’exclama-t-il.
-Aryel est derrière un kekkai et je ne crois pas que tu sois prêt à affronter la personne avec qui elle se trouve…
-Qu’est-ce que tu en sais ? Si tu sais où elle est, vas-y directement ! ordonna le hanyô.
La louve ignora le hanyô et s’éloigna encore plus du kekkai qu’elle n’avait aucun mal à percevoir.
En plein milieu de la nuit, un groupe composé de trois humains, un mort et quatre yôkais arriva près d’un gigantesque et étrange palais.
-C’est la première fois que je vois une chose pareille ! s’exclama Kagome en voyant le palais blanc éclairé par la pleine lune et les étoiles.
Sesshomaru fronça les sourcils.
-Ah, c’est quoi cette odeur ? se plaignit Koga en humant l’air.
Kikyo posa sa main sur la porte et celle-ci s’ouvrit d’elle-même. Tous, à part Kikyo, Kirara et Sesshomaru, sursautèrent. Quelqu’un avec des jambes et des pieds de bouc et deux ailes de dragons gigantesques se tenaient devant eux.
-Illidan ! dit Sesshomaru. Que fais-tu ici ?
-Hein ? Tu le connais ? s’étonne le moine.
Sesshomaru ignora la question et fixa l’elfe déchu.
-Ce que je fais ici ? J’attends… J’attends le retour de la princesse…
-Princesse ? pensa Kagome. Mais si c’est le palais d’Aryel, alors elle a une fille ? Mais alors elle est mariée ? Qui peut bien être son mari ? Mais alors elle n’est plus vierge ? Mais tout de même avoir une fille à dix-huit ans…ah non, c’est vrai, elle n’a cet âge la qu’en apparence, mais tout de même… Si elle est mariée, alors…j’ai…j’ai toutes mes chances avec Inu yasha… Mais non… qu’est-ce que je raconte…Inu yasha est mort et je l’ai abandonné…
La jeune fille versa silencieusement quelques larmes.
L’elfe déchu s’écarta du chemin et leur permit ainsi de voir une véritable scène de carnage. Des milliers de corps humains étaient empilés les uns sur les autres dans le jardin.
Une bonne partie était carbonisée et sentait atrocement mauvais. Plus de la moitié avait la tête et les membres tranchés, éparpillés un peu partout. Et enfin quelques-uns avaient la peau complètement arrachée. Kagome prit soudainement conscience que l’elfe déchu était couvert de sang et que ses armes étaient souillées de quelques lambeaux de chair. Révulsée, Kagome se détourna du spectacle. Son cœur battait à cent mille à l’heure, des tonnes de questions l’assaillirent à nouveau. Se pouvait-il que ce fût cet Illidan qui ait tué tous ces humains ? Ces humains étaient-ils des habitants de ce palais ?
-Que s’est-il passé ici ? demanda Kikyo, après avoir regardé en silence l’horrible spectacle qui s’offrait à eux.
-Ces humains sont revenus et ont essayé de me chasser. Mais aucun n’a survécu… Comment pouvaient-ils croire que eux, des humains, puissent me chasser…
-Cet homme est un monstre ! pensa Kagome. Mais qu’est-il au juste ? J’ai l’impression que sa peau est bleue, mais c’est sûrement parce qu’il fait nuit que j’ai cette impression.
Kagome serrait Shippo dans ses bras et l’empêchait de voir cet horrible carnage.
Sesshomaru fut le premier à franchir l’enceinte. Il semblait n’être nullement affecté par la scène. Koga suivit son exemple. Il jeta un coup d’œil autour de lui. Il était dégoûté par l’odeur, mais il avait également une faim de loup et voir tous ces corps éveillait son instinct animal.
-C’est vraiment pas le moment de penser à manger ! s’intima le yôkai.
Kikyo, le visage impassible, se plaça à côté de l’elfe déchu et observa les humains hésitants.
Kagome n’avait aucune envie de pénétrer dans cette boucherie. Elle serra Shippo un peu plus contre elle. Le moine et la chasseuse de yôkais, d’un commun accord, descendirent de Kirara et avancèrent. Kirara reprit son apparence de chat à deux queues et suivit sa maîtresse.
-A…attendez ! supplia Kagome en les rattrapant.
Kikyo et Illidan fermèrent la marche. Les portes claquèrent derrière eux. Kagome sursauta et pour se rassurer alla se coller auprès de Koga, serrant Shippo contre elle d’un bras et s’agrippant de l’autre au bras du yôkai. Koga jeta un coup d’œil à la jeune fille et eut un sourire malicieux.
-Héhé, si Inu yasha voyait ça, il crèverait de jalousie ! pensa-t-il satisfait.
-Aaah, il m’énerve ! Pourquoi elle doit se coller à lui comme ça ? râla Inu yasha en voyant Kagome être collée à Koga.
A travers l’eau d’une source, le hanyô pouvait voir ce que faisaient ses amis. Comme l’avait prévu Koga, la jalousie rongeait Inu yasha et il ne cessait de grogner.
-Et cet Illidan… continua-t-il.
L’eau afficha la miko et l’elfe déchu.
-Je ne l’aime pas du tout. En plus, Kikyo et Sesshomaru le connaissent… Hm ?
Il huma frénétiquement l’air à la recherche d’une odeur particulière.
Il avait entre temps retrouvé son odorat, mais n’arrivait toujours pas à définir l’odeur de Mutter.
Il avait cru pendant une seconde sentir l’odeur d’Aryel, mais à présent l’odeur avait à nouveau disparu. Mutter observait le manège du hanyô, couchée dans l’herbe haute. Ses queues battaient l’air, allant d’un côté puis l’autre.
-As-tu bientôt fini ? J’aimerais partir, dit la louve.
Le hanyô regarda la louve. La fourrure de son dos était couverte de sang. Le hanyô soupira. C’était la première fois qu’il avait perdu autant de sang et pourtant, il arrivait à présent à tenir à nouveau sur pieds. Son saignement s’était considérablement atténué, mais il continuait à saigner. La douleur était toujours présente, mais il s’y était habitué.
-Je crois qu’on ferait mieux de rejoindre Kikyo, Kagome et les autres… déclara Inu yasha.
-Tant que je ne pourrai pas sentir l’odeur d’Aryel, je ferais mieux de rester avec les autres… se dit-il. C’est tout ce que je peux faire pour l’instant…
Résigné, il monta sur le dos de la louve. Celle-ci se releva et courut vers le palais.
On aurait cru que la louve était un fantôme. Malgré son imposante stature, elle ne faisait aucun bruit et les rayons de lune l’éclairaient d’une lueur irréelle. Elle traversait champs, prairies et forêts avec une rapidité surprenante et en à peine une heure, elle arriva en haut de la colline qui surplombait le palais. Elle s’arrêta net et, de ses yeux perçants, observa les cadavres.
-Ca pue ! se plaignit le hanyô. Je n’aurais jamais cru que quelque chose puisse sentir aussi fort. Vraiment insoutenable…
-Quand tu auras fini de te plaindre, nous pourrons continuer ! dit Mutter.
Kikyo entra dans le palais et regarda autour d’elle.
-Où est-il ? Où est le taiyôkai que vous avez amené ici ? demanda la miko en regardant droit devant elle.
-Ici ! dit l’elfe déchu, sans indiquer la moindre direction.
Sesshomaru s’approcha du mur du fond et posa sa main dessus. Il l’appuya légèrement contre le mur et elle passa à travers.
-Une illusion ! déclara-t-il.
Sans attendre, le yôkai passa à travers le mur, directement suivi par Kikyo. Koga regarda Kagome qui était toujours collée à lui et lui demanda :
-On y va ?
La jeune fille acquiesça d’un mouvement imperceptible, déglutit avec peine et se serra un peu plus contre le yôkai, de ses deux bras cette fois-ci, car Shippo était allé rejoindre Sango, Miroku et Kirara. Ensemble, ils traversèrent le mur, suivis des autres.
Ils se trouvaient dans une salle encore plus grande que la précédente. En plein milieu, dans un gigantesque bloc de glace, se trouvait un tout aussi gigantesque chien blanc. Sesshomaru fronça les sourcils et murmura :
-Père ???
Il se tourna vers la miko et lui dit :
-Tu veux que je le ressuscite ? Sais-tu au moins qui il est ?
-Non… Mais ceci est le palais d’Aryel. On n’a pas emmené ce cadavre ici pour rien… Je crois que ce taiyôkai et Aryel étaient très proches… Il doit sûrement savoir comment l’arrêter…
-C’est mon père. Inu taisho… Tu dois sûrement avoir entendu parler de lui… Et j’ai entendu dire que c’était Aryel qui l’avait tué. Comment crois-tu que mon père va réagir en étant ressuscité ? Crois-tu donc qu’il ne va pas se souvenir de qui l’a tué ? Pourquoi donc nous aiderait-il à sauver son assassin ? Je crois plutôt qu’il cherchera à la tuer…
Il posa son regard vers le mur.
-D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi Aryel l’a tué… dit-il lentement sans détacher son regard du mur.
-Tout simplement parce qu’il a voulu la tuer, elle ! répondit une voix. |