Alors voilà encore un de mes rêves (décidément >__<") mais comme il est beaucoup plus long que les autres, et que je l'ai pas mal romancé pour l'inclure dans une histoire plus vaste (que je mettrais sûrement énoooormément de temps à terminer TT_TT), j'ai préféré en faire une fic à part.
Alors comme je n'étais pas très fière du début, voici la nouvelle version du prologue, et j'espère qu'elle sera la dernière u_u" normalement je n'ai plus de raison d'y toucher, puisqu'elle me convient bien mieux.
Je préfère préciser que de toute façon, le fond est resté le même, ce sont juste les détails que j'ai ralongés, et, pareil dans les deux chapitres qui suivent, j'ai aussi approfondis le personnage de l'enfant...
Le reste ne change pas. : ]
Sur ce, n'hésitez pas à laisser des commentaires (ça fait toujours plaisir, et j'ai toujours besoin de conseils : 3 )
Bonne lecture!
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La nuit était tombée depuis quelques heures déjà. Les animaux s’étaient tus, et seuls les sifflements du vent dans les poutres ponctuaient le passage du temps. Dans le patelin, les presque cinq cents habitants retenaient leur souffle, priaient pour que les battements de leur cœur s’apaisent. Tous sans exception avaient l’espoir de ressortir indemne de cette nuit, que leur famille soit au complet au petit matin encore.
Les bas instincts refaisaient surface, chacun trouvait l’enfant du voisin bien plus adéquat pour la tâche, mais aussi odieuses que pouvaient être ces pensées, ils restaient parents, et chaque mère voyait ses filles comme les plus pures et charmantes, chaque père comme les plus belles et admirables. Et tandis que eux tremblaient pour leur progéniture, celle-ci n’était qu’enfants loin de se douter du destin qui attendait l’une d’entre eux.
Ils rêvaient paisiblement à des aventures merveilleuses, loin des champs qu’ils travaillaient tout le jour. Ces interminables rangées de semailles qui ne poussaient que très lentement dans la terre stérile. La famine guettait la bourgade, et l’hiver arrivait à grands pas, on préférait donc, réflexe de conservation, porter ses songes loin de la cruelle vérité…
Quelques enfants risquaient un rêve dans la sombre forêt qui bordait les trois quarts du village, s’y perdaient et y découvraient un nouveau monde, féerique et édulcoré.
Cependant, dehors, à la brise nocturne s’ajouta un parfum léger, indéfinissable, malsain par sa singularité. Les pins, leur sève, la terre retournée et humide, les spores des champignons, tous ceci, imprégnant d’habitude la région, était éclipsé par la senteur nouvelle. Et tous les corps, endormis, aux portes du sommeil ou tout à fait éveillés, tous, perçurent l’anomalie.
Un malaise collectif se répandit. Les uns, encore inconscients du danger qui approchait, virent leurs songes se muer en cauchemars, les ailes disparaissant des omoplates en plein vol, l’eau s’engouffrant dans les poumons, la vie s’échappant lentement…
Beaucoup d’enfants se réveillèrent alors en sursaut, et, dans ces masures où toute la famille dormait ensemble pour se protéger du froid, les gamins rencontraient les regards terrifiés et anxieux de leurs parents.
Ne comprenant pas tout, mais leur corps pensant pour eux, ils adoptaient alors la même attitude et tendaient l’oreille aux bruits, du dehors.
Un silence de mort régnait, même le vent d’automne avait cessé, mais toujours l’odeur planait. Pendant d’interminables minutes encore, ce fût le calme plat, puis, au moment où les nuages couvrirent la lune, la tempête prit la relève.
En un instant tous les chiens du bourg entamèrent une longue plainte, hurlant à la mort et jappant, escortant le fléau dans son investigation. Les volets claquèrent et les vitres encore intactes malgré la misère, volèrent en éclats. Et tous les villageois maintenant alertes, aperçurent avec effroi les ténèbres s’engouffrer par les nouvelles ouvertures, pour se mêler à l’obscurité de leur maison.
Le tissu, noir, profond, vaporeux, qui se déplaçait rapidement dans les pièces, glissait sur les courants d’air et passait d’un taudis à l’autre, semant sur sa route un froid glacial, gelant les familles jusqu’aux os et les figeant dans leur terreur, avortant tout cri ou geste défensif.
Dans certaines habitations, l’ombre s’attardait auprès des jeunes filles, tournoyant autour de leur corps paralysé, s’insinuait dans le creux de leur cou et faisait tourbillonner leurs cheveux, puis repartait en épouvanter une autre. Mais dans la plupart des logis, cette nébulosité ne faisait que passer, laissant seulement derrière elle son parfum si dérangeant…
Après ce qui sembla une éternité, les corps ankylosés reprirent peu à peu leurs sens, puis, au moment exact où retentit un cri perçant de femme, il furent totalement libérés de l’engourdissement forcé.
Un fracas de verre et de métal accompagna les multiples échos de la plainte, et des bruits de courses s’ajoutèrent au vacarme : les adultes se ruaient vers le hurlement et les pleurs qui résonnaient dans les boyaux du hameau. Les enfants, restés à l’intérieur sous l’ordre de leurs parents, voyaient défiler le village entier sous leurs fenêtres.
Tous s’empressaient pour voir qui avait été choisi, et éventuellement, pour lutter contre l’agresseur, même si chacun savait la victoire impossible…
Ce fut sur la place principale du village, un nuage masquant toujours les rayons de lune, que les habitants se rejoignirent, faisant cercle, mais restant prudents et en retrait, se retranchant dans les ruelles à chaque mouvement brusque du spectacle qui se déroulait sous leurs yeux :
Au centre de l’esplanade, près de la misérable fontaine, se tenaient cinq formes.
Deux d’entre elles, animée de légers soubresaut pour l’une, et d’une absolue quiétude pour l’autre, semblaient être de gigantesques boutons de rose noire, flottant silencieusement au dessus du sol.
Les trois autres silhouettes étaient humaines, ou en tout cas le parurent jusqu’à ce que l’on pusse clairement les distinguer dans la brume. Car si les deux villageois agenouillés sur les pavés étaient sans conteste des gens normaux, l’homme qui se tenait face à eux, campé entre les deux bourgeons, ne faisait que s’apparenter à l’humanité.
Sa présence s’imposait d’elle même, l’aura émanant de lui dégageant la prestance du conquérant.
De plus, la grandeur n’était pas que sensitive, mais aussi physique, et sa haute taille, déjà prononcée par les deux êtres recroquevillés devant lui, était aussi accentuée par la cape d’obscurité qui l’enveloppait, dissimulant son corps et donnant la désagréable impression que ses pieds ne touchaient pas le sol.
Mais la preuve de son appartenance à une autre espèce se lisait sur son visage, car l’individu avait le teint pâle, cadavérique, contrastant avec ses lèvres cyanosées et ses cernes. La finesse de son visage le rendait anguleux et soulignait cet aspect d’outre-tombe, mais le plus troublant, était la beauté glacée qui en émanait et éclipsait toutes ces étrangetés, y compris la forme de ses oreilles, taillées en pointe, qui démontrait clairement une origine différente des Hommes.
Cependant, l’envoûtement qui planait dans les esprits, empêchant leurs propriétaires de s’attaquer à l’être de sombre perfection qui les menaçait de sa présence, ne détourna pas certaines réflexion, notamment celles des hommes, et la plupart d’entre eux comprit qu’il était la matérialisation du mal qui avait parcouru leur maison quelques minutes plus tôt…
Mais ne prêtant aucune attention aux rumeurs qui se propagèrent bientôt, l’être pâle se tint droit, hautain, fier et indifférent aux pleurs de la mère désespérée, effondrée à ses pieds. Il se contentait de la voir d’un œil vide, sûrement plus absorbé par ses réflexions silencieuses et impénétrables, que par le drame qu’il avait entraîné.
Devant lui, un nouveau sanglot échappa à la femme éplorée, passant outre l’obstacle de ses deux mains lui cachant le visage.
Son mari, penché auprès d’elle, tenta de la relever, mais elle se débattit en hurlant, perdant la raison un peu plus à chaque cri de rage et de peine.
Tous les spectateurs surent que la pauvre femme ne se remettrait sûrement jamais de la perte de son enfant. Et devant cette réalité, ils ne purent que ressentir un profond soulagement, ne pas être à sa place était une véritable bénédiction, et ils ne réalisaient que maintenant, et très nettement, à quoi ils avaient échappé.
Pourtant, une chose encore les dérangeait pour être totalement rassurés : où était la fille ? Car là était l’enjeu…
Et tous de diriger leur regard vers les boutons de rose.
Ce qu’ils contenaient était maintenant évident, en tout cas pour l’on d’eux… Mais l’autre ? Dissimulait-il une bête infernale prête à les décimer ?
A peine libérés de l’éventuelle tragédie familiale, c’était dorénavant leu pire crainte : ne pas survivre à cette nuit.
Cette nuit où le démon leur avait rendu visite…
Cependant, pour le couple en détresse toujours au centre de la place, ce n’était pas sa principale préoccupation, pire, même, puisque s’il avait ne serait-ce que pris conscience de ce danger, sa souffrance n’en aurait été qu’apaisée.
Non, après un long moment, à court de larmes et de force, la mère s’était calmée et avait levé des yeux fatigués vers son bourreau.
Celui-ci ne parut pas plus troublé et garda sa suffisance. Cependant, il entrouvrit légèrement la bouche, assez pour révéler ses longues canines, et prononça d’une voix profonde quelques paroles à l’intention des parents affligés.
Mais, trop loin pour entendre, le reste du village ne pu que le voir tourner le dos à ses interlocuteurs, et s’avancer doucement, silencieusement, vers les deux plantes. Puis, devant leur yeux ébahis, celles-ci éclorent lentement, pétale après pétale, les remout de leur soie noire jetant des reflets mauve sous des rayons de lune rares, la plupart d’entre eux encore dissimulés par les nuages.
Lorsque les fleurs furent sur le point de s’ouvrir, elles exhalèrent une vive bouffée du parfum qui planait depuis l’arrivée du fléau, et avant la fin de l’éclosion, un bras mince sorti prestement de la corolle qui s’agitée faiblement depuis l’arrivée des villageois :
Une tête en émergea bientôt, et lorsque le bouton fut assez large, le corps d’une jeune fille s’y dessina nettement, en position fœtale, de lourdes larmes roulant sur ses joues, et ses longs cheveux blonds en bataille descendant le long de son échine et encadraient l’ovale de son visage.
Les villageois les plus proches purent lire un désespoir sans bornes dans ses yeux bruns. Personne ne l’avait prévenu du danger qui menaçait les pucelles des alentours, et le masque de terreur qu’elle revêtait, était la preuve qu’elle n’avait pas pu se préparer à ce malheureux moment.
Erreur, peut-être, de parents trop prudents…
Elle s’en trouvait encore plus touchée, suppliant ses géniteurs du regard pour avoir une quelconque explication. Mais sa mère ne faisait déjà plus attention, se balançant lentement d’avant en arrière, se chantant une berceuse au milieu des pleurs qui l’avaient reprise.
Le père, quant à lui, totalement effondré, fixait un point à quelques mètres plus à droite de la captive. Celle-ci, ne sachant plus que faire et où trouver de l’aide, suivit des yeux la même direction que lui, et, occultant l’ombre de son geôlier au coin de son œil, découvrit l’autre rose, qui finissait son épanouissement.
Alors elle vit avec la même stupeur que les habitants du hameau, que la seconde fleur contenait elle aussi une prisonnière, fluette, pâle et assoupie : sa petite sœur de quatre ans sa cadette.
L’enfant ne semblait pas vouloir s’éveiller, même sous les doux asseaux de la brise nocturne qui agitait ses fins cheveux bruns. Ses yeux continuaient de rouler paisiblement derrière ses petites paupières closes, et le souffle régulier qui s’échappait, calme, de sa jolie bouche rose, soulevait doucement le buste plat de ses dix ans.
Recroquevillée sur elle-même comme son aînée, elle n’en paraissait que plus minuscule, et accentuait l’absurdité de la situation, le sinistre du crime…
Sa grande soeur se débattit, voulant se libérer et rejoindre sa famille, du moins ses parents, mais les étamines de la plante s’étaient enroulée autour de ses jambes, les entravant avec force. De nouveau, elle lança un regard désespéré vers les gens de la place, mais un moment passa, et personne ne vint l’aider…
Peut-être lassé par ce spectacle navrant, le vampire, qui avait fait quelques pas, effectua un infime mouvement de la main, et les fleurs entamèrent le processus inverse, ayant à peine fini leur essor, elle se refermaient. Mais après tout, si les parents n’étaient pas capables de faire des adieux décents à leurs filles, il n’était pas nécessaire de s’attarder plus longtemps, il avait d’autres affaires à traiter.
C’est donc après quelques secondes, plus courtes encore que les précédentes, que les visages des deux enfants, terrifié pour l’un et toujours serein pour l’autre, disparurent, engloutis par le cœur de la plante.
Les villageois comprirent le départ imminent de la créature des ténèbres, et ne purent qu’interpréter son acte final comme la volonté de faire souffrir des parents déjà meurtris, exposant leurs enfants comme des trophées humains, et emmenant jusqu’à une fillette de dix ans dans son antre.
Le monstre se replaça silencieusement entre elles, et, de sa voix fascinante, salua poliment les habitants. Cependant, une bourrasque de vent balaya la place et emporta ses paroles, comme elle le fit de son corps, se désagrégeant en cendres légères. Poussière et fleurs s’effeuillant furent transportés, loin au fond de l’austère forêt.
Alors seulement, la lune, ronde de toute sa beauté, posa son œil inquisiteur sur le lieux de toutes les souffrances, et l’inonda de ses rayons.
Les villageois, pantois devant cette sortie, et l’arrogance qui avait accompagné cet être maléfique jusque dans son salut, suivirent des yeux l’ombre néfaste qui s’éloignait hâtivement dans le ciel. Puis, quand celle-ci disparu derrière les cimes, ils échangèrent de longs regards, et des murmures se répandirent, chacun commentant l’événement.
Certaines femmes partirent précipitamment rejoindre leur progéniture, d’autres avancèrent lentement vers les parents déconfis des deux victimes.
Ils n’avaient toujours pas bougés du centre de la place.
Toutefois, la mère poussa un cri déchirant lorsqu’on s’approcha trop d’elle, et plus personne ne s’y risqua.
Alors, chacun retrouva son logis, abandonnant les deux débris humains à leur désolation.
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