Il entrait dans ce vaste hall pour la quatrième fois en une heure. La fille le suivait sans trop rien dire, et il n’osait pas, lui non plus, ouvrir la bouche de peur de dire une bêtise. Il sortait tout juste d’une tempête cérébrale, analyse et définition du trouble dont il se remettait tout doucement, et la conclusion à laquelle il était parvenue ne lui plaisait pas du tout. Il avait deux choix, et aucun des deux ne l’attirait vraiment. Et comme il se connaissait, le moindre mot prononcé pourrait entraîner un drame, il préférait donc s’abstenir, du moins jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à l’appartement de son oncle.
Pourquoi est-ce que le Comte l’avait choisit lui d’ailleurs? Mystère. Son oncle n’était pas le médecin que privilégiait le Maître, ce n’était même pas lui qui avait soigné la sœur de l’invitée… Il était juste là pour la goutte du chef cuisinier… Non vraisemblablement il n’y avait aucune logique à la caser dans son minable logis. Le jeune homme avait juste eu l’impression qu’on voulait se débarrasser d’un poids. Ce n’était pas la première fois que des visiteurs étaient mis à l’écart, et en général, il s’averrait toujours que la personne était, en effet, un beau fardeau… Il avait donc réagit en conséquence, prendre sa vespa pour aller accueillir le boulet, les bourges n’aiment habituellement pas ce genre de machine, parfaite donc pour leur donner une petite frayeur et les aider à ne plus revenir ennuyer le Comte, mais cette fois-ci, il s’était fait prendre à son propre jeu, le visiteur étant une adolescente. Bien qu’il voulait être le plus désagréable possible, il n’était tout de même pas dénué d’un minimum de bonnes manières… Enfin il lui avait semblé que cette fille-là était comme toute les autres, pas plus chiante, mais pas moins non plus…
Réalisant que l’objet de toutes ses pensées n’était plus à côté de lui, il s’arrêta au palier qu’il avait atteint sans vraiment s’en apercevoir. Il se retourna pour voir où en était la jeune fille, et ne pus retenir un petit sourire lorsqu’il s’aperçu qu’elle avait remis son manège avec ses talons et ses jupons… Il reprit vite contenance et repensa au Comte. Il avait commis une erreur en l’éloignant de son domaine. Il s’en voudrait peut-être s’il s’en rendait compte, sûrement, d’ailleurs, puisque dès demain elle y passerait l’après-midi. Le métisse eu un pincement au cœur à cette pensée. Si elle était venue jusqu’ici c’était probablement dans l’éventualité d’être fiancée. Après, des rumeurs avaient dues dissuader le Comte de livrer son fils à une mégère… Mais les ragots se trompaient souvent… Bizarrement, il n’avait aucune envie que le Maître revienne sur son jugement.
« Son fils est un parfait crétin, aucune femme ne serait heureuse avec lui, même sa mère ne le supportait pas! Une chèvre ferait tout aussi bien l’affaire et ça épargnerait une vie ! Cette gamine est déjà malheureuse comme les pierres, son regard le hurle, elle ne mérite pas un avenir aussi pitoyable. »
S’apercevant tout à coup du genre de pensées qui lui traversait l’esprit, il s’assombrit. Un nouveau trouble l’affectait, comme plus tôt, et l’apparition de se nouveau symptôme ne fit que conforter les soupçons qu’il avait eu. Il définissait ce sentiment comme un début de jalousie, mais aussi un désir plus difficile à expliquer, ce n’était pas réellement de la pitié pour cette jeune fille, mais il avait l’impression que s’il s’en éloignait trop, elle ne vivrait pas longtemps, il ne voulait pas la laisser. Il savait pertinemment ce qui était en train de prendre forme dans son esprit et les questions qui s’imposèrent assez rapidement étaient : « Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? Comment faire pour l’éviter ? En ai-je seulement envie ? » .
Il ne remarqua qu’à cet instant que la demoiselle enlevait ses chaussures.
« Mais qu’est-ce qui lui prend ? »
Il rougit un tantinet lorsqu’il aperçut furtivement un bout de peau, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour cacher ses pieds.
Lorsqu’elle eut fini, elle monta d’un trait toutes les marches jusqu’à lui, dans un silence de mort, juste ponctué par le froufrou de sa robe, puis arrivée à son côté, elle leva brusquement la tête et, regardant en direction des prochains escaliers, lui demanda si ils devaient monter encore. Il était clair qu’elle n’était pas très fière d’elle et les yeux qu’elle avait légèrement vitreux ne l’incitèrent pas à faire de commentaire. En cet instant elle paressait assez fragile prête à se briser s’il la secouait un peu trop. Cette impression était renforcée par le fait qu’elle se tenait toute droite, sur la pointe des pieds, pour ne pas céder du terrain à l’ennemi semblait-il, mais ne paressant que plus ridicule. Et cette vision attendrit le nouvel épris…
-« C’est au troisième étage. » Il réfléchit quelques secondes et était sur le point de lui demander si elle voulait qu’il lui portât ses souliers, mais il se ravisa, il ne voulait pas qu’elle le prenne comme une insulte à son amour propre. Après tout, vu dans quel état d’esprit elle était, elle aurait très bien put prendre ce geste comme une nouvelle tentative de moquerie.
Il reprit son ascension. Elle attendit qu’il ait monté trois marches pour le suivre, non pas qu’elle voulut de nouveau se trouver en position d’infériorité, mais l’usage, toujours l’usage, lui imposait de se faire conduire. Le seul avantage qu’elle trouvât dans ces codes était de pouvoir se placer derrière les gens et ainsi en apprendre beaucoup en regardant la démarche, la posture de la personne qui se trouvait devant elle, et tout cela sans que ce soit réciproque. Et puis on était toujours moins en danger derrière un bouclier humain, et si celui-ci était lui même un danger, les coups par derrière sont toujours plus efficaces.
Maintenant qu’elle était débarrassée de ses talons, la jeune fille pouvait lever les yeux et ne plus fixer chacune des marches qui disparaissaient sous sa robe. Elle décida donc de s’absorber dans l’analyse de la gestuelle de son guide.
Comme il fallait s’y attendre la première partie de son anatomie qui lui apparut en levant la tête était de celle qu’une jeune fille bien née doit éviter de fixer… De toute façon, ce n’était pas ce qui intéressait celle-ci. D’ailleurs elle n’avait jamais compris ce qui pouvait attirer l’attention de la gente féminine sur cette partie du physique en particulier. Quoi qu’il en soit, elle préféra diriger son regard le long de l’échine du jeune homme. Son dos n’était pas très large, ses épaules non plus par conséquent, mais si l’on prenait en compte sa taille mince et la finesse de ses membres, il était, dans l’ensemble, parfaitement proportionné. Les plis de sa chemise s’inventaient à l’infini en suivant la ligne de ses reins, ceci, et sa démarche rapide, eurent tôt fait d’hypnotiser la demoiselle et elle suivi sans presque s’en rendre compte, le balancement de ses bras que l’on devinaient raisonnablement musclés. Dans cette transe elle ne pensa plus à ce qui l’entourait et fini par ne plus se concentrer que sur le léger parfum que son guide exhalait, et qu’elle ne remarquait que maintenant. La légère brise qui les avait accompagné tout le long du trajet, et la distance que sa lente ascension avait mise entre eux, en étaient sans aucun doute la cause, et il lui semblait à présent que de ne pas en avoir profitée plus tôt était une nouvelle peine qu’on lui infligeait. En effet, l’effluve singulière, vive et fraîche, mais toujours discrète, lui donnait l’impression d’un nouveau souffle. Plus elle captait ses arômes, et plus il lui semblait que sa poitrine était libérée du poids de la solitude qui la rongeait depuis son abandon sur la place de la ville. Elle se senti bien, et en sécurité auprès de cet homme. Mais elle se reprit rapidement, les parfums induisaient parfois en erreur, et celui-ci, exotique, collait un peu trop bien au métissé qui la menait, pour être honnête. Mais une fois l’effet produit, elle ne put plus effacer totalement le sentiment de douceur qui s’emparer d’elle à la pensé du jeune homme, comme si, maintenant, indissociable, il faisait parti intégrante de celui-ci.
L’adolescente, pour ne pas se laisser remporter par la vague de tendresse, préféra rapporter son attention sur quelque chose de plus concret, mais après avoir jeté un œil sur les murs décrépis, elle en revint instinctivement à l’adonis qui la précédait. Non pas qu’elle le voulu, c’était plutôt comme si un puissant aimant la ramenait inlassablement à ce sujet. Mais cette fois-ci, pour ne pas repartir dans une torpeur navrante de mièvrerie, elle ne fixa plus que la nuque du domestique. Ce n’était pas un cou d’aurochs, loin s’en fut, mais il s’en dégageait une masculinité toute particulière, délicate et pourtant ferme, assurée. Les cheveux d’un châtain sombre, coupés ras, étaient implantés en deux pointes encadrant la première vertèbre, et régulièrement sur tout le contour de son crâne, et stoppaient net, comme sous l’effet d’une barrière invisible qui cerclerait la tête du jeune homme, juste au-dessus des oreilles. A partir de là, petite fantaisie qu’il s’était permis, ses cheveux s’échappaient plus longs et plus clairs, lui barrant sans doute la vision quelques fois. Vu de dos, la jeune fille ne pus repousser une image d’anémone de mer s’imposant à son esprit, et le charme qui opérait sur elle depuis qu’elle avait entreprit son portrait fut totalement anéanti.
Juste à temps d’ailleurs, puisque le sujet de ses attentions, bifurqua dans les couloirs du troisième étage, la conduisant toujours plus loin dans ces boyaux mal éclairés, jusqu’à une porte délabrée au fin fond d’un corridor. Après quelques coups frappés, on entendit un déclic et la porte s’entrebâilla, puis le jeune homme entra sans cérémonie en la poussant avec force pour la faire glisser sur la moquette. Il se retourna et invita la jeune fille à entrer, ce qu’elle fit après quelques secondes d’hésitation. Le nouvel environnement qui se présentait à elle, lui présageait d’être, d’une certaine façon, hostile.
Elle se trouvait dans une salle de cinq mètres sur quatre à peu près, qui s’étendait tout en largeur et seulement éclairée par les lampadaires de l’extérieur et la lumière blafarde de la pièce attenante. En attendant, celle dans laquelle l’adolescente se tenait semblait être un salon, puisqu’un canapé encadré par deux grandes fenêtres occupait toute la longueur du mur qui faisait face à l’embrasure de la porte d’entrée. Toute la pièce était revêtue d’une tapisserie verte aux motifs floraux dorés et cuivrés qui agressaient les yeux et rappelaient les cabinets rococo des siècles précédents, dans lesquels de riches et éminents personnages choisissaient de travailler. S’y ajoutaient les multiples regards vides, morts, des têtes de chamois, élan et autres cervidés empaillés qui décoraient le mur au dessus du divan. Encore sur le seuil d’entrée, l’adolescente pensait déjà s’enfuir, les innombrables bocaux abritant liquides fluorescents et organismes divers, disposés en rangs dans chaque meuble massif et vitrine de la salle, la répugnant au plus haut point. Même les ombres que projetaient les fenêtres paraissaient étranges et contribuaient au malaise qu’elle ressentait. Des livres éparses, aux titres énigmatiques, se voulant scientifiques mais n’en étant que plus obscurs, jonchaient la moquette épaisse et moutonneuse qui avait donné tant de mal à l’ouverture de la porte.
Soudain, elle entendit un tintement de porcelaine dans la pièce adjacente. Se tournant vers la gauche, elle vit une grande embrasure où aurait dut se trouver une porte à double battants, mais qui, vide, révélait une petite cuisine aux placards d’un blanc sal. Une table, au centre, prenait tout l’espace, et ne laissait qu’un maigre passage entre les meubles et elle, ne permettant pas à deux personnes de passer côte à côte.
Un homme se tenait de dos dans cette petite allée. Penché au-dessus d’un service à thé aux mêmes décorations que les murs… Il se retourna après quelques secondes, révélant un embonpoint prononcé et une calvitie plus qu’avancée. Son visage rond et débonnaire était à moitié mangé par d’épaisses lunettes, en sorte que, faisant loupe, les yeux du vieil homme paraissaient anormalement grands et lui donnaient un air de grenouille sympathique. Son grand sourire surmontant un léger double menton et les cheveux blancs et frisés qui faisaient le tour de sa tête accentuaient l’aura clownesque qui se dégageait de sa personne. Seuls les habits, un vieux gilet vert aux grosses mailles râpées, recouvrant une chemise rapiécée et étirée sur le ventre bedonnant, et un pantalon marron délavé mais soigneusement repassé, cachant par ses plis nombreux des mocassins usés jusqu’aux coutures, l’éloignaient clairement du maître de cirque, même du clown blanc.
« -Soyez la bienvenue ici, mademoiselle » dit-il en s’approchant de quelques pas.
" -J’espère que ce modeste appartement vous conviendra, sachez qu’il est à votre disposition tout au long de votre séjour. »
Devant le regard stupéfait de la jeune fille, il se demanda instinctivement s’il avait fait une bourde, ou s’il avait oublié quelque chose. Puis soudain cela lui revint :
« Oh ! Excusez-moi, je ne me suis pas présenté, il faut dire que je n’ai pas l’habitude de rencontrer des personnes de votre rang, je ne suis qu’un médecin de petit acabit, mes patients me sont tellement familier que nous nous appelons tous essentiellement par nos prénoms… »
Se rendant compte qu’il s’éloignait de plus en plus du sujet, il se présenta donc brièvement, précisant au passage qu’il était l’oncle de ce « charmant jeune homme » qu’il espérait « avoir été correct » durant le trajet de la place à l’appartement. La jeune fille avait à ce moment, dirigé son regard vers l’intéressé, mais celui-ci l’avait évité en détournant les yeux avec gène, et était parti s’installer sur le canapé, jambes écartées, main pianotant nerveusement sur un genou et l’autre bras nonchalamment étendu sur le dossier.
La conversation dura encore plusieurs minutes, sur le voyage, la fatigue, le Comte. Puis le domestique et son oncle prirent enfin congé, non sans que le dernier n’ai précisé que la théière contenait une tisane qui aiderait sûrement la demoiselle à trouver une certaine sérénité après cette journée plutôt chargée…
Elle était enfin seule ! Au calme ! Elle n’allait pas se gêner pour boire ce qu’on lui avait si gentiment préparé. Mais avant ça, elle s’était promis une douche tiède qui valait sans nul doute toute les tisanes du monde.
Elle traversa le salon vers la seule porte qu’elle n’ait encore ouverte, à droite de l’entrée. Et bien évidemment la salle d’eau était derrière. L’appartement n’était en fin de compte qu’un alignement de trois pièces, dans lequel on entrait par celle du milieu. Bien précaire pour quelqu’un comme elle, mais après tout, elle n’avait pas à cohabiter, elle pouvait tout se permettre, alors pourquoi se plaindre ?
Elle prit donc cette douche tant désirée, mais fut contrainte d’abréger son plaisir puisqu’il se faisait tard et qu’elle se devait d’être en bonne forme pour le lendemain.
Elle tira de ses bagages -amenés bien avant elle en ces lieux- une chemise de nuit napoléonienne, au décolleté carré jusqu’à mi-sein. L’étoffe plissée formait ensuite une sorte de poche où nichait sa poitrine, et les coutures, resserrées juste au-dessous de celle-ci, laissaient ensuite s’échapper un flot de tissu vaporeux, en multiples épaisseurs, de manière à ce que les courbes de la silhouette restent à peine perceptibles, parfois elles apparaissaient lorsque l’adolescente se penchait ou faisait quelques pas, mais c’était là l’avantage, l’attrait sensuel, on pouvait tout s’imaginer. Ainsi, après sa toilette, se dirigeant vers la cuisine pour y prendre une tasse du fameux breuvage, les plis innombrables, les voiles aériens, lui conféraient un aspect évanescent, éthéré, fantomatique, seulement trahit par l’apparition régulière des deux pieds nus, au rythme de ses pas.
Elle les regarda, ses deux extrémités meurtries. De petites ampoules avaient éclos un peu partout, et elle ne pus réprimer un regard noir aux chaussures qu’elle avait posé dans l’entrée. En y repensant, le docteur n’avait même pas fait attention à cette bizarrerie, tant mieux ! Elle avait donc réussi à dissimuler ses pieds sous sa robe, et s’était évité une nouvelle humiliation.
Toutefois s’apercevant que les volets du salon n’étaient pas encore fermés, et la tenue dans laquelle elle se mouvait, elle couru précipitamment vers la salle de bain y prendre son peignoir. Décidément, elle ne serait à l’abri des hontes nul part… Pourquoi une telle maladresse ? Plutôt de l’étourderie en fait. Mais bon, lorsqu’elle se pencha pour fermer les panneaux de bois, elle remarqua avec soulagement qu’à cette heure tardive, personne, dans les immeubles voisins n’était encore éveillé, à l’espionner derrière une fenêtre.
La pièce était encore plus sombre maintenant, mais toujours éclairée par la cuisine. Il était temps de se coucher. Elle alla se verser une tasse de tisane et en bu quelques gorgées brûlantes. Son intuition lui annonça une nuit tranquille et pleine de rêves, -le seul moyen d’évasion de la jeune fille en dehors de ses livres-. S’approchant à pas lents vers le canapé, cette impression décru cependant d’un chouia à la vue des ressors qui s’en échappaient. Elle disposa l’oreiller et les couvertures de façon à les sentir le moins possible, mais fût tout de même moyennement satisfaite du résultat. Mais il faudrait s’en contenter ! Et puis ce n’était pas le bout du monde en échange de la liberté dont on la laissait jouir. Elle allait reprendre sa tasse, qu’elle avait posé sur une petite table de chevet, pour la finir, lorsque de rapides petits coups furent frappés à la porte. Il était presque deux heures du matin et la fatigue pesait sur la jeune fille comme une poule sur son œuf. Passablement irritée qu’on vienne de nouveau la déranger, elle alla vérifier au judas quel était l’intrus qui osait commettre un tel sacrilège.
Elle ne fut presque pas surprise de découvrir le métisse qui patientait devant la porte –qui d’autre que lui pouvait être aussi mal élevé ?-.
« -Que voulez-vous ? » chuchota-t-elle à travers l’entrée.
« -Mon oncle a oublié de vous ouvrir le canapé. Je suis là pour le faire.
« -C’est bon je me contenterai d’un lit simple.
« -Vous plaisantez ? Vous manquerez de rouler par terre toute les cinq minutes ! »
Elle réfléchit. Il n’avait pas tort, mais tout ce qu’elle souhaitait était qu’il s’en aille au plus vite. Qu’avait-il à insister autant pour son confort alors que jusque là, on aurait pus penser qu’il cherchait justement à l'importuner le plus possible ? Le choix le plus judicieux était de le laisser faire, ainsi il partirait rapidement et elle éviterait d’inutiles et interminables discussions. Ouvrir un divan ne prendrait que quelques secondes.
Après avoir déverrouillé le passage, elle le laissa entrer, en prenant soin de resserrer sa robe de chambre autour de sa taille. Le mouvement ne manqua pas d’attirer l’œil du jeune homme, qui rougit imperceptiblement dans la pénombre en détournant hâtivement son regard. Apparemment il devait plus ou moins connaître le genre de chemise de nuit qu’elle portait en dessous, et comme tout le monde le sait, à cette âge l’imagination débordante ne demande qu’à être libérée.
Reportant son attention sur le canapé, il entreprit de chercher le moyen de le déplier. Mais voyant que ses tâtonnements étaient infructueux, la demoiselle –qui voulait de plus en plus se débarrasser de ce domestique malvenu- se porta à son aide et trouva le petit loquet du premier coup. Ensemble ils allongèrent la couche et une fois fait, l’adolescente redisposa les coussins et couvertures. En effet, il semblait qu’elle allait bien mieux dormir ainsi.
Mais elle sentait un malaise grandissant, elle savait que le point brûlant dans son cou était du au regard insistant du domestique à ses côtés. Une question lui vint comme un déclic en tête, pourquoi ne repartait-il pas, son travail terminé ? Lentement, elle se tourna vers lui, et à la lueur de la lampe, qui se reflétait dans les yeux sombres et bridés de son voisin, elle cru y percevoir un éclat étrange, qu’elle n’avait encore vu chez personne, et qui ne lui disait vraiment rien de bon…
|