Bonjour bonjour ^^
Bon, ce chapitre-ci aura vite vu le jour : ) une atmosphère un peu plus légère et un petit (oui très petit) débroussaillage sur le fonctionnement des castes m'ont semblées importantes (enfin pour l'instant ce n'est peut-être pas le plus important, mais je pose les bases pour un long récit que je voudrais structuré et sans failles TT_TT (la fin, et les différents événement intermédiaires sont déjà pensés, donc pas de panique! je sais où je vais =] )
Voilà! Pour l'instant je m'attarde sur le premier jour, mais le temps passera beaucoup plus vite par la suite x)
Et puis même si le tout restera sérieux, l'histoire ne sera pas toujours aussi glauque et pesante que dans le chapitre précédent... c'est juste que là, c'était un truc trèèèèès important ; ]
Alors bonne lecture!
P.S: Asuka, je suis curieuse de savoir ce qu'était ta théorie? ^__^ (d'ailleurs là je sens qu'avec ce chapitre, je vais décevoir... <_<" )
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Mia s’était jetée de tout son faible poids sur le lit impeccablement fait, enfouissant son petit nez dans l’oreiller moelleux, et n’avait plus bougé des draps froissés depuis.
Elle était retournée à sa chambre tant bien que mal, en s’orientant presque au hasard dans les couloirs…
Après dix minutes de errance, elle avait atterri miraculeusement devant ses nouveaux appartements, juste à temps pour ne pas, comme le matin même, éclater en sanglots au beau milieu de ce labyrinthe…
A partir de là, elle avait trouvé refuge sur le matelas qui la supporterai, elle en avait conscience, bien plus longtemps qu’elle ne l’avait escompté :
Sa sœur était bien trop mal en point pour qu’elles ne s’échappent dans les jours à venir… et elle ne pouvait même pas espérer l’aider elle-même…
Un petit gémissement traversa la taie de coton, suivi de près par un reniflement…
« Je sers franchement à rien ! c’est dans les plus mauvais moments que mes maudites limites m’empêchent d’aider ceux que j’aime !!!! » geignait-elle intérieurement.
Sa sœur exigeait plus que jamais soins et attentions, mais elle n’avait pas voulu revenir sur le sens de ses délires, et ses problèmes étaient restés hors de portée de la gamine…
Enfin c’est ce que celle-ci aurait voulu prétendre, car la boule au ventre qui s’obstinait à lui donner la nausée lorsqu’elle repensait aux plaintes déchirantes de Minska, prouvait bien, au fond, que son intuition avait déjà tout pigé… après, ce n’était plus qu’une question d’auto persuasion : Rien n’allait si mal, elles s’évaderaient toutes les deux d’ici quand le moment serait propice, et elles recommenceraient une vie comme avant…
Rien ne pouvait être inéluctable…
Rien de si grave ne s’était, et ne se passerait jamais ici…
Ses frêles épaules cessèrent peu à peu de trembler.
Elle avait été lâche en abandonnant sa sœur dans le petit salon : même si l’adolescente avait prétendue vouloir se reposer et avoir besoin de solitude, Mia n’aurait jamais dû l’écouter.
D’un autre côté, ne sachant vraiment quoi faire face à elle, lui tenir compagnie n’aurait-il pas aggravé les choses ? Si la jeune fille avait besoin d’un peu de temps pour se confier entièrement et sincèrement, mieux valait ne pas la brusquer…
Mais l’enfant avait tout de même l’impression d’avoir fait le mauvais choix…
« Tant pis. » raisonna-t-elle, « c’est passé, et je ne peux pas l’effacer… »
Elle se releva brusquement, et se mit en tailleur sur les draps, à présent complètement sans dessus-dessous.
«…mais je vais me faire pardonner ! si je ne lui suis pas directement d’une grande aide, je peux quand même faire tout mon possible pour que nous allions mieux plus vite !
Tant pis si l’escale prend des airs de séjour, si je m’active dès maintenant à notre évasion, ça sera prêt le moment venu ! » pensa-t-elle avec ferveur, serrant fermement ses petits poings levés.
Puis elle bondit au sol, partant à la recherche d’un nécessaire d’écriture : elle s’était promit de tracer un plan, n’est-ce pas ? Alors autant mettre son temps libre à profit. Le Maître l’avait lui-même précisé, que jusqu’à leurs heures de rendez-vous, elle pouvait faire ce que bon lui semblait… enfin presque.
Mais cette pensée en entraînant une autre, la gamine déglutit tout à coup comme elle se souvenait de l’entrevue prévue pour le soir-même…
Elle avait complètement omis ce détail…
« Je devrai faire attention à ne pas me retrouver dans le même état que Minska, sinon adieu nos projets d’évasion…
Enfin si j’obéis aux conseils d’Aika et Katsumi, il n’y a pas de raison qu’il m’arrive quoi que ce soit…je crois… »
A nouveau, elle eut du mal à avaler sa salive, et se dit que dans tous les cas, s’il lui prenait soudainement l’envie de fuir pendant le rendez-vous, tout du moins elle connaîtrait les lieux…
« -Enfin encore faut-il que je trouve de quoi écrire !!! » bougonna-t-elle tout à coup à haute voix, en fouillant rageusement les tiroirs –pour la plupart vides- de ses meubles.
Des draps volèrent, deux ou trois boîtes vides aussi, mais elle eut vite fait le tour, et ne réussi à dénicher qu’un vieux parchemin jaunis dans le fond de sa coiffeuse, et une plume à moitié décrépite à ses côtés.
Les tirant de la poussière, elle leur jeta un regard mi-dédaigneux mi-déçu, et finit par soupirer en secouant sa petite tête ronde de droite et de gauche : un dépit profond s’y lisait à présent.
« Bon, c’est mieux que rien après tout… mais… je n’ai pas d’encre… »
Il semblait que le destin s’acharnait sur elle.
« Nan mais quel intérêt de mettre ça là si on ne peut pas s’en servir ?!? Je dois vite trouver quelque chose, j’ai pas tout mon temps moi !!! »
Puis elle fut soudain inspirée :
Toutes les histoires qu’elle avait entendu les soirs d’orage, les mêmes qui lui étaient revenues le matin, dans les couloirs, lui apportèrent l’idée lumineuse –mais pas très pratique- dont elle avait besoin.
Pas très sûre d’elle, la gamine regarda son pouce gauche avec un air dégoûté.
« Bah ! c’est pas grand chose…, et puis c’est pas le moment de pinailler ! » se morigéna-t-elle.
Alors elle porta lentement son doigt à ses lèvres, chercha doucement comment positionner ses canines, et pinça de toute ses forces la pulpe de son pouce, déchirant ensuite sa peau d’un coup sec.
Elle tiqua sous la vive douleur, mais ne pleura pas, consciente qu’elle l’avait cherché, et que, dans un certain sens, ceci était nécessaire… son sang en guise d’encre ferait parfaitement l’affaire, car elle avait apprit à se connaître, et savait qu’il ne coagulait que très lentement...
Elle entreprit alors de se concentrer sur sa tâche, à savoir remplir sa feuille, en y dessinant la salle qu’elle occupait, et, de mémoire, les couloirs qu’elle avait emprunté pour se rendre à la salle à manger, puis au salon.
Bien que ses croquis fussent très succins, il apparut bien vite qu’elle n’aurait pas la place de représenter l’immense étage en entier.
« Il faudra donc que je me contente d’un chemin prédéfini… Bon. Tant mieux d’un côté, puisque finalement je n’ai plus qu’à remplir les espace vides, ça limite mon exploration, et ça me permet d’organiser mon temps… »
A la vérité, elle était un peu déçue, car la curiosité et l’envie de remplir la promesse qu’elle s’était faite pour être pardonnée, l’aurait facilement emportée dans tous les recoins du bâtiment.
Mais l’enfant se consola bien vite.
L’impatience et surtout l’envie de chasser l’image déconfite de sa sœur, la poussèrent à sortir dans le labyrinthe de l’étage sans plus tarder, et elle poursuivit son excursion du matin avec un nouvel entrain.
Pendant plusieurs minutes, elle suivi les couloirs silencieux, s’y faufilant avec la rapidité et la discrétion d’une souris, en ayant garde de toujours tourner dans le même sens.
Cette, fois, la petite fille prit soin de relever les détails de la décoration pour savoir où elle était déjà passée, histoire de s’imprégner au mieux des lieux, et de pouvoir s’y repérer plus facilement lorsqu’elle n’aurait plus son plan à la main.
Sans toutefois abandonner complètement ce dernier, elle finit même par s’intéresser plus à son nouveau toit.
Dans sa dissection visuelle minutieuse, elle put alors constater que le propriétaire était certainement issu d’une ancienne et prestigieuse lignée, car à chaque tournant, elle découvrait de coûteux portraits.
Toutes les personnes qu’ils représentaient diffusaient une beauté extraordinaire, un tantinet sauvage, et la plupart avait la peau pâle, laiteuse. Mais impossible de savoir si c’était naturel ou seulement dicté par une mode sinistre, car des figures revenaient parfois, tantôt cadavériques, tantôt fraîches, pleine de vie et vierges de maquillage.
La petite était impressionnée et admirative devant tant de splendeur, mais en dépit de cela, insidieusement, la perfection de certains traits la mit mal à l’aise : elle exerçait un charme étrangement envoûtant, auquel on pouvait difficilement échapper…
…même à travers un tableau.
Sans perdre de leur beauté, les individus représentés, avaient quelque chose de lugubre : leur regard aux couleurs étranges n’avait pas d’éclat, et leur visage était fermé en une expression d’austérité pure, comme s’ils en avaient voulu au peintre qui les avait immortalisé…
A ce moment, l’enfant ressentit sans mal ce qui devait être le conflit des sens perçut dans certaines paroles de sa sœur...
« Bien qu’elle ne m’inspirent pas confiance, ces personnes me demanderaient une faveur, que je serais encline à leur obéir… Et ce ne sont que des représentations… en vrai, ce doit être dix fois pire… » songea-t-elle.
Car aucun doute que si elle s’était retrouvée en personne devant l’un de ces personnages, elle n’aurait jamais sut fixer son choix sur la confiance ou la suspicion...
Un frisson secoua la fillette de la tête au pied : consciente que son rendez-vous avec l’incontestable descendant de ses inconnus approchait à grand pas…
Elle préféra donc se détourner, s’affaira de nouveau -et plus rigoureusement- à son croquis, continuant son exploration de plus belle en suivant l’épais tapis rouge et molletonné qui la protégeait du froid, et promenant son regard inquisiteur un peu partout.
Le long des murs, de lourdes commodes en bois massif se succédaient, et étaient couvertes d’objets précieux, à l’utilité plus qu’énigmatique pour Mia. Mais malgré ça, elle s’arrêtait devant les plus beaux d’entre eux – pour sûr, jamais enfant plus curieuse n’avait vu le jour-, et les examinait avec intérêt.
Elle finit par trouver une petite horloge magnifiquement ouvragée, présentant ses surfaces laquées à la lumière que laissait entrer la fenêtre de la galerie.
« C’est bien beau mais ça ne me sert pas à grand chose… » rumina l’enfant, « il faudrait encore que je sache lire l’heure… »
Mais elle continua à fixer le cadran, et, à force, elle finit par ne plus voir que son reflet.
Son image de petite fille bien propre la gêna : elle n’arrivait pas à se reconnaître sous le tas de tissu satiné et de rubans qui la couvrait… au village, lorsqu’elle portait des vêtements adéquats, on l’avait plus d’une fois prise pour un garçon, avec ses cheveux courts et son corps sans formes… seuls ses grands yeux brillants et sa petite bouche rose l’avaient parfois trahi… alors là, son reflet ne lui présentait qu'une inquiétante étrangère...
Un peu mal à l'aise, elle se détourna tant de la pendule que de ses pensées, et déambula encore quelques minutes, son plan improvisé à la main, le développant au fur et à mesure que ses pas silencieux l’emmenaient vers de nouveaux embranchements.
« Finalement, il y a pas mal de grandes fenêtres sur la voie principale de l’étage… comment ai-je fait, ce matin, pour ne pas longer le mur qui donne sur l’extérieur ? C’est quand même plus agréable d’être à la lumière ! »
Puis elle s’approcha de la vitre et regarda l’immense étendu du bois qui entourait le château.
Elle n'arrivait pas à voir le village, ni même la fin de cette forêt... ce n'est pas pour rien que ses parents lui interdisaient d'y aller...... avant.....
Mais quelle beauté tout de même.
Les cimes étaient balayées par le vent d’automne, des oiseaux planaient dans le ciel impeccablement bleu où seuls quelques nuages cotonneux passaient à grande vitesse.
Tout était normal........ dehors…
En contraste, au moment où elle se détournait de ce spectacle, l’atmosphère du corridor devint brusquement pesante.
La gamine se raidit.
L’air devint encore plus glacial.
« J’ai comme un mauvais pressentiment… »
D’un mouvement saccadé par la peur, elle se tourna vers l’armure, de l’autre côté du couloir, et resta là, à la fixer, le temps d’être totalement apaisée…
« -Pfiou ! » fit-elle à haute voix, pour se rassurer, alors que l’amas de métal n’avait pas bougé d’un pouce, « c’est encore mon imagination qui me joue des tours… »
Mais à peine eut-elle finit sa phrase, qu’un rire où seule résonnait la folie retentit tout proche de son oreille.
Elle hurla d’effroi et de toute ses forces, et fonça tête baissée en pleurant et éparpillant les feuilles de son plan sur son passage.
« -Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!!!! Mais c’est quoi ces truuuuuuuuuuuuucs !!!!!!!!!»
Juste avant de tourner à l’angle, elle sentit encore des doigts extrêmement froids sur son bras…
Vingt minutes plus tôt :
Postée devant la porte à laquelle elle n’avait pas osé frapper, la voix du Maître lui parvint étouffée.
« -Vous devriez commencer à connaître les moindres détails de ce battant depuis le temps, non ? »
La jeune femme se mordit la lèvre. C’était vrai, à chaque fois qu’elle devait venir dans ce bureau, ce même petit manège la rattrapait…
« -Entrez, Katsumi. Je n’ai pas que ça à faire ! »
Posant sa fine main sur la poignée, elle obéit et entra dans le vaste cabinet.
Elle dut plisser les yeux face à la subite clarté des lieux.
En ce début d’après midi, les deux immenses fenêtres laissaient entrer à flots les rayons du soleil automnal.
« -C’est agréable, n’est-ce pas ? » nota le Comte, sans même lever les yeux vers elle, trop absorbé par la lecture d’une lettre.
La belle domestique tourna la tête vers la silhouette élancée du châtelain, confortablement assis dans un large fauteuil, face à son imposant bureau vernis.
Il avait l’air aussi décontracté que sa personnalité le lui permettait, ce qui surpris et inquiéta la belle au possible…
Tendue, et attendant la punition pour laquelle on l’avait mandée, elle resta silencieuse…
Le Maître lui lança un vague coup d’œil, déçu de ne pouvoir jouer avec la souris avant de la croquer…
Il revint à son parchemin.
« -Prenez ceci. » dit-il en lui indiquant d'un vague geste de la main une pilule et un verre d’eau posés sur une tablette, près du foyer éteint.
« -Qu’est-ce ?
-Pour votre mal de tête… Je ne veux pas que vous vous concentriez sur autre chose que sur notre conversation. »
Perplexe, elle obéit un peu hésitante, tournant quelques secondes le médicament entre ses doigts avant de l’avaler avec difficulté.
De son côté, le Comte rit intérieurement.
« -Je ne vous empoisonnerais pas pour si peu Katsumi… »
Elle eut un sourire vague, comme elle savait à quel point elle paraissait ridicule.
En fait, dès qu’elle passait cette porte, entrait en ce lieu totalement réservé au Maître, et se retrouvait littéralement coupée du monde avec lui, elle se sentait retomber en enfance, lorsque le moindre geste est maladroit et déplacé…
« -Excusez-moi Monsieur…
-Allons, ceci n’a pas d’importance… par contre, » ajouta-t-il sournoisement en classant sa correspondance, « j’aimerais que vous ne recommenciez plus vos exploits de tout à l’heure… »
La belle se raidit, au pied du mur…
Ce mouvement n’échappa pas au châtelain, bien qu’il feignit encore de s’occuper de tout sauf d’elle. Il reprit, d’un ton un peu moins badin :
« -Que vous ne m’aimiez pas est une chose, et croyez moi, je m’en fiche comme d’une guigne : vous êtes une excellente employée et c’est tout ce qui m’importe. Mais, m’insulter en est une autre, mademoiselle. Et je ne parle pas seulement de la façon dont vous avez feulé mon titre de siatelstvo… soit dit en passant, je le laisse à mon frère : vous savez comme moi à quel point je hais ce grade. Un simple Comte comme chez les humains et suffisant et moins pompeux... Je n'envisage même pas qu'on m'assicie à ces privilégiés de mon peuple qui s'enorgueillissent de titres insensés ! Le jour où ils seront des héros de guerre n'est pas encore venu... Mais bref, laissons mes préocupations sociales, et reprenons... » laissa-t-il traîner d’une voix neutre.
Ce faisant, il releva enfin ses yeux dorés vers elle, la fixant de ses pupilles fendues, félines.
« -Approchez un peu. Je voudrais éclairer votre situation… »
Elle obéit, les jambes en coton.
« -Vous ne devez sûrement pas avoir oublié ce qui vous attend si je vous revois, n’est-ce pas ?
-Non Monsieur…
-C’est ce qu’il me semblait aussi… Alors je vous saurais gré d’arrêter vos divagations. Je n’ai que faire de ce que vous pensez tous de moi, mais si cela se répercute sur votre travail, j’en fais une affaire sérieuse. Est-ce bien clair ?
-Oui Monsieur. »
Avec ce qui s’apparentait le plus à un sourire, quoiqu’un peu carnassier à cause de la pointe de ses crocs qui dépassait, il se repositionna sur son siège, et croisa les mains sous son menton.
« -Bien… Donc je tiens à vous informer que le fou que je suis n’a pas déraillé plus que nécessaire. Certes, je ne me suis certainement pas amélioré depuis toutes ces années, mais m’adonner à des actes immoraux n’est pas dans mes projets… »
Malgré elle, la jeune femme lui jeta un œil équivoque en pensant à Minska.
« -Oh… » laissa-t-il échapper en comprenant le message, « Chère Katsumi, ce pan là de l’éducation vampirique est en effet houleux, je ne le nie pas moi-même… mais il ne semble gêner que votre peuple… et éventuellement les humains dans la mesure où ils en sont informés, bien entendu… Mais vous n’êtes pas sans savoir à quel point le nombre de vampires est faible depuis que nous avons été décimé par les humains et leurs compagnons « célestes »…
-Mon peuple aussi a été touché… pourtant nous n’avons pas recours à ce genre d’agissements… »
Le Comte fronça les sourcils, et la belle domestique s’aperçu avoir commis un énième impair.
« -Je prendrai cela comme un acte d’étourderie : vous êtes consciente des risques que comporte une grossesse pour une femme de mon peuple, et consciente aussi qu’une humaine n’est pas plus exposée que d’habitude au danger, lorsqu’elle est dans le même état... De plus, et même si votre morale démone le réprouve, je n’agis pas contre son gré…
-Vous la manipulez… » souffla-t-elle, « la rendant à demi-folle… »
Le vampire la scruta pendant une longue minute, d’un regard à l’intensité redoublée.
« -Katsumi, même si ce que vous dites est vrai, vous ne devriez pas jouer avec le feu : ma patience à des bornes. Fondamentalement, je ne puis rien contre les effets que procurent le son de ma voix aux oreilles trop sensibles de ces êtres. Il en va de même pour la vision qu'ils ont de ma personne… mais si je peux éviter des complications, je ne vais pas me gêner pour utiliser ces avantages ! vous en faites de même il me semble… »
Le calme froid qui accompagnait ses paroles n’empêcha pas la belle servante de voir la fureur du Maître.
« -Je ne m’étendrai pas sur le sujet, cela pourrait devenir épique… » menaça-t-il, « Vous n’êtes pas venue ici pour que nous ayons un débat spirituel, et je commence à me « lasser » de votre compagnie, si vous me suivez bien… j’en reviens donc au plus important : vous vous faites des idées quant à la présence de la gamine ici. Vous êtes donc priée de rejoindre les rangs, et d'obéir docilement, comme d'ordinaire. »
Katsumi le fixa, pas convaincue du tout.
Elle savait pertinemment qu'elle n'était pas en droits d'attendre de précisions s'il ne voulait pas en faire. Mais sûrement parce qu'il savait que s'il ne le faisait pas, elle ne ferait que lui nuire indéfiniment, le vampire reprit d'un ton quelque peu excédé :
« -En vue de ce qui est arrivé aux précédentes jeunes femmes ayant résidé temporairement ici, j’ai pensé que l’apport d’un cadre familier repousserait, sinon changerait l’issue finale qui les a presque toutes attendue. »
Une lueur passa dans les yeux sombres de la belle comme elle semblait surprise.
Il le remarqua, et se pinça l’arête du nez du bout des doigts.
« -Vous ne vous rendez certainement pas compte à quel point votre condescendance m’agace ! Je ne fais pas ça pour Elle, Katsumi. »
Il rouvrit les yeux, tournant ses iris d’or vers elle, dans un regard atterré.
« -C’est purement égoïste ! La mission que feu mon père m’a confié sur son lit de mort passe avant tout ! C’est clair ? »
La domestique fixa le Comte d’un air perplexe, puis acquiesça.
« -Bien. Vous n’êtes peut-être pas aussi idiote que vous en avez l’air… Ceci étant dit, jurez-moi que vous ne répandrez plus de rumeurs farfelues sur mon compte ni ne me manquerez plus aussi ouvertement de respect, et vous pourrez partir…
-Vous avez ma parole Monsieur…
-Bien, alors sortez. »
Elle ne se le fit pas dire deux fois, et s’approcha à grande enjambées de la porte, passant devant les rayonnages sans fin qui supportaient la collection bibliographique du vampire, puis devant la tablette ou reposait encore le verre vide.
Cependant, au moment où elle allait tendre la main vers la poignée, un cri perçant retentit dans le couloir, et, reconnaissant la voix, elle accéléra le mouvement, ouvrant brutalement la porte.
A cet instant, une petite silhouette passa en trombe devant ses yeux, traçant en ligne droite jusqu’au bout du couloir.
« -C'est quoi ces truuuuuuuuuuuuuuuuuuucs ?!!?!!!?!!!? »
Mia, tête baissée, cavalant à perdre haleine, ne laissa derrière elle que les échos de son cri interminable, et un courant d’air frais qui fit voleter les cheveux verts de Katsumi.
Cette dernière affichait une expression ahurie, et n’eut le réflexe de tourner la tête qu’une fois l’enfant hors de vue, et sûrement déjà à l’autre bout du château…
Dans son dos, la démone entendit le soupir exaspéré du Maître :
« -Mais quelle idiote cette gamine… »
La jeune femme se tourna vers lui. Il s’était à nouveau penché sur une lettre.
« -Qu’a-t-elle ?
-Qu’en sais-je ? Vu un fantôme, peut-être ! »
Il ne semblait pas sérieux, mais la belle y cru quand même.
« -Les voix ? Aika m’a dit qu’elle était capable de les entendre… »
Pour une fois, le vampire parut surpris, et releva la tête de son parchemin.
« -Etonnant… » souffla-t-il.
Il resta un moment pensif avant de replonger dans sa lecture.
Katsumi en déduisit qu’il était vraiment temps pour elle de partir : il ne lui voulait plus rien, et la fillette avait sûrement besoin de quelqu’un pour se calmer.
Toutefois, au moment où elle allait définitivement refermer le battant, la voix du Comte lui parvint une dernière fois :
« -Au fait, je vous souhaite bonne chance pour faire sortir ces deux énergumènes du château… »
La belle sourit, elle relevait le défi... |