Alors, me voilà de retour chez moi, je suis partie comme ça, et je ne saurais dire pourquoi, mais j'ai la nette impression qu'on me suit ou qu'on m'espionne. Qui irait espionner une pauvre jeune fille comme moi ? Enfin, jeune fille... Jeune sorcière plutôt. Les mots de ce Midoki me reste tout de même dans le tête « tu as quelque chose qu'une simple sorcière n'a pas, de plus, personne dans le monde magique ne te connaît étrange non ? Tu es, j'en suis sûr, spécial. » Une de ses blagues? C'est tout à fait possible...
Je suis en bas de mon immeuble, rien que de penser que je dois monter jusqu'au dernier étage me démoralise presque. Mais c'est bien moi qui ait décidé de vivre là-haut. J'ouvre la porte et commence à monter. Arrivée à mi-chemin, je me retrouve complètement essoufflée, étrange, surtout depuis le temps que je monte et descend ces escaliers. La fatigue augmente de plus en plus au fur et à mesure que les marches passent. Le souffle quasiment coupé, je me retrouve à terre, suffoquant, me battant pour trouver de l'air. La panique vient alors. Mes yeux se troublent et je m'effondre alors totalement.
Une odeur de fleur... Un cerisier je crois... Comme c'est doux. Il me rappelle des choses. Ce sont des souvenirs lointains, si lointains. J'ai l'impression que quelque chose se passe. Où suis-je ? Tout est noir et j'entends une voix. Elle ressemble à celle d'Hiroto :
«Pourquoi as-tu fait ça ?? Tu sais très bien que je n'aime pas quand tu disparais sans prévenir !! S'il te plaît, ne refais plus ça, j'étais tellement inquiet. Pourtant tu le sais non ? Tu sais que tu m'es précieuse. Tu sais bien que je …»
Ah oui, je me souviens de ce jour, je n'avais pas vraiment envie de voir les gens de l'école alors je suis allée me promener dans la forêt voisine, d'habitude j'aurais prévenu Hiroto, mais là je voulais être seule. Et quand je suis rentrée, il m'a limite sauté dessus, il m'avait attendu à la maison toute la journée. Mais je me souviens plus ce que ça signifie, je ne me souviens plus de ce qu'il a dit à la fin. Je sais que c'était doux mais que j'avais mal quand il me l'a dit. Pourquoi je me souviens de ça ? Pourquoi maintenant ? Cette odeur... C'est elle qui me fait me souvenir.
J'ouvre les yeux, et me lève en sursaut. Je n'étais plus dans mon immeuble mais sous un arbre en fleur, sous un cerisier en fleur. Comment je suis arrivée ici moi ?
« Essaye de pas trop t'agiter, sinon tu vas avoir la tête qui va tourner.
Pourquoi ?? … Midoki ?? Qu'est ce que tu fais là ? Et où on est ? Et pourquoi je suis là, moi aussi ?
Arrête toutes ces questions et repose toi un peu. Je te répondrais plus tard. »
Sans savoir vraiment pourquoi, je lui ai obéi. Peut-être parce que dans sa voix il y avait ce soupçon de peur, d'inquiétude, et ce qui semblait vouloir dire « ne pose pas de question pour le moment, c'est dangereux ». Alors, j'ai reposé mon corps, qui était lourd et engourdi, sur le sol moelleux, sur l'herbe fraîche, et j'ai regardé d'un air paisible ce qui nous entourait. Quelques arbres en fleur, de couleur chaleureuse, de l'herbe bien verte et moelleuse, une eau fraîche, limpide et brillante. Une eau... Un lac. Un grand lac, immense, magnifique. Je ne savais pas où j'étais mais je me sentais bien ici, comme si j'étais en sécurité.
J'ai alors commencé à fixer l'eau du lac. Elle m'intriguait. Elle m'appelait. J'entendais une voix venir de là-bas, une voix qui me parlait, doucement, tendrement. Comme une mère à son enfant. Ses mots étaient comme des caresses. Je ne voulais pas me laisser bercer. Alors j'ai posé mon regard sur le cerisier sous lequel j'étais. Il scintillait. Une merveilleuse sensation m'envahissait. Je me sentais si bien.
Midoki m'a appelé et je l'ai rejoint. Il m'a expliqué plein de chose. Des choses que je n'aurais jamais supposé. Le lac qui m'avait presque hypnotisé était l'endroit préféré des mages autrefois, ils venaient ici pour méditer. Et le cerisier qui semblait si prestigieux était la source de tout pouvoir magique, m'avait-il dit. C'était vraiment impressionnant. Un arbre monde ? Possible.
« Comment on est arrivés ici ?
Mais enfin, Marielle, c'est toi qui nous y a amené, tu ne te souviens pas ?
Non, comment j'aurais pu ?
Bon ok, je te fais un topo. Tu es partie du café, mais j'avais une mauvaise impression alors je t'ai suivie. Et arrivé à ton immeuble, je ne pouvais pas entrer. Puis je t'ai entendu hurler, alors j'ai forcé la porte. Quand j'ai enfin pu t'atteindre tu étais à terre. Et tu as utilisé tes pouvoirs. Mais tu ne savais pas que tu pouvais venir ici ? Tu ne savais pas que tu avais ce pouvoir ?
QUOI ????? J'AI FAIT TOUT CA MOI ???? Attend, non tout ce que je savais faire avec mes pouvoirs, c'était des petites boules magiques des éléments de la nature.
OK... Je pense que tes pouvoirs sont en train d'évoluer. Je vais essayer de nous emmener jusqu'à mon maître, il saura sûrement ce qui s'est passé. »
Notre conversation s'est finie comme ça. Plus un mot, plus un bruit. Et le soleil se couchait, lentement. |