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Thursday, May 31st 2012, 17:45


Here is a story written by Angi which is entiled Sans-Titre - chapter 01 - Le Journal.

Chapitre 1.
Il prit le vieux journal en main et inspecta sa couverture : rose, usée, absente à certains endroits. Du vieux manuscrit se dégageait une odeur de forêt, de poussière et de mystère. Il l’ouvrit. La première page ne contenait que quelques mots. Il examina l’écriture : lisible, légèrement penchée sur la droite, et très peu de courbe. Il ne savait pas quoi en conclure, et fini par lire attentivement les quelques phrases
« Chercher est inutile, il suffit d’ouvrir les yeux.
« Toi qui ouvre mon journal, lis biens ces quelques mots.
« Toi qui cherche, es-tu le chasseur, ou le chassé ?
« La limite entre les deux est infime.
« Prend garde à toi, mortel à ne pas franchir la frontière. »
C’était signé « La Renégate ». Il avait fini par le trouver alors, le journal de la Renégate. Des milliers d’années avaient été consacrées à sa recherche. Et c’était lui qui l’avait entre les mains. Il reposa le journal, et esquissa un sourire satisfait. Une légère secousse agita la poche de son pantalon. Il en sorti un téléphone portable, et regarda le nom qui s’était affiché sur l’écran : « Arouan ». Il décrocha et ne prononça qu’une seule phrase « On peut commencer la chasse ». Puis l’appel pris fin. Sans attendre plus, il reprit le journal en main, et commença à le lire.

« Je ne sais plus quel jour nous sommes. Je ne sais plus l’année ni le mois. Je suis perdue dans le temps. J’ai l’impression que c’était hier qu’on m’apprenait à manier le sable. J’ai l’impression que l’Evènement a eu lieu il y a à peine une heure. Tout est encore si clair dans ma tête. Et pourtant, je sais que tout ça est loin derrière moi. Les jours passent, les gens vivent, puis meurent. Je suis la seule chose constante. Est-ce ma punition ? »
La Renégate paraissait presque humaine dans ses écrits. Mais pourtant, elle ne l’était pas. Il tourna la page et poursuivit sa lecture.
« Jour 1, semaine 1
Je ne connais pas la date, alors autant me fixer une chronologie. Je ne sais pas combien de temps je suis restée dans l’Autre Monde, et je n’ai pas besoin de connaître la réponse pour le moment. Je dois savoir pourquoi la ville est déserte. Je dois retrouver mon peuple. Et surtout, je dois tuer la traitresse.
La mort de Nature a anéanti une partie de mon être, et cela a affecté mon jugement … Je me demande pourquoi je n’ai pas subi les dégâts du temps … Beaucoup de questions sont sans réponse, et je n’aime pas ça. »
Alors c’était vrai. Elle était vraiment allée dans l’Autre Monde … Il cessa de sourire. La page suivante était beaucoup plus chargée que les deux précédentes.
« Jour 3, semaine 1
Les points de l’Histoire s’éclaircissent. Deux millénaires ce sont écoulés. Les Gardiens ne sont plus qu’une légende. Les rois et reines ne craignent plus le nom d’Uciaza… Je vais avoir beaucoup de travail. J’ai même entendu que les mortels d’un monde avaient décrété qu’ils étaient les seuls êtres réels … J’ai toujours su que les humains poseraient des problèmes …
En attendant, je dois me trouver une identité, un passé, et une explication pour ma présence … Je vais aussi devoir trouver des vêtements plus correct … J’ai toujours eu horreur de voler de braves gens … Les seigneurs du coin vont avoir pas mal de trou dans leur caisses … Je dois rejoindre le portail le plus proche et aller sur l’île de Xu, je sais que là bas, les Gardiens sont toujours respecté et connus. Je vais devoir faire des recherches, et apprendre la langue de ce monde… Je n’ai pas de temps à perdre, et j’ai horreur de pénétrer dans l’esprit des gens pour voler leur savoir … J’espère juste qu’ils ne se servent pas de magie …

Jour 3, semaine 1, suite.
J’y ai pensé alors que je m’introduisais dans l’esprit d’un érudit … Il ne m’a toujours pas fait signe … J’en suis à me demander s’il est encore en vie, ou si ces idiots d’humains n’ont pas détruit son espèce … Mon fidèle ami … mon Ithare ? Où est-il ? Sous quelle forme se cache-t-il ? Peut-être ne m’a-t-il pas reconnue … C’est vrai que quand je me suis regardée dans une flaque, je me suis faite peur … Mes écailles sont toujours là, mon œil gauche est jaune, mon droit est vert … Je n’ai toujours pas récupéré de ma sortie de l’Autre Monde.

La nuit est tombée … Je vais pouvoir m’introduire chez le seigneur. Grâce à l’érudit, j’ai pu avoir une explication détaillée de cette société. Je me trouve donc à Ocra, la grande ville marchande du pays doré. L’aperçu de la géographie du pays me dit que je dois être sur Arcus, de l’autre coté de la Barrière. Je n’ai pas cherché, mais j’espère que les vieilles peurs sont tombées et que je trouverais un équipage pour traverser la Barrière. Sinon, je devrais passer par les montagnes et risquer d’ouvrir une porte pour l’Autre Monde …

Demain soir, je vais m’introduire dans la bibliothèque du château, j’en apprendrais certainement plus sur l’Histoire. Je vais aussi devoir dissimuler le reste de mes écailles et enlever toute cette crasse. Et surtout, il me faut une monture. »

Il fut tiré de sa lecture par quelqu’un qui venait de frapper à sa porte. « Une minute ! J’arrive » lança-t-il en fermant le journal. Il quitta son bureau, laissant le journal dessus.

Arouan attendait derrière la porte 246, du cinquième étage de la société Didjias Voyages. L’entreprise était en apparence une agence de voyage, reconnue mondialement, mais en réalité, ses objectifs étaient totalement différents : surveiller les changements du monde. Arouan faisait partie de l’unité spéciale, tout comme Sarwan, à qui il était venu rendre visite. Son collègue, cousin et ami quittait rarement son bureau, surtout depuis qu’il avait été affecté à la recherche du journal de la Renégate. On avait dit un jour que chaque légende avait une part de vérité, son travail était de trouver cette vérité. Il attendit quelques secondes avant d’entendre « Une minute ! J’arrive », puis une chaise racla le sol, et on vint lui ouvrir. D’une taille identique à celle d’Arouan, mais les cheveux plus foncé, Sarwan avait l’air fatigué, mais satisfait. Ses yeux couleurs ciel étaient cernés, et sa barbe naissante laissait à penser que Sarwan n’avait pas fermé l’œil depuis au moins trois jours.
- Alors comme ça, la chasse peut commencer ? demanda Arouan.
- Exact, répondit Sarwan en étouffant un bâillement, on a le journal. Peut être devrais-tu y jeter un coup d’œil par toi-même.
Il l’invita à entrer, et referma la porte derrière lui.
Le premier réflexe d’Arouan fut d’ouvrir les rideaux puis les fenêtres. Il regarda ensuite les cadavres de paquets de gâteaux, de plats préparés et d’autres restes. Un trognon de pomme noirci devait être présent depuis plus d’une semaine au moins. Arouan soupira, se demandant comment son cousin pouvait être fixé sur la Renégate, sans prendre le temps de dormir, de souffler ou de sortir. Avant même qu’il puisse ouvrir la bouche, il se retrouva avec le journal dans les mains. Il l’ouvrit et regarda les premières phrases, ainsi que le style d’écriture. « C’est exactement la même écriture que sur les lettres trouvées sur les cadavres de démons» fit-il remarquer immédiatement après. Sans dire un mot, Sarwan ouvrit un tiroir, et en sorti un paquet de feuilles. Il prit ensuite le journal des mains d’Arouan et compara les deux écritures.
- Tu as raison, finit-il par lâcher.
- Ce qui voudrait dire que la Renégate exécute des démons ? avança Arouan.
- Possible. Elle est allée dans l’Autre Monde après l’Evènement.
- Comment tu sais ça ?
- Le journal est en fait un journal de bord. Elle ne révèle pas son identité, et semble l’avoir écrit dans le but qu’on le trouve et qu’on le lise.
- Elle semble donc toujours avoir une longueur d’avance, soupira Arouan.
- Cela veut aussi dire qu’elle est dans ce monde. Nous allons devoir la retrouver, et vite, avant qu’elle trouve la porte pour quitter ce monde.
- Qui te dit qu’elle y arrivera ? Seul les dieux savent où elles se trouvent …
- Il y a toujours les trois mêmes noms qui reviennent, ou plutôt les trois mêmes titres. La Renégate, la Messagère, et l’Uciaza. L’Uciaza est la reine de Gardiens, la Renégate doit être à son service, et la Messagère aussi. La Messagère est celle qui est en contact direct avec les dieux, et qui tente de nous protéger, mais sans l’appui de l’Uciaza, elle a du mal. La Renégate doit être l’agent de terrain. C’est la seule explication. Je pense qu’elles sont capables d’ouvrir les portes amenant à Xu. Si c’est le cas, nous n’avons pas beaucoup de temps.
- Au contraire ! s’exclama Arouan, c’est d’ailleurs pour ça que je suis venu. On a détecté une quantité importante d’ondes noires, dans les plaines du nord.
- La où vit le peuple vénérant les Gardiens ? Les Lyzéens ?
- Exact. Il paraît que la fille du chef a été attaquée par une créature étrange. Elle a survécut, mais a gardé quelques séquelles. Notre boulot est d’identifier la créature, et de protéger la fille.
- Et tu soupçonnerais la Renégate de s’en prendre à une mortelle ? coupa Sarwan, surpris.
- Si elle l’a démasquée ? Je pense que les enjeux sont beaucoup trop importants pour qu’elle se permette une seule erreur.
- La Renégate l’aurait alors éliminée. Ce n’est pas son genre de laisser des témoins.
- Peut –être qu’elle a juste fait en sorte que la fille ne la reconnaisse pas.
- Avec des peut-être, la Renégate serait un oiseau multi colore, répondit Sarwan.
- Quoi qu’il en soit, poursuivit Arouan en ne prêtant pas attention à la remarque de son cousin, nous sommes désormais ses gardes du corps. Le chef nous autorise à fouiner autant qu’on veut, tant que sa fille nous accompagne et que nous la protégeons.
- C’est idiot de la rapprocher du danger.
- Les Lyzéens sont assez proche des Gardiens à ce sujet là. « Le chef souffre pour le bonheur du peuple » C’est ce qu’il m’a dit. Par contre il n’a pas voulu me dire quelles étaient les séquelles de sa fille. « Elle vous expliquera mieux que moi ».
- Etrange comportement.
- C’est une culture différente de la notre, dit simplement Arouan.
- Enfin, quand est ce qu’on part ?
- L’avion nous attend.
- En route alors.
Sarwan prit le vieux journal en main, jeta sa veste sur l’épaule et ferma la fenêtre. Il n’avait pas remarqué la paire d’yeux jaunes qui le surveillait.
Le chat noir sortit de sa cachette, regarda autour de lui, puis se lança dans le vide. Le pelage du chat se décolora jusqu’à devenir gris, ses pates avant devinrent des ailes. Il les déplia, et reprit de l’altitude aussitôt. Il passa au dessus de Sarwan et d’Arouan. Ils semblaient ridiculement petits. Le pigeon décida d’atterrir et de se cacher dans un arbre. Une fois posé, il redevint chat. Les deux hommes s’étaient assis sur un banc. Le chat était encore trop loin pour entendre correctement leur discussion dans le brouhaha de la rue. Il en profita néanmoins pour les détailler.
Sarwan mesurait un mètre quatre vingt huit, ou quatre vingt dix, le chat faisait toujours quelques petites erreurs sur la taille, il pesait quatre vingt kilogrammes, le chat était bien meilleur pour estimer le poids d’une personne. Ses cheveux étaient noirs, et ses yeux bleus clairs. Sa peau était blanche, mais devait rapidement se colorer lors d’expositions au soleil. Son corps était taillé pour la course, mais le chat était sûr qu’il pouvait soulever beaucoup plus que n’importe qui. Si son amie lui avait demandé de le pister, c’était qu’il n’était pas comme tous ces sales humains qui peuplaient ce monde. Le chat nota que Sarwan dégageait une aura qui imposait le respect et le calme. Son visage impassible masquait son regard nostalgique. L’amie devait savoir pourquoi. Elle savait toujours tout. L’autre homme, Arouan, était aussi grand que Sarwan, et devait certainement peser le même poids. Par contre, il était blond, et ses yeux étaient noisettes. Son visage était aussi plus doux que celui de son cousin. Son corps par contre, même s’il était taillé pour la vitesse, ne recelait à première vue aucune force notable. Il semblait par contre avoir une mémoire et un esprit analytique hors du commun. Sarwan était très intelligent, mais Arouan devait être un génie. Un duo si classique. Celui qui regardait le passé, et l’autre qui avançait, trainant son camarade avec lui.
Le chat en avait profité pour s’allonger. Les deux hommes ne bougeaient pas, attendant il ne savait quoi. Il n’y avait plus de bruits, aussi il put entendre la conversation.
- … Et le journal raconte quoi ? demanda Arouan.
- La première semaine regorge d’informations. Les pages suivantes pas tellement. J’aimerais savoir comment elle a trouvé la porte et comment elle l’a ouverte, mais elle ne dit rien …
- Nous sommes donc encore face à un mur, soupira-t-il, sauf si les dieux acceptent de nous aider.
- Je pense qu’ils n’ont plus vraiment le choix. Les démons sont de plus en plus présents. La Traîtresse va bientôt pouvoir quitter l’Autre Monde avec une armée. Il faut qu’on entre en contact avec les Gardiens. Les convaincre de se battre !
- La Petite Mère ne répond plus ni aux Oracles ni aux prêtres.
- La Petite Mère ne nous sera d’aucune aide tant que sa sœur ne lui répondra pas. Et ça, seul les Gardiens sont capable de dire pourquoi, répondit Sarwan.
- Il faut qu’on retrouve la Renégate.
- Ça nous rappellera nos chasses … A quand remonte la dernière ? demanda Sarwan.
- Cinq ou six siècles, après qu’elle a été enlevée…
Le chat tendit ses oreilles. De qui parlaient-ils ? Pourquoi ne l’appelaient-ils pas par son prénom ?
- Je n’ai pas chassé depuis que je l’ai retrouvée …
- Je sais, Sarwan. Mais ce n’est pas ta faute.
- Peut-être …
Le silence s’installa. Le chat se demandait qui elle était. En tout cas, Sarwan semblait avoir souffert de sa disparition. Il réfléchit un instant aux paroles. Six siècles, de la chasse … Tout se confirmait. Il avait pisté les bonnes personnes. Deux Chasseurs. Son amie serait contente. Surtout qu’ils se rendaient dans le nord. Prêt des portes. Le plan se concrétisait. Elle avait besoin d’eux pour parvenir à ses fins. Il ne savait pas tout, mais il se doutait que la fille du chef avait un rôle quelconque à jouer là dedans. Le chat se leva brusquement, alors que les deux hommes montaient dans un taxi. Sans perdre plus de temps le chat fit place à un faucon. Il prit son envole et suivit le taxi, qui déposa les deux Chasseurs à l’aéroport. Ils prirent l’avion qui partait pour Ulruth’, capitale du grand pays du nord, nommé Cruth’ial. La sonorité rappelait la langue des Gardiens. Une fois que l’avion eut décollé, le faucon se dirigea vers les vieux quartiers de la ville.
Comme à chaque fois qu’il avait quelque chose à lui dire, elle était assise dans le clocher d’une vieille église abandonnée. Elle était toujours enveloppée dans une longue cape noire, cachant son visage et le reste de son corps. Dans l’ombre de son capuchon, le faucon distingua un sourire satisfait.
- Tu es toujours aussi rapide, Maareh’vhel, dit-elle.
- Tu sais que j’aime espionner les gens, répondit le faucon.
- Qu’as-tu donc appris ? demanda-t-elle, nullement surprise que l’animal soit doué de parole.
- Deux Chasseurs, à la recherche d’une certaine Renégate. Sarwan et Arouan.
- Alors comme ça, ils me cherchent ? Comme c’est amusant.
- Tu as déjà eu à faire à eux ?
- Oui. Enfin pas directement. Ils ne savent pas que la Renégate, c’est moi. Ils me croient morte d’ailleurs.
- A quand remonte cette rencontre ?
- Oh, six siècles environ … Pourquoi ? Ils en parlent encore ?
- Oui … Tu pourrais alors m’expliquer la tristesse dans le regard de celui qui se nomme Sarwan ?
- La perte de son cœur est quelque chose d’extrêmement douloureux. Je comprends sa tristesse. J’ai la même au fond de moi.
- Je vois, soupira Maareh’vhel : il n’aimait pas les énigmes qui servaient de réponses. Nous ferrions peut-être bien d’y aller, non ?
- Tu as raison. Mais nous devons nous fondre dans la masse.
Elle lui tendit sa main droite. Maareh’vhel vit un mince filet d’écailles émeraudes courir du dos de sa main jusqu’à son coude, et qui disparaissait dans l’ombre de la cape. Il tendit une aile pour se rapprocher de la main de son amie, mais il changea encore de forme. Ce fut une main claire qui saisit celle de la femme. Elle leva les yeux vers son ami. Il avait l’apparence d’un grand blond aux yeux bleu vert. Elle lui sourit, avant d’ôter son capuchon. Elle le fixa dans les yeux. Il avait toujours eu du mal à se faire à ses yeux vairons. L’œil droit était d’émeraude, avec des éclats d’or, et le gauche était d’un jaune pur, il en partait un mince filet d’écailles vertes qui courait vers son oreille gauche puis descendait dans le cou avant de bifurquer vers la nuque et de courir jusqu’à son épaule droite, de descendre le long de son bras pour se terminer sur le dos de sa main. Il cligna des yeux, et ce fut une tout autre personne qui se tenait devant lui. Une jeune femme blonde, aux yeux bleu vert, le regardait avec sourire doux. La voix pourtant était la même : « Allons-y Maareh’vhel. Nous avons un avion à rattraper». Elle sauta du haut du clocher, et atterrit sans bruit sur le sol.

Sarwan et Arouan arrivèrent à l’aéroport alors que le soleil venait de se coucher. Ils attendirent qu’on vienne les chercher. Selon Arouan, le chef leur avait déjà affecté un guide. Les deux hommes s’assirent dont et attendirent. Sarwan remarqua alors deux personnes, qui récupéraient leurs bagages. Il donna un coup de coude à son cousin.
- Regarde l’homme et la femme blonde là-bas …
- Qu’est ce qu’ils ont ?
- Ils n’étaient pas dans l’avion … pourtant ils viennent d’en sortir…
- Tu vois le mal partout Sarwan, décompresse.
Il ne répliqua pas. Il se concentra sur les deux personnes. Alors que le châle de la femme découvrit son bras gauche, il vit un éclat vert le long de ce même bras. « Par tous les dieux ! » Il se leva et se dirigea vers la femme. Un groupe de personne lui coupa la route, huit secondes passèrent. La femme n’était plus là. Une seule direction était possible : le couloir, et il était désert. Il frappa le mur du poing « Merde ! ». Arouan le rejoignit.
- Mais qu’est ce qui te prend ?!
- C’était elle ! s’exclama Sarwan. C’était elle !
- Qui ?
- C’était la Renégate ! La femme !
- Attends, attends ! Cette petite blonde, la Renégate ?
- Des écailles le long de son bras !
- Ça pourrait être un tatouage, fit Arouan.
- Pour qu’elle le cache sous un châle par une température pareille ? Non c’était elle j’en suis sûr !
- Admettons, qu’est ce que tu aurais fait ?
Sarwan ne répondit pas. Il avait vu la Renégate … A moins que ce soit elle qui s’était montrée pour le narguer. Et qui était ce grand blond qui l’accompagnait ? Est-ce qu’elle savait qu’il la cherchait ? Certainement, elle avait toujours une longueur d’avance sur eux, tout le temps, dans tous les domaines. C’était comme si elle jouait avec eux. Sarwan n’aimait pas se sentir manipuler. Une main se posa sur son épaule. Il se retourna et vit une jeune femme rousse.
- Vous êtes les deux Chasseurs qu’on nous a envoyés ?
- C’est exact, répondit Arouan.
- Enchantée. Je suis Kate Zihar, coordinatrice de l’équipe de la princesse.
- Nous de même, je suis Arouan, et voici mon cousin, Sarwan.
- Veuillez me suivre, une voiture nous attend. Je vous expliquerais les formalités et les attitudes que vous devrez adopter. Pour le reste, adressez vous directement à la princesse.
- Excusez-moi, mais nous ne savons toujours pas ce qui est arrivé exactement à la princesse, coupa Sarwan.
- C’est à elle qu’il faut demander. Ah … et puisque j’y pense. Première règle : tutoiement entre les membres de l’équipe. Vous pourrez tutoyer la princesse pratiquement partout, sauf lors des évènements officiels.
Ils montèrent dans la voiture. Kate avait pris le volant, et les conduisit à la résidence de la princesse.
Maareh’vhel n’aimait pas l’attitude provocatrice de son amie envers les Chasseurs. Il savait ce qu’ils ressentaient. Savoir que quelqu’un jouait avec leurs nerfs n’était jamais très agréable. Et il ne manqua pas de le lui dire.
- Tu sais, s’ils n’avaient pas la preuve de ma présence, ils auraient très vite cessé de me chercher.
- Ta logique m’échappe, répondit-il.
- Ce n’est pas grave. Ton frère est à son poste ?
- Il ne l’a pas quitté.
- Parfait. Je pense que tu peux continuer à suivre nos deux amis. Quant à moi, je vais prendre mon poste.
- S’ils te démasquent ?
- N’oublie pas « Celui qui cherche un Gardien n’a aucun espoir. Car le Gardien se montre seulement lorsqu’il veut être trouvé ».
- Et toi, tu veux être trouvée ?
- Pas pour le moment, Maareh’vhel.
Elle marqua une pause et regarda son ami, son Ithare. Aussi loin que remontent ses souvenirs, il était présent. Toujours présent. Maareh’vhel et son frère lui avaient été offert par Nature, sa déesse protectrice, alors qu’elle venait d’avoir trois ans. Ils étaient encore dans leur œuf. Celui de Maareh’vhel était rouge orangé, et celui de son frère bleu nuit. Sans prévenir, elle lui planta un baiser sur la joue. Maareh’vhel fut surpris par cet élan d’affection
- Que t’arrive-t-il ?
- Une vieille partie de moi se réveille.
- Tu devrais la laisser ressortir de temps en temps.
- Quand tout sera terminé, je pense qu’elle reprendra du service …
- J’ai hâte d’y être alors.
- Moi aussi, Maareh’vhel, moi aussi… elle soupira. Maintenant nous devons nous séparer. Je tiens à être présente quand nos deux Chasseurs rencontreront la princesse.
- Où je te trouverais ?
- Il doit bien y avoir un temple abandonné dans le coin, dit-elle, trouve le, et tu me trouveras.
- Compris… Eh ! lança-t-il alors qu’elle s’éloignait.
- Oui ?
- Fais attention à toi.
- Ne t’inquiète pas. Ça ne peut pas rater cette fois-ci.
- Tu as aussi dit ça la dernière fois.
Son regard s’assombrit, et Maareh’vhel sut qu’il aurait dû se taire … Elle se perdit dans ses pensés. Six siècles avant, elle avait réussi à amener les Chasseurs là où il fallait … mais ils avaient lamentablement échoué. L’épreuve n’était pas si difficile pourtant… Elle dut faire croire à sa mort pour ne pas être démasquée. Elle avait tellement souffert, et Sarwan aussi d’après ce que lui avait dit Maareh’vhel. Heureusement, personne ne connaissait les détails. Elle regarda ensuite Maareh’vhel s’éloigner, sous sa forme de faucon. Il était déjà sur les traces de Sarwan … Elle décida qu’elle devait aussi se mettre en route. Elle réajusta son châle, et regarda le chien qui la fixait depuis son balcon. Il remua la queue. Une seconde après, le trottoir en face de l’immeuble était désert.

Kate regarda dans son rétroviseur. Elle savait que Sarwan et Arouan étaient des Chasseurs, et elle était assez intelligente pour savoir qu’ils n’avaient pas besoin d’ouvrir la bouche pour communiquer. Elle vit alors qu’un oiseau les suivait depuis quelques secondes. Kate jeta un coup d’œil sur ses deux passagers : ils étaient absorbés par leur conversation. Elle sentit qu’on entrait dans son esprit.
- Ah ! Maareh’vhel ! Contente de te savoir dans le coin, pensa-t-elle.
- Alors c’est toi qui as été affecté à la mission ?
- Oui. Et, elle, où est ce qu’elle traîne ?
- Elle doit déjà être à la résidence, dit l’Ithare, qui d’autre est sur le coup ?
- Aanor, ton frère, et c’est tout.
- Bien.
- Donc cette fois ci, c’est la bonne ?
- Je l’espère. Je n’aime pas la voir dans cet état.
- Personne n’aime la voir comme ça … dit Kate.
- Bien, je te laisse Kate. Je vais aller chercher un vieux temple…
- Regarde vers l’ouest de la ville.
- Merci bien.
- A ton service, répondit-elle en souriant.
Et le contact se rompit. Kate gara la voiture, et descendit du véhicule, suivie de Sarwan et Arouan. Elle leur désigna une grande résidence blanche, contenant certainement de luxueux appartements, avant de se diriger vers la porte d’entrée.
 


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