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Geneworld.net>Fan-fictions>Naikkoh>[OS St Valentin] Dernière danse - ToS

01 - PAR NAIKKOH

(non, ce n'est pas un nouveau chapitre, seulement je me suis rendue compte que la fin n'apparaissait pas sur le site. L'OS était trop longue; J'ai donc été obligée de la couper)
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Ce baiser n’était ni tendre, ni doux mais violent et désespéré.
Violent comme les sentiments que l’ancien Elu du Mana n’avait jamais cessé d’éprouver pour elle. Désespéré car il n’avait plus le droit à prétendre à quoique ce soit vis-à-vis d’elle et qu’il avait beau dire, ça il ne l’acceptait pas. Non, chaque fibre de son être, chaque parcelle de son âme rejetait cette union avec l’héritière du trône mais ce n’était pas comme si on lui avait donné le choix. L’avait-il jamais eu d’ailleurs…
D’abord stupéfaite, puis outragée, Sheena perçut toute la tristesse et les regrets que Zélos avait mis dans son geste et ne put qu’y être sensible. Après tout, elle aussi regrettait tant de choses. Alors elle ferma les yeux, abandonna la lutte contre sa raison, et lui rendit son baiser avec toute la détresse qu’elle ressentait au fond d’elle.
Tel deux naufragés en quête de salut, les deux jeunes gens s’étreignirent avec force, chacun étant la bouée de sauvetage de l’autre dans un monde hostile où ils étaient pris au piège.
Zélos poussa l’incursion plus loin et Sheena gémit de plaisir. Lorsque la main du jeune homme glissa lentement au creux de ses reins, ses sens s’affolèrent. Ce fût comme si de la lave en fusion venait de se déverser en elle. Electrisé par ce contact auquel il n’avait plus goûté depuis longtemps, le corps de la ninja se rappela douloureusement à elle. Si elle avait occulté de sa mémoire ces moments là, lui n’avait pas oublié les ébats passionnés partagés avec son autre moitié et quémandait une revanche à ces combats charnels. Tel un brasier menaçant de se consumer à chaque instant, il balaya les derniers soubresauts de résistance de Sheena.
Elle capitula.

Zélos sourit intérieurement. Apparemment, il lui faisait toujours de l’effet et ça n’était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Sentir cet admirable corps se tendre et se cambrer sous l’effet combiné de ses caresses et de ses baisers, lui apporta une immense satisfaction. Il n’avait pas été le seul à regretter leurs étreintes.
Et l’autre ?
Arrivait-il à faire de même ? Etait-il capable de la faire frémir d’un simple souffle sur sa peau ? Vibrait-elle de la même manière sous ses doigts ?
Une vague de sourde jalousie se déversa en lui à cette simple pensée. Savoir qu’il la partageait avec un autre, qu’il n’était pas la source exclusive de ses soupirs lui broyait le cœur aussi sûrement qu’un étau.

Sheena se maudit intérieurement de sa propre faiblesse. Comment avait-elle pu en arriver là ? C’était atroce…Elle avait envie de mourir sur place tant la douleur dans sa poitrine était lancinante. Pourquoi n’avait-elle pas eu le courage de le repousser ? Pourquoi par la Déesse ?
Et elle invectiva cette dernière en pensée.
Etait-ce si amusant que cela de la voir souffrir et se débattre dans la jungle de ses propres sentiments ? Qu’avait-elle donc fait pour mériter pareils tourments ? N’avait-elle pas été suffisamment éprouvée ces derniers temps ? Non, il fallait la cerise sur le gâteau : après l’avoir chassé de sa vie, il fallait qu’Elle le ramène vers elle !
Sheena en aurait presque ri si elle n’avait pas été aussi déroutée et malheureuse.
Elle qui s’était efforcée pendant presque deux ans de refouler son amour pour Zélos, de faire comme si elle avait tourné la page sur leur histoire, de se montrer indifférente tandis que ce bellâtre papillonnait de droite à gauche. Et dire qu’elle avait presque réussi. Presque. Ce soir devait être le point final de cette relation dépassant les frontières de la franche amitié qui finalement n’aurait jamais due être. Le moment pour tous les deux de prendre un nouveau départ. Le mariage avec Hilda, l’héritière du trône de Tésséha’lla était un tournant décisif, un moyen d’assainir leurs relations. Chacun aurait sa vie à construire de son coté et c’était mieux ainsi.
Au lieu de ça, elle était blottie contre son ancien amant et futur marié de surcroît, à entretenir je ne sais quel espoir fou dans un coin de sa tête, et elle ne bougeait pas. Qu’attendait-elle donc ? Une déclaration d’amour éternel ? Une fuite loin de tout ? Chimères que tout cela…, pesta-elle intérieurement. Zélos n’était pas capable d’une chose pareille. Il ne s’attachait pas aux autres. Jamais. Elle en avait eu la preuve. Alors pourquoi était-ce si dur de le laisser partir ? Elle savait que ce mariage était nécessaire mais ne pouvait empêcher son cœur de se briser à son évocation. Elle se rendit compte qu’elle ne voulait pas le perdre, qu’elle ne l’avait jamais voulu même. Seulement la vie en avait décidé autrement et il était impossible de revenir en arrière.

Une larme perla au coin de l’œil de la jeune femme et glissa lentement sur sa joue de nacre. Zélos releva la tête, rompant leur baiser. Du bout du pouce, il essuya la goutte salée. Il ne comprenait pas. Ne comprenait plus. Il pensait l’avoir cernée et la voilà qui se mettait à pleurer sans qu’il sût pourquoi. Peut être regrettait-elle leur séparation autant que lui après tout... Finalement, ils n’en avaient jamais vraiment discuté. Ils s’étaient retrouvés ensemble plus ou moins par hasard suite à un de ses moments de faiblesse. Il avait craqué sous la pression et elle avait été là pour lui, épaule compatissante sur laquelle s’épancher. Zélos n’avait pas pris leur histoire réellement au sérieux, tout du moins au début. Elle ne lui demandait rien, n’exigeait rien à part sa confiance et un peu de sa tendresse de temps en temps. C’était si différent de tout ce qu’il avait connu auparavant. Si apaisant. Et puis brusquement elle avait changé. Les nerfs à fleur de peau, elle était devenue irascible et les disputes s’enchaînaient. Harcelé, il avait finalement prit la porte et Sheena avait crié qu’elle ne voulait plus jamais le revoir. Sur le moment sa fierté l’avait empêché de retourner la voir pour recoller les morceaux – on ne jetait pas le grand Zélos Wilder, c’était lui qui vous jetait – et quand enfin il s’était senti prêt à l’affronter, la jeune femme l’avait accueillit avec une froide indifférence et un inexplicable sentiment d’abandon s’était emparé de lui. Alors, résigné, il avait refermé la porte de son cœur et avait jeté la clef au loin, tirant par là même un trait sur cette histoire de la même manière qu’elle semblait l’avoir fait. Il n’avait eu le courage de se battre et il s’était souvent demandé s’il n’avait pas eu tort de baisser les bras si vite. Maintenant qu’il l’avait retrouvé il en était certain : il n’aurait jamais dû la laisser partir. Le temps de cette danse volée, il s’était senti entier. Enfin.
- Sheena, murmura-t-il, regarde-moi…
La ninja secoua la tête, ravalant ses larmes, les paupières toujours closes.
- Sheena, supplia-t-il. Je… je ne voulais pas te faire de la peine.
Zélos se doutait bien du combat intérieur qu’elle menait à l’instant pour l’avoir lui-même expérimenté. Voyant qu’elle ne cherchait pas à se dégager de son étreinte, le jeune homme en conclut que son audace de tout à l’heure n’était pas la cause de cet accès de tristesse.
- Regarde-moi, répéta-t-il en lui relevant délicatement le menton.
Enfin la jeune femme consentit à ouvrir les yeux. Leurs regards s’accrochèrent et se fondirent l’un en l’autre. Le noisette se noya dans l’azur. Désir, doute, amertume, regret, tendresse se partagèrent lors de cet échange où les mots étaient inutiles.
- Sheena, souffla Zélos hésitant, je t’…
Mais la ninja posa doucement le bout de ses doigts sur ses lèvres et le reste de ses paroles moururent dans sa bouche en un petit soupir étranglé.
- Chut ! Ne dis rien… Je t’en supplie, ne dis rien. C’est assez difficile comme ça alors ne rajoute pas quelque chose que tu regretteras par la suite.
Voyant son compagnon froncer les sourcils, elle s’apprêtait à continuer lorsqu’un appel retentit dans l’air glacée de la nuit.

- Sheena ? Tout va bien ?
La voix était calme, posée, comme si la présence de ces deux personnes seules et étroitement enlacées sur une des terrasses du palais alors que tout le monde s’amusait bien au chaud à l’intérieur était tout à fait naturelle. Elle appartenait à un homme à peine plus âgé que l’ancien Elu du Mana qui se tenait dans l’encadrement de l’imposante porte-fenêtre donnant accès à cette partie du château.
Zélos se rembrunit. Il n’avait nul besoin de tourner la tête pour savoir qui venait de les interrompre de la sorte. Le poignard invisible qu’il avait planté au fond du cœur depuis deux longues années effectua un quart de tour, attisant sa douleur, et il se raidit. Le jeune homme tenta de ravaler sa morgue mais l’intrus avait le don de l’exaspérer par sa simple présence. Il ne pouvait donc pas aller voir ailleurs s’il y était ? Profiter d’un instant tranquille avec son amie ne lui était donc pas permis ? Enfin bon « instant tranquille », tout était relatif, d’accord. Mais quand même. Le bras droit de Sheena lui tapait sur les nerfs et moins il le voyait, mieux il se portait. Ainsi, ses envies de meurtre n’auraient pas été si violentes et il aurait ménagé son ulcère à l’estomac!
Les illuminations de la salle découpaient la silhouette élancée du visiteur. Son regard émeraude, perçant, donnait l’impression qu’il pouvait sonder le plus profond de votre âme et ses cheveux en bataille d’un noir de jais accentuaient l’aura mystérieuse qu’il dégageait, le rendant presque intimidant. Enfin pour la plupart des gens. Pour sa part Zélos le trouvait agaçant, prétentieux et on ne peut plus quelconque. Il devait bien lui reconnaître certaines qualités, comme l’efficacité et la discrétion, mais niveau prestance, il ne lui arrivait pas à la cheville. Et non, ce n’était pas de la mauvaise foi. Après tout il était toujours très objectif…
Le nouvel arrivant interrogea Sheena du regard, lui demandant implicitement si elle avait besoin d’aide. Cette dernière le rassura d’un petit signe discret. Pas de danger, elle maîtrisait la situation. Du moins, depuis qu’il venait de faire son apparition…
Sa présence lui avait fait l’effet d’une claque qui doucha ses ardeurs et la ramena instantanément à la réalité. Mais qu’était-elle sur le point de faire ? Eberluée, elle réalisa qu’elle était vraiment passée à deux doigts de la catastrophe. Tout ça à cause d’un foutu moment d’hésitation ! A présent elle ne doutait plus. Elle avait fait le choix qui s’imposait et devait s’y tenir. Espérer encore ne rimait strictement à rien. Elle se ressaisit donc rapidement et se composa un visage neutre tout en se détachant lentement des bras de son ami à la chevelure flamboyante.

Zélos se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas hurler de frustration et afin de se donner contenance, il attaqua. Acide.
- Tiens, fit-il à Sheena d’un air goguenard, on dirait que ton « chevalier servant » vient te sauver.
Il se trouvait lamentable d’agir ainsi, mais sur le coup la pique lui fit beaucoup de bien.
Sheena, elle, le toisa froidement.
- Je te rappelle que Yohnis est mon mari, lança-t-elle aigrement. Et il ne t’a strictement rien fait. Alors reste correct je te prie.
//Si. Il a commis le pire des crimes Sheena. Il t’a éloigné de moi…//
Zélos resserra instinctivement sa prise sur les hanches de la jeune femme et Yohnis avança d’un pas.
- Peut-être devrions-nous rentrer Sheena, proposa le ninja.
Happée par le regard que lui lança l’ancien Elu, celle-ci ne bougea pas d’un pouce et Yohnis dût réitérer sa demande en haussant la voix.
- Oui, j’arrive…, dit-elle dans un murmure à peine audible.
Elle baissa les yeux, rompant le contact et soudain l’air lui parut d’une froideur mortelle. Doucement, elle se détacha de ces bras qui l’enserraient toujours. Les épaules se frôlèrent, les bras glissèrent l’un contre l’autre, les doigts s’effleurèrent en une ultime caresse.
Zélos ne fit aucun geste, lui qui se reprochait quelques instants plus tôt son inertie. Mais que pouvait-il dire ? Elle s’était engagée avec un autre et lui allait faire de même. Qu’avait-il espéré ? Ni l’un ni l’autre n’auraient pu retourner en arrière même s’ils l’avaient voulu.
Comme il aurait aimé pouvoir hurler pour extérioriser sa peine. Ironie du sort aucun son ne sembla vouloir franchir ses lèvres. Et il baissa la tête, vaincu.
Du coin de l’œil, il les vit s’éloigner. Sheena n’eut pas un regard en arrière. Yohnis par contre enroula son bras droit autour de l’épaule de sa femme, et tournant la tête observa Zélos avec compassion tandis qu’ils franchissaient le seuil de la porte-fenêtre. Le désespoir se mua en haine farouche dans les yeux du rouquin. Sa pitié, il pouvait se la garder ! Il n’en avait pas besoin et crachait dessus même. Un sourire navré, mais pourtant sincère, se dessina sur le visage de Yohnis avant que le couple soit happé par la foule bigarrée. Quoique Zélos puisse en dire, il comprenait sa peine.

# Zélos resta longtemps immobile, puis incapable de taire plus longtemps son bouillonnement intérieur, il jura à haute voix tout en assénant un violent coup de pied rageur à la rambarde de marbre. Un deuxième juron suivit immédiatement le premier, mais de douleur cette fois. Visiblement ses orteils n’avaient pas apprécié le traitement…
Dans sa tête tout se brouillait. Le sang battant ses tempes, il n’arrivait plus à avoir une seule pensée cohérente si ce n’est ce manque d’elle qui lui tordait les boyaux et lui faisait remonter l’estomac au bord des lèvres. Pris au cœur de la tourmente, il sursauta lorsqu’une main délicate se posa doucement sur la sienne. Dans un bruissement discret d’étoffe, un visage doux encadré par des boucles blondes et soyeuses s’avança à sa hauteur et le dévisagea tendrement. Tout à son chagrin Zélos n’avait pas entendu Hilda arriver.
- Et bien que vous arrive-t-il mon ami ? Vous avez l’air bien soucieux, demanda la princesse de sa voix chantante.
Voyant que le jeune homme ne répondait pas, elle enchaîna.
- Elle est partie n’est ce pas ?
Zélos ne pût retenir un hoquet de surprise et lança pour la forme d’un ton qui se voulait assuré.
« Mais qui donc très chère ?
- Allons pas de ça avec moi, vous savez très bien de qui je veux parler. Une charmante personne, chef d’un clan ninja avec qui vous avez vécu de folles aventures… »
//Mais comment sait-elle ça ?//
- Ne prenez pas cet air choqué Zélos. Et fermez la bouche, ce n’est pas très seyant, se moqua-t-elle gentiment. Vous vous demandez sans doute comment je suis au courant ? Très facile, il suffit de laisser traîner ses oreilles ça et là. C’est fou ce qu’on peut apprendre dans les couloirs. J’ai toujours dis à mon père de ne pas négliger cette source d’information mais il ne veux jamais m’écouter. Vous savez que la plupart de ce qu’on raconte dans le secret des alcôves a toujours une part de vérité? Tenez, pas plus tard qu’hier, j’ai découvert en écoutant des jeunes soubrettes astiquer l’argenterie que la comtesse Symol avait pris un nouvel amant. Et devinez au bras de qui nous avons aperçu cette vieille peau ce soir ? Du jeune Ludwig Karstov, vous vous rendez compte ?
Zélos l’écoutait badiner le plus naturellement de monde complètement estomaqué. Ainsi donc des rumeurs courraient dans son dos à propos d’une relation qu’il entretiendrait avec la représentante de Mizuho ? Dire qu’il ne s’en était pas douté une seule seconde ! Il perdait la main, c’était un comble ! Soudain, les murmures et les oeillades sur son passage depuis plusieurs semaines prirent tout leur sens et il se rendit compte combien Hilda avait dû en souffrir. Il savait très bien quels étaient les sentiments qu’elle nourrissait à son égard et se surprit à se désoler de ne pouvoir lui les rendre comme elle le méritait. Courageuse à bien des égards, elle ne lui avait pas fait d’esclandres, alors que d’autres dans la même situation ne se seraient pas gênées, et posait sur lui un regard affectueux et compréhensif. Zélos se mordit la lèvre inférieur et détourna les yeux. Il ne méritait pas une telle abnégation de sa part. Scrutant involontairement la cour d’honneur en contrebas, il aperçut les silhouettes de Sheena et Yohnis qui s’éloignaient dans l’obscurité, franchissant les lourdes portes de l’enceinte du château pour aller se perdre dans le dédalle des ruelles de Meltokio.
A cet instant, ce fût comme si une part de son âme lui était arrachée à mesure que l’invocatrice disparaissait l’obscurité, emportant avec elle un morceau de son passé. Cette fois-ci il l’avait définitivement perdu. Alors qu’il serrait les poings si forts que ses jointures blanchirent, il sentit un bras agripper timidement le sien. Hilda essayait de le réconforter mais lui ne voyait que le vide que Sheena avait laissé après son départ. Vide qui n’avait jamais été aussi béant qu’à cet instant. Son souffle s’accéléra alors qu’il essayait vainement d’endiguer ces larmes traîtresses qui tentaient de s’échapper de ses yeux. Pas question de se laisser aller devant Hilda. Il n’avait rien contre elle pourtant. Seulement la seule personne qui détenait le droit de franchir les remparts de son cœur était partie en emmenant son âme avec elle et avait laissé un vide immense qu’il lui semblait impossible de combler. Plus jamais il ne voulait revivre ce déchirement. Cela fait mal. Si mal. Trop mal.
- Sheena…, fît-il dans un murmure étranglé par l’émotion.
Par la Déesse, pourquoi était-il si dur de se résigner ? Si seulement il s’était davantage impliqué il y a deux ans, peut-être n’en serait-il pas là aujourd’hui, à se torturer inutilement…

Hilda réprima difficilement un vertige. La tête lui tournait. Finalement elle regrettait d’avoir été si perspicace. Il aurait été tellement plus facile pour elle de tout ignorer. La détresse de l’ancien Elu était la sienne. C’était comme si une main invisible venait de se saisir de son cœur palpitant et le comprimait à le faire exploser.
- Laissez-moi vous aimer Zélos, implora-t-elle doucement.
Le jeune homme se tourna vers elle, surpris par sa déclaration, et rencontra son regard triste et suppliant, parfait reflet du sien.
Alors soit, il serait son époux. Cependant, il n’aurait rien d’autre que ce titre et son amitié à lui offrir.
Il soupira et l’embrassa délicatement sur le front comme pour sceller cet accord tacite.
« Zélos…, fit-elle la voix tremblante d’émotion.
- Hilda, j’espère que vous savez dans quoi vous vous engagez ? »
La jeune femme hocha la tête déterminée.
- Je sais très bien que votre cœur ne m’appartient pas. Mais moi je vous aime. Je vous aime depuis ce jour où vous et vos amis êtes venus me sauver des griffes du Pontife. Jamais jusque là personne ne s’était soucié de moi. Je n’étais qu’une princesse frivole et volage aux yeux du monde. J’étais égoïste et bornée, persuadée de tout connaître alors que je n’avais rien vécu. Depuis j’ai compris que seul on n’arrive à rien et que l’on a toujours besoin des autres.
Ne vous renfermez pas Zélos, ne redevenez pas la personne solitaire que vous étiez avant de réunifier les mondes. Elle est partie, c’est vrai. Elle a fait sa vie avec un autre que vous. Mais est-ce une raison pour cesser d’exister ? Je ne vous demande pas de m’aimer comme elle du jour au lendemain, je sais que c’est impossible. Accordez-moi juste un peu d’attention et de tendresse et je saurai vous rendre la vie plus douce…
Touché par ces paroles, Zélos serra la main de Hilda dans la sienne, sans un mot. Jamais il n’aurait pensé qu’elle ait aussi bien compris la situation. Parfois les femmes pouvaient encore le surprendre…
Il poussa un nouveau soupir résigné et offrir son bras à sa compagne avant de rejoindre la salle de bal, non sans un dernier regard en arrière. Il était temps de faire une annonce officielle ainsi que son deuil une bonne fois pour toute.

Sheena et Yohnis avaient fendu la foule des convives en silence. Perdue dans de sombres pensées, la jeune femme marchait droit devant elle en n’ayant qu’une vague conscience de ce qui l’entourait. Yohnis lui jetait fréquemment de petits coups d’œil inquiets, comme s’il s’attendait à la voit flancher à tout moment. Sans un mot, ils récupérèrent leurs manteaux, saluèrent d’un hochement de tête poli le portier qui leur ouvrit les lourdes portes en chêne du château et s’empressèrent de traverser la cour d’honneur. Ils avaient parcouru la moitié de la distance qui les séparait des grilles du mur d’enceinte lorsque Sheena stoppa net, mue par une impulsion subite. Lentement elle se retourna et leva les yeux en direction de la terrasse où elle avait valsé avec Zélos quelques instants plus tôt. Sa bouche s’ouvrir en un hoquet muet et elle se figea. Là, sur l’immense balcon de marbre, une femme blonde comme les blés conversait aux coudes à coudes avec un homme à la chevelure flamboyante. Jamais encore elle n’avait eu l’occasion de les voir ensembles et elle en remercia intérieurement la Déesse. Dans cette nuit bleutée éclairée par la nouvelle lune, le couple semblait tout droit sorti d’un conte pour enfants. L’un et l’autre respiraient la prestance et la majesté. Ils étaient tout simplement splendides.
Sheena sentit sa gorge se nouer. Ils étaient si bien assortis... . Bien malgré elle, elle se surprit à se comparer à cette femme magnifique. Un sentiment d’infériorité s’insinua en elle. Comment avait-elle pu, ne serait-ce qu’un seul instant, avoir eu la prétention de s’imaginer à sa place aux cotés de l’ancien Elu du Mana ? Elle ne soutenait pas la comparaison, c’était l’évidence même…
Voir Hilda et Zélos ensemble fut l’estocade finale pour Sheena, pâle comme la mort devant ce tableau. Elle se mit soudain à trembler. Tout d’abord un léger tressaillement au niveau des mains, qui se propagea ensuite au corps tout entier, tant et si bien que la jeune femme dût enserrer son buste de ses bras afin de se calmer.
Yohnis, sentant que Sheena ne le suivait plus, se retourna vivement, intrigué, pour la découvrir statufiée au beau milieu de la cour. Il haussa un sourcil perplexe et ne pût retenir un soupir agacé.
//C’est pas vrai ! Elle est pénible à la fin…//
Pourtant il passa très vite de l’exaspération à l’inquiétude en constatant qu’elle tremblait comme une feuille et pressa donc le pas dans sa direction. Il l’interpella doucement et voyant qu’elle ne bougeait toujours pas, suivit ce qu’elle regardait avec tant d’intensité. Il fronça les sourcils. Décidemment, elle aimait se faire du mal pour rien…
D’autorité il la prit par les épaules et la retourna vers lui. A présent qu’il lui faisait face il pouvait voir nettement son visage décomposé, ravagé par le chagrin, constatant par là même l’étendue des dégâts provoqués par son entrevue avec Zélos. Il savait qu’il n’aurait pas dû la laisser répondre à l’invitation de l’ancien Elu de Tésséha’lla. Elle n’était pas encore prête à affronter ses vieux démons…
- Chhhht, là. Calme-toi Sheena, calme-toi. Voilà comme ça. Respire, l’encouragea-t-il en la prenant dans ses bras. Rentrons, tu veux ?
Incapable de parler, Sheena hocha la tête en guise d’assentiment. Alors Yohnis la prit par la taille et elle se laissa docilement conduire dans les ténèbres de la nuit.

# Petit à petit, la fraîcheur de l’air aidant, l’invocatrice recouvrit ses esprits et se recomposa un visage froid et inexpressif. Ceci déplut beaucoup à Yohnis qui estima qu’il était grand temps que sa femme crève l’abcès.
Ils arrivèrent devant la petite auberge où ils étaient descendus, préférant de loin le chiche confort de l’établissement aux suites luxueuses du palais royal mise à disposition des hôtes de marques. Ils tenaient à conserver leur liberté de mouvement sans avoir à rendre compte de leurs allées et venues régulières. Ils s’apprêtaient à franchir l’entrée lorsque Yohnis attrapa le poignet de Sheena et la força à lui faire face.
« Tu ne lui as rien dit n’est-ce pas ? demanda-t-il avec douceur mais fermeté.
- Dire quoi à qui Yohnis ? fit Sheena exaspérée.
- A Zélos… Lui dire la vérité. Tu ne crois pas que cette comédie a assez duré ?
- Quelle comédie ?
- Arrête ! Arrête de faire l’innocente ! Combien de temps crois-tu que tu vas tenir ? C’était ta chance et tu l’as laissé filé !
- Non mais de quoi je me mêle ? Il ne me semble pas t’avoir demandé ton avis sur la question Yohnis ! Cela ne te regarde pas ! Ce sont mes affaires, pas les tiennes. C’est clair ? »
Le ninja aux yeux émeraude la fusilla du regard mais la jeune femme ne se démonta pas pour autant. Tremblant de rage, il serrait les poings et semblait sur le point de la frapper. Lui qui restait toujours maître de lui-même avait beaucoup de mal à contenir sa fureur cette fois.
- Comment peux-tu dire une chose pareille après tout ce que j’ai pour toi depuis presque deux ans ? Après tout le mal que je me suis donné pour vous ? Après tous les sacrifices auxquels j’ai consenti ? Comment oses-tu me renvoyer ça à la figure petite ingrate ? Alors oui, je suis concernée par toute cette histoire et ce depuis que je t’ai épousé.
Cesse donc de t’enfermer dans tes faux semblants ! Tu ne trompes personne à commencer par moi. Tu n’as donc pas fait attention aux ragots ces dernières semaines Sheena ? Il serait temps de redescendre sur terre et d’accepter tes sentiments!
Elle mordilla sa lèvre inférieure et baissa les yeux, telle une gamine prise en faute.
« Tu ne comprends rien à rien ! Ce n’est pas aussi simple…
- Bien sûr que si. Tu es l’aime toujours n’est ce pas ? »
Sheena ne pipa mot et s’obstina à vouloir fuir son regard.
Dans un accès de colère, le ninja défonça d’un coup de poing un pot en terre cuite reposant sur le rebord d’une fenêtre proche. Les yeux de la jeune femme s’agrandirent de terreur. D’un naturel calme et posé, son mari ne s’énervait qu’en de très rares occasions. Elle savait pertinemment qu’elle avait poussé sa patience à bout ces dernières années et elle se sentit coupable pour cela. C’était vrai, il avait fait beaucoup ces derniers temps, répondant présent alors qu’elle avait eu besoin d’aide. Déjà lorsqu’ils étaient enfants, elle avait toujours pu compter sur celui qu’elle considérait alors comme son grand frère et l’un de ses trop rares amis. Elle lui avait volé sa vie, elle en était consciente, et lui était reconnaissante de ne pas l’avoir laissée tomber dans un moment pareil. Elle se devait d’être honnête avec lui, certes, ne serait-ce qu’au nom de cette amitié de longue date, mais à quoi bon remuer le couteau dans la plaie en lui confirmant ce qu’il savait déjà ? Elle n’était pas si cruelle. Et puis comme si avouer allait changer quoique ce soit de toute manière…
Leurs destins avaient étaient liés deux ans plus tôt par les anciens du village, conformément à leurs traditions. Dans sa situation, elle n’avait pas eu le choix et avait du se résoudre à se plier aux règles immémoriales si elle voulait conserver son titre de chef. Bien sûr, elle aurait pu refuser mais elle avait trop à cœur de protéger les intérêts des siens pour cela et surtout, elle ne voulait pas laisser les rênes du pouvoir à n’importe qui. D’autant que dans l’ombre, nombreux étaient les charognards qui attendaient patiemment leur heure.
Yohnis était arrivé à point nommé dans cette situation délicate et lui avait été d’un grand secours et d’un soutien sans faille. Son union avec lui avait renforcé son autorité auprès des plus conservateurs qui voyaient d’un mauvais œil qu’une femme seule gouverne et avait fait taire les mauvaises langues qui n’auraient pas tardé à se délier, surtout dans son état.

- Parle-moi Sheena ! Remballe donc ta fichue fierté et vide ton sac une bonne fois pour toute ! Ainsi tu pourras passer à autre chose. Je ne supporte pas de te voir te détruire à petit feu de la sorte. Tu te jettes à corps perdu dans le travail comme si tu cherchais à fuir quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un… Moi, je sais de quoi il en retourne mais ton entourage s’inquiète. Tu es devenue si dure et intraitable dernièrement. Où est passé la jeune femme un brin timide et pleine de vie que j’ai connu autrefois ? Plus rien ne semble t’atteindre, à part "elle" à qui tu réserves tes si rares sourires…
Tu ne peux pas passer le reste de ta vie ainsi !
« Et pourquoi pas ? le défia la jeune femme.
- Tu es ridicule, bon sang ! Que pensera Sa…
- Laisse-"la" en dehors de ça ! ordonna Sheena, une lueur étrange dans les yeux. Je t’interdis de la mêler à tout ça !
- Et pourtant tôt ou tard il le faudra bien ! "Elle" finira par découvrir la vérité.
- Et comment ? A part toi, moi et quelques anciens personne n’est au courant.
- Crois-moi, ce genre de choses ne restent pas cachées bien longtemps. »
Sheena pinça les lèvres. Bien sûr Yohnis avait raison, elle le savait, et cela l’exaspérait. Elle cherchait comment couper court à cette conversation dérangeante qui lui échappait. La panique la submergea et ses certitudes difficilement acquises au cours des ces deux dernières années volèrent en éclat. S’était-elle fourvoyée sur toute la ligne ? Elle s’était convaincue que Zélos n’aurait pas voulu s’encombrer d’"elles", mais en était-elle certaine ? Après tout elle ne lui avait jamais vraiment posé la question. Pour ne pas lui voler sa vie, elle avait prise celle d’un autre. Quel égoïsme de sa part ! Elle avait donc moins de considération pour Yohnis que pour Zélos ? De quel droit pouvait-elle penser cela ? Puisque au final c’était bien de ça qu’il s’agissait…
Elle avait uniquement agit par peur d’être rejetée par l’homme qu’elle aimait et non par souci de sacrifice comme elle aurait voulu pouvoir s’en convaincre. Elle se sentait si misérable et pitoyable à cet instant alors que son mari lui renvoyait à la face ses propres erreurs !
Yohnis perçut qu’il l’avait déstabilisé. Profitant de la brèche dans sa carapace, il s’y engouffra sans plus attendre. Il fallait qu’elle comprenne une bonne fois pour toute. Lui ne regrettait rien. Bien sur il devrait se résoudre à ignorer les inclinations de son cœur mais son affection pour elle compensait ce manque d’amour. Il s’était attaché à elle, avait mêlé sa destinée à la sienne en toute connaissance de cause, choisissant alors en son âme et conscience de mettre sa vie entre parenthèse.
Il avait pitié de Sheena et Zélos, pour cet amour qu’ils avaient l’un et l’autre laissé glisser entre leurs doigts, cet amour contrarié pour des raisons imbéciles. Que les Hommes étaient donc stupides ! Ils ne comprenaient qu’ils tenaient à une chose qu’une fois qu’ils l’avaient perdu…Quel gâchis! D’autant que la vie ne vous accordez pas toujours de seconde chance.
Les deux époux se défièrent du regard pendant de longues minutes. Blessée au plus profond d’elle-même, l’invocatrice mit un terme à cet affrontement en faisant prestement volte face et en rentrant précipitamment à l’intérieur, laissant Yohnis planté là. Si elle restait une seconde de plus, c’était sûr elle le giflait.

La vue brouillée de larmes de rage et d’impuissance, la jeune femme gravit la volée de marche qui menait à l’étage, le cœur au bord de l’implosion. Foulant avec délicatesse l’épais tapis du couloir seulement éclairé par la douce lueur des lampes à huiles fixées le long mur, elle s’avança sans hésiter vers l’une des chambres sur sa gauche près avoir ôté ses souliers de satin pour ne pas réveiller les clients endormis. La lumière tamisée l’apaisait sans qu’elle puisse expliquer pourquoi. Peut être parce qu’elle faisait écho aux ténèbres dans lesquelles elle se débattait. Inspirant un bon coup comme pour se donner du courage, elle pénétra dans la pièce sur la pointe des pieds tout en refermant doucement la porte en châtaignier. Elle grimaça lorsque celle-ci grinça sur ses gonds. Pourvu qu’elle ne l’ait pas réveillé ! Un petit gémissement confirma cependant ses craintes et Sheena pesta intérieurement. Retenant sa respiration elle ne fit aucun geste. Peut-être allait-"elle" se rendormir sans la voir.
- Mama ? appela une petite voix enfantine, hésitante et pressante.
Sheena s’approcha doucement du lit d’où venait la voix.
- Je suis là mon ange… chuchota-t-elle doucement.
Elle souleva la bulle de verre protégeant la flamme de la lampe au dessus du lit et craqua une allumette. Dans un petit chuintement celle-ci s’enflamma et dispensa une auréole de clarté dans un océan de ténèbres.
Sheena approcha l’allumette de la mèche en amadou et enferma la flamme dans son écrin translucide. La pièce sembla s’animer tout à coup sous son éclat tremblotant. La jeune femme s’agenouilla au pied du lit dans lequel était calée une fillette au visage poupin d’environ deux ans. A ses cotés était lovée une magnifique hermine au pelage mordorée, gardienne de ses nuits lorsque sa mère n’était pas là. Sheena caressa le pelage soyeux de l’Ishkal et lui flatta le menton, le remerciant d’avoir bien voulu veiller sur l’enfant une fois encore. La créature émit un petit couinement de plaisir à ce contact et prit les traits d’une corneille aussi sombre que la nuit. Sheena eut un petit sourire en ouvrant la fenêtre de la chambre. Comme toujours l’Ishkal interprétait à merveille son humeur du moment.
- Merci mon ami murmura-t-elle au volatile qui croassa d’un air inquiet. Tu peux aller te reposer maintenant, je ne vais pas te retenir ici davantage.
La corneille flanqua un petit coup de tête affectueux sur sa main et sauta sur le rebord de la fenêtre pour prendre son envol dans la rigueur de l’hiver.
Sheena referma la vitre rapidement.
- Pa’ti ? zozota la fillette dans son lit en tendant ses petites mains potelées dans le vide.
- Oui il est parti ma chérie, mais il reviendra bientôt ne t’en fait pas, la rassura la ninja d’une voix douce tout en s’asseyant à ses cotés et en lui caressant le front, entremêlant par la même occasion entre ses doigts les fines mèches d’ébène.
Elle ferma un instant les yeux lorsqu’elle croisa ceux de la petite. A chaque fois c’était la même chose, elle ne pouvait s’empêcher de sursauter et se sentir mourir un peu plus chaque fois que les pâles saphirs de sa fille la fixait ainsi, avec cet air trop grave et sérieux pour son âge. A travers ce regard, elle avait l’impression que c’était "lui" qui lui adressait des reproches muets.
Une larme glissa le long de sa joue.
Puis une autre.
Et encore une autre.
Bientôt se fût tout un torrent de gouttes salées se déversèrent en cascade le long de son visage.
Tristesse infinie et regrets amers.
- Mama…
Elle gémit de douleur tout en prenant sa fille dans ses bras, éperdue de chagrin. Enfouissant sa tête contre elle, elle la serra de toutes ses forces comme si cette étreinte pouvait lui rendre celles qu’elle avait perdues. L’enfant ne broncha pas et se laissa docilement faire.
- Pardon… pardon…, souffla Sheena entre deux sanglots.

Et c’est ainsi que Yohnis les découvrit en entrant dans la pièce, toutes deux endormies, blotties l’une contre l’autre, hors du temps. Un petit sourire triste étira son visage aux traits tirés devant cet attendrissant tableau et il ramena les couvertures sur les deux femmes de sa vie tandis que dehors la neige commençait à tomber.

Ce fut un « tic-tic » discret qui tira Zélos de sa rêverie. Intrigué, il se dirigea vers la source de ce bruit pour découvrir une superbe corneille noire taper du bec contre l’un des carreaux de la vitre. Le jeune homme allait chasser cet étrange opportun mais soudain se ravisa et ouvrit la fenêtre. L’animal ne se le fit pas dire deux fois et entra à tire d’ailes dans la pièce. Il se posa sur le bureau jonché de papier divers que l’air de la nuit venait de disperser et qui voletaient ça et là. Dans ses yeux brillant d’intelligence et à son empreinte magique particulière, Zélos reconnu en cet oiseau l’Ishkal qui ne quittait plus Sheena désormais. Tendant le bras, il invita la créature à venir s’y percher. Un bruissement d’ailes plus tard la corneille qui n’en était pas une se métamorphosa en un corbeau de jais. Une connexion invisible mais perceptible pour qui maîtrisait de Mana s’établit entre l’humain et la créature. Soudain l’humain se figea tel une statue de sel, le sang désertant son visage. La créature émit un croassement rauque et prit son envol.

Des paillettes blanchâtres et duveteuses entamèrent lentement leur descente du ciel et tourbillonnèrent dans la pièce par la porte-fenêtre restée grande ouverte tandis que l’humain ne bougea pas d’un pouce. Seul l’imperceptible battement de ses paupières attestait que la vie l’habitait encore.
Au bout de ce qui sembla être une petite éternité, et le froid ambiant aidant sûrement, il sembla revenir doucement à lui, son souffle s’accélérant. Il eut un haut le cœur tandis qu’il était replongé avec brutalité dans la réalité.
Alors Zélos versa des larmes amères sur son bonheur perdu.

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